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 Merci qui ?

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MessageSujet: Merci qui ?   Sam 28 Avr - 17:19

Le régime de Mouammar Kadhafi a bien décidé de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a retrouvé un document officiel libyen qui le prouve. Cette note issue des archives des services secrets a été rédigée il y a plus de cinq ans. L’en-tête et le blason vert de la Jamahiriya préimprimés s’effacent d’ailleurs légèrement. Ce document, avec d’autres, a échappé aux destructions de l’offensive militaire occidentale. D’anciens hauts responsables du pays, aujourd’hui dans la clandestinité, ont accepté de le communiquer à Mediapart ces tout derniers jours.
La note signée Moussa Koussa. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.La note signée Moussa Koussa. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

La traduction intégrale du document est à lire sous l'onglet "Prolonger" de cet article

Dès 2006, le régime libyen avait choisi « d’appuyer la campagne électorale» de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros » : c’est ce qu’indique en toutes lettres cette note datée du 10 décembre 2006, signée par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye.

Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été validé quelques mois plus tôt par Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux collectivités locales, en présence de l’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui a introduit dès 2005 en Libye les proches du ministre de l’intérieur, notamment Claude Guéant, et Nicolas Sarkozy lui-même. Le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP, soit l'un des fonds d'investissement financier du régime libyen), aurait de son côté été chargé de superviser les paiements.

MM. Kadhafi et SarkozyMM. Kadhafi et Sarkozy© Reuters
« Mon client n'était pas présent à la réunion indiquée dans le document, nous a indiqué Me Samia Maktouf, l’avocate de M. Takieddine. En revanche, il pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même. »

« Ce document prouve qu'on est en présence d'une affaire d'Etat, que ces 50 millions d'euros aient été versés ou non, a lui-même commenté M. Takieddine, rencontré par Mediapart vendredi 27 avril. L'enquête sera difficile parce que beaucoup d'intervenants sont morts pendant la guerre en Libye, mais c'est déjà important de rendre public ce document ». Cette réponse de Ziad Takieddine – malgré son hostilité exprimée de multiples fois à notre égard – est celle d’un acteur clé de la lune de miel franco-libyenne, qui a secrètement conseillé Claude Guéant jusqu’à la veille de la guerre, comme en attestent de nombreuses notes publiées par Mediapart.

L’une d’entre elles, rédigée le 6 septembre 2005 par Ziad Takieddine et adressée à Claude Guéant, affirmait ainsi que certains pourparlers franco-libyens devaient « revêtir un caractère secret ». « L’autre avantage : plus d'aise pour évoquer l'autre sujet important, de la manière la plus directe...», précisait le document, mystérieusement.

http://www.mediapart.fr/article/offert/d46040d627f535132430faed1c2f8d67

L’élément nouveau que nous publions aujourd’hui vient désormais confirmer les accusations portées par les principaux dirigeants libyens eux-mêmes peu avant le déclenchement de la guerre sous l'impulsion de la France, en mars 2011. Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al-Islam et un ancien chef des services secrets, Abdallah Senoussi, avaient en effet tous trois affirmé publiquement détenir des preuves d'un financement occulte du président français. La découverte de la note de M. Koussa exige désormais que s’engagent des investigations officielles – qu’elles soient judiciaires, policières ou parlementaires – sur cet épisode sombre et occulte des relations franco-libyennes.

La face cachée de l’arrivée de Nicolas Sarkozy sur la scène libyenne, en 2005, puis en 2007, apparaissait déjà en filigrane dans le dossier des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et au Pakistan instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en particulier à travers l’activité de lobbying déployée par M. Takieddine en faveur de l’ancien ministre de l’intérieur auprès de Tripoli. Or l’enquête entre leurs mains vient d’être élargie par un réquisitoire supplétif, le 5 avril dernier, à tous les faits de blanchiment présumés apparus jusqu’à ce jour.

Les investigations visent l’intermédiaire, mais aussi plusieurs proches du chef de l’Etat, Thierry Gaubert, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire ou encore plus indirectement Jean-François Copé. Echappée des secrets de la dictature déchue, la note décisive que nous reproduisons ci-dessus – et dont la traduction intégrale est sous l'onglet Prolonger — vient en outre confirmer les propos de l'ancien médecin de M. Takieddine, qui avait suivi alors les déplacements de l'homme d'affaires, notamment en Libye, et avait rapporté des projets de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye.

Selon des connaisseurs du régime libyen à qui nous l'avons soumis, ce document, dont le signataire et le destinataire appartenaient au premier cercle de Kadhafi, est conforme, jusque dans son style, aux habitudes bureaucratiques du régime. Outre celle du calendrier grégorien, la deuxième date qui y figure conforte son authenticité: elle n'est pas celle du calendrier musulman habituel, mais de celui imposé par le dictateur, qui part de l'année du décès du prophète Mahomet, l'an 632.
Un document authentique, selon Ziad Takieddine

Depuis plusieurs mois, nous avons entrepris des recherches pour retrouver des dépositaires d’archives du régime déchu, en rencontrant à Paris et à l’étranger plusieurs représentants de factions libyennes, dont certaines avaient conservé des documents et d’autres s’en étaient emparé, en marge des affrontements armés. Ainsi, Mediapart a publié ici, dès le 10 avril dernier, des documents des services spéciaux libyens demandant des mesures de surveillance d’opposants toubous domiciliés en France.
M. KoussaM. Koussa© Reuters

Le document décisif que nous publions aujourd’hui, sous la signature de Moussa Koussa, a été adressé, le 10 décembre 2006, à un ancien homme clé du régime libyen, Bachir Saleh, surnommé le « caissier de Kadhafi ». Directeur de cabinet du “guide” déchu, M. Saleh était aussi le responsable du Libyan African Portfolio (LAP), le puissant fonds souverain libyen crédité de plus de 40 milliards de dollars. Sous l’ère Kadhafi, le LAP a servi à d’innombrables opérations d’investissement. Certaines avouables (tourisme, pétrole, agriculture, télécommunications…). Et d’autres moins, comme l’ont confirmé plusieurs sources libyennes concordantes. Contacté sur son numéro de téléphone portable français, M. Saleh n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Connu pour avoir été l’un des plus proches collaborateurs de Mouammar Kadhafi et le mentor de deux de ses fils (Motassem et Saïf al-Islam), Moussa Koussa a quant à lui été le patron pendant plus de quinze ans, entre 1994-2011, des services secrets extérieurs libyens (l’équivalent de la DGSE française), avant de devenir le ministre des affaires étrangères de la Libye.

Notons que l’auteur de cette note et son destinataire ont vécu, à l’heure de la chute du régime Kadhafi, des destins similaires. Moussa Koussa vit actuellement au Qatar, sous protection, après avoir fui la Libye en guerre, en mars 2011, ralliant d’abord Londres, puis quelques semaines plus tard Doha. Bachir Saleh, emprisonné brièvement par les rebelles du Conseil national de transition (CNT) avant d’être relâché en août dernier, a été exfiltré et accueilli par les Français. Comme l'a rapporté Le Canard enchaîné, lui et sa famille bénéficient toujours de la protection des autorités françaises qui leur ont accordé un titre de séjour provisoire.

Les deux paragraphes écrits par Moussa Koussa sont sans équivoque sur le sujet explosif abordé. «En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros », peut-on d'abord y lire. Puis M. Koussa affirme transmettre et confirmer « l’accord de principe sur le sujet cité ci-dessus ». Le montant pharaonique promis par les Libyens est à rapprocher des 20 millions d’euros officiellement dépensés par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007.
Bachir SalehBachir Saleh

L’ancien chef des services secrets extérieurs de Mouammar Kadhafi ajoute dans sa note que l’accord évoqué est formulé « après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens (Abdallah Senoussi, ndlr) et le président du Fonds Libyen des investissements africains (Bachir Saleh, ndlr), et du côté français Monsieur Brice Hortefeux et Monsieur Ziad Takieddine ». Ce serait « au cours » de cette entrevue qu’« un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement ». Le document ne précise cependant pas le lieu de cette réunion, qui s’est tenue un an jour pour jour après une visite de Nicolas Sarkozy en Libye.

Ziad Takieddine, rencontré par Mediapart en présence de ses avocats, vendredi 27 avril, n’a pas contesté l’authenticité du document que nous lui avons présenté, tout en précisant comme Me Samia Maktouf, son avocate, qu’il n’avait pas été présent, le jour indiqué, à cette réunion.

« Je n'ai pas assisté à cette réunion, mais elle a certainement pu avoir lieu, nous a indiqué M. Takieddine. Votre document reflète un accord signé par Moussa Koussa pour soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et Brice Hortefeux a été effectivement là-bas à cette date ainsi qu'à d'autres dates, ça, c'est sûr. M. Moussa Koussa et les autres personnes citées étaient effectivement des relais avec la France ».

Selon M. Takieddine, Claude Guéant, l’ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, et « son correspondant en matière de renseignement d'Etat », Bernard Squarcini, étaient parallèlement en lien étroit avec M. Koussa. « Cela se passait nécessairement en secret, vu la sensibilité des relations entre les services de renseignement », précise-t-il, tout en confirmant l’implication, côté libyen, de Béchir Saleh, comme représentant du LAP, et Abdallah Senoussi lui-même « dans les relations de la Libye avec la France ».
« J'ai les éléments et je n'hésiterai pas à les sortir »

Les relevés des voyages de M. Takieddine, dont la justice française détient la copie depuis plusieurs mois, montrent toutefois que l’homme d’affaires était à Tripoli le 9 décembre 2006, soit la veille de la rédaction de la note de Moussa Koussa. Il était également en Libye quelques jours plus tôt, les 20 et 21 novembre.

Dans une entretien accordé le 25 avril à l’hebdomadaire Jeune Afrique, M. Takieddine déclare avoir été informé en mars 2011 par Saif al-Islam Kadhafi de l’existence d’un « versement d’argent » pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

« Lors de ma dernière rencontre avec Seif al-Islam que j'ai interrogé, il m'avait bien dit: “J'ai les éléments et je n'hésiterai pas à les sortir”, explique M. Takieddine à Mediapart. En réalité, il ne pensait pas que Nicolas Sarkozy irait jusqu'au bout. On peut penser que c'est pour cette raison que le système a protégé Bachir Saleh (exfiltration et production d'un passeport diplomatique) et qu'ils ont essayé par tous les moyens de tuer Saif al-Islam qui a été à l'origine de ces révélations. Par ailleurs, cela explique l'accueil que Monsieur Claude Guéant m'a réservé dès mon retour de Libye, en m'arrêtant à l'aéroport (ndlr, le 5 mars 2011), car il pouvait penser que j'étais moi-même en possession de ces documents, pour pouvoir les subtiliser. »

MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005© dr

Ce n’est pas la première fois que le nom de Brice Hortefeux est associé à l’arrière-plan financier des relations franco-libyennes. Mais le haut responsable de l’UMP, intime de Nicolas Sarkozy, a toujours démenti. « Je n'ai jamais rencontré Moussa Koussa et Bachir Saleh, a déclaré M. Hortefeux à Mediapart, le 27 avril. J'ai déjà rencontré Abdallah Senoussi, qui connaissait beaucoup de monde, mais nous n'avons jamais de discussion sur un financement électoral. Je suis allé en Libye une seule fois dans ma vie, en 2005. J'oppose donc un démenti catégorique et vérifiable ».

Comme Mediapart l’avait rapporté (ici), les confessions de l’ancien médecin de M. Takieddine, couchées sur papier le 20 décembre 2006 par le directeur d’une société de renseignements privés suisse, Jean-Charles Brisard, évoquaient déjà le nom de M. Hortefeux dans un schéma de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye en 2007. En des termes plus télégraphiques : « MODALITES FIN CAMPAGNE NS », « FIN LIB 50 ME », « MONTAGE INCLUT SOC BH PAN + BANQUE SUISSE (ND) » et « FIN CAMPAGNE TOTALEMENT REGLE ». Le mémo Brisard avançait aussi le chiffre de 50 millions d’euros affectés à la campagne de M. Sarkozy.

« C'est grotesque », avait réagi Nicolas Sarkozy sur le plateau de TF1, le 12 mars dernier. « S'il (Kadhafi, ndlr) l'avait financée (la campagne, ndlr), je n'aurais pas été très reconnaissant », avait ironisé le président-candidat, en référence à l’intervention militaire française en Libye. Contacté vendredi 27 avril, l'Elysée n'a pas souhaité faire de nouveaux commentaires.

L’actuel ministre de l'intérieur français, Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy place Beauvau, en 2006, a lui même admis ses contacts répétés avec Moussa Koussa, début 2007, devant la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares. La sollicitude de la France vis-à-vis de Bachir Saleh pourrait aujourd’hui trouver son explication par sa connaissance des lourds secrets franco-libyens. Et des circuits financiers qu'il a lui même supervisés.
A. SenoussiA. Senoussi© Reuters

Quant à Abdallah Senoussi, également cité dans la note de décembre 2006, comme ayant participé aux réunions préparatoires avec Brice Hortefeux, au sujet du financement de la campagne électorale de 2007, il aurait été arrêté il y a quelques semaines en Mauritanie, mais aucune image n’est venue confirmer une telle affirmation. Il est réclamé par la Libye, mais également par la Cour pénale internationale (CPI), et la France, ayant été condamné par contumace à Paris dans l’affaire de l’attentat contre le DC-10 d’UTA.

Une chose est en revanche certaine : les forces de l’Otan ont bombardé le 19 août 2011, à 5 heures du matin, la maison d’Abdallah Senoussi, située dans le quartier résidentiel de Gharghour, à Tripoli. Un cuisinier indien avait trouvé la mort dans le raid et une école avait été détruite. « C'est un quartier résidentiel. Pourquoi l'Otan bombarde ce site ? Il n'y a pas de militaires ici », avait alors dénoncé un voisin, Faouzia Ali, cité par l’Agence France Presse.

La réponse se trouve peut-être dans les secrets qui lient M. Senoussi à la France. « C'est le principal témoin de la corruption financière et des accords qui ont impliqué de nombreux dirigeants et pays, dont la France », a affirmé en mars dernier à l'agence Reuters une source « haut placée dans le renseignement arabe ».


Depuis près de dix mois, Mediapart enquête sur les secrets libyens de Nicolas Sarkozy, de son élection en 2007 comme de sa présidence depuis. Cet article s'inscrit dans ces investigations au long cours, confirmant leur légimité et leur gravité (lire nos autres explications ici).

Nous avons compris l'ampleur de ces secrets libyens au seuil de l'été 2011 avec les documents Takieddine, découverts au cours de nos investigations sur l'affaire Karachi. Cette affaire met en cause les financements illégaux de la campagne présidentielle menée en 1995 par Edouard Balladur avec pour bras droit Nicolas Sarkozy. Or ce dossier a révélé le rôle central dans le premier cercle de Nicolas Sarkozy, depuis ces années-là jusqu'aux lendemains de son élection en 2007, de Ziad Takieddine, intermédiaire financier jusqu'alors pratiquement inconnu, ayant fait fortune dans les ventes d'armes.

Issus des archives personnelles de M. Takieddine, les documents dont nous avons commencé la publication en juillet 2011 ont prouvé que, dans les années qui ont précédé son élection en 2007, Nicolas Sarkozy et son entourage avaient tissé des liens de proximité et entretenu des relations suivies avec le régime libyen de Mouammar Kadhafi. Les enjeux financiers de ces fréquentations sont explicites dans les documents que nous avons révélés et la reconnaissance officielle accordée, fin 2007, en grande pompe par le nouveau président français au dictateur libyen y apparaît comme un remerciement pour services rendus.

Tel est le contexte de l'enquête qui, aujourd'hui, aboutit avec la découverte par Mediapart d'un exceptionnel document libyen dont Ziad Takieddine lui-même, auquel nous l'avons soumis vendredi 27 avril, affirme qu'il est authentique. La révélation de ce document exige que toute la lumière soit faite sur son contenu, tant il conforte le soupçon d'une immense affaire d'Etat: le financement, pour des montants faramineux, de la campagne électorale de l'actuel président de la République française par un Etat étranger, qui plus est dictatorial. Que la France soit, depuis, militairement intervenue pour renverser cette dictature ne fait qu'alourdir ce soupçon.
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pierrot
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MessageSujet: Re: Merci qui ?   Dim 29 Avr - 12:44


Encore un fait qui explique l'ardeur du candidat-président à se représenter !

Il va pouvoir " arrêter la politique " ( comme il dit ) une fois battu !
Il aura suffisamment de quoi s'occuper avec les casseroles qu'il traîne ! lol!


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MessageSujet: Re: Merci qui ?   Lun 30 Avr - 16:49

Sarkozy-Kadhafi : nos infos, leur intox
29 avril 2012 |



Par Edwy Plenel

« Diversion » (Nathalie Kosciusko-Morizet), « officine » (François Fillon), « infamie » (Nicolas Sarkozy) : le sarkozysme n’aime décidément pas l’indépendance des médias et le démontre encore une fois par ses réactions à nos nouvelles révélations sur ses secrets libyens. Comme en 2010 dans l’affaire Bettencourt, le pouvoir en place préfère insulter les journalistes dont les informations le dérangent plutôt que de répondre aux questions légitimes qu’elles posent. Mediapart ne retire rien de ses révélations, aussi légitimes que fiables. Mise au point en forme de rappel des principes démocratiques, alors que Nicolas Sarkozy annonce une plainte contre Mediapart (lire en bas de cette page, dans la Boîte noire de l'article, son actualisation lundi 30 avril au matin).

La liberté de l’information fait partie des droits fondamentaux. Ce n’est pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens : le droit de savoir tout ce qui est d’intérêt public afin de pouvoir se forger son opinion en toute liberté. Depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et son article 19, ce droit fondamental inclut celui « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations par quelque moyen d’expression que ce soit ». De plus, il suppose le pluralisme des médias, principe dont la valeur constitutionnelle est reconnue, ainsi que l’indépendance des journalistes, garantie par leur statut professionnel.

Les gouvernants des pays démocratiques sont supposés respecter ces principes dont, dans l’idéal, ils devraient être les premiers gardiens et les fidèles serviteurs. S’ils les bafouent, ce ne sont pas les journalistes qu’ils humilient mais la démocratie elle-même qu’ils méprisent. Ce simple rappel suffit à souligner l’absence de culture démocratique dont témoignent les réactions du pouvoir exécutif à nos nouvelles informations sur les secrets libyens de cette présidence finissante. Car accepter la liberté de la presse, c’est répondre aux questions des journalistes, et non pas insulter, discréditer et calomnier les journaux qui les posent.

Est-il besoin de rappeler à MM. Fillon et Sarkozy que Mediapart n’est pas une « officine » mais un journal, reconnu par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) ? Qu’il est animé par des journalistes professionnels, bénéficiant de la carte d’identité attribuée par la profession (CCIJP) ? Que son activité, son bilan et son actionnariat sont publics, détaillés, une fois l’an, par la publication détaillée de ses comptes (par exemple ici) ? Que des journalistes en sont les principaux actionnaires, l’ayant financé sur leurs économies avec la seule aide de citoyens attachés à la liberté de la presse, et que son équipe de salariés en défend farouchement l’indépendance ? Que les abonnements de ses lecteurs sont sa seule recette et la garantie de sa liberté, Mediapart n’ayant aucun autre revenu, ni publicité ni subvention ?

S’il fallait une énième illustration de l’urgence d’une refondation démocratique de notre vie publique, elle est amplement fournie par ce nouvel épisode des relations tumultueuses de Mediapart, journal indépendant et participatif, avec une présidence de la République qui n’imagine le journalisme que dépendant et enrégimenté. Ce qu’elle ne supporte pas, ce ne sont pas seulement nos informations mais le fait de n’avoir aucune prise pour les entraver ou les étouffer, aucun relais complice, aucun moyen de pression. D’où ces campagnes délirantes, diffamatoires et calomnieuses, qui font semblant d’oublier ce que nous sommes alors même qu’ils sauront sans aucun doute s’en souvenir, demain, si d’aventure ils sont dans l’opposition : un journal libre, rigoureux et professionnel, totalement indépendant des pouvoirs, quels qu’ils soient, au service du seul public et de son légitime droit de savoir.

Le puzzle des documents Takieddine
Mediapart a mis en ligne et en accès libre depuis plusieurs semaines dix questions à Nicolas Sarkozy. Dix questions que nous avons évidemment transmises à son directeur de la communication, Franck Louvrier, et à ce jour toujours sans réponses. Dix questions que nous lui aurions posées en direct s’il avait accepté notre invitation à venir débattre en direct de son bilan avec notre rédaction, tout comme nous avons posé des « questions qui fâchent » à nos autres invités (Bayrou, Joly, Mélenchon et Hollande, c'est à voir ou revoir ici). Dix questions qui illustrent le travail d’enquête de Mediapart : des faits précis, recoupés et sourcés, sur lesquels nous voulions interpeller le président de la République sortant.

Parmi ces dix questions, plusieurs concernent les investigations au long cours qui, de l’affaire Karachi aux documents Takieddine, nous ont conduits aux lourds secrets libyens de cette présidence. La dernière et dixième en résume l’enjeu de façon extrêmement simple et claire : « Selon des documents et témoignages réunis par Mediapart, des sommes importantes – jusqu’à 50 millions d’euros – auraient été versées en 2007 à votre entourage par le régime de Mouammar Kadhafi, ce que l’ancien dirigeant de la Libye, son fils Saïf Al-Islam et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services secrets libyens, avaient affirmé publiquement. Seriez-vous favorable à l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur ces soupçons ? »

Issu du cœur du régime déchu du colonel Kadhafi, de ses services de renseignement et du premier cercle du dictateur, le document libyen que nous avons récemment révélé est une pièce capitale dans un vaste puzzle que, pour Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske se sont efforcés de reconstituer depuis l’été 2011. Les journalistes ont appris des historiens qu’un document ne vaut jamais seul : il n’est intelligible, vérifiable et exploitable, qu’à condition d’en connaître le contexte, les témoins et les acteurs. Or c’est ce que nous avons fait avec entêtement, prudence et méticulosité depuis dix mois, depuis ce jour de juillet 2011 où nous avons découvert et analysé plusieurs milliers d’autres documents, issus des archives personnelles de Ziad Takieddine.

Intermédiaire de l’ombre, inconnu du public jusqu’à la révélation de son rôle constant dans les circuits financiers du sarkozysme depuis 1994-1995 et la campagne d’Edouard Balladur, ce Franco-Libanais est aujourd’hui au centre des investigations judiciaires des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. La masse de documents révélés par Mediapart durant l’été 2011 est désormais entre leurs mains et leur exploitation par les enquêteurs, notamment sur les circuits financiers occultes utilisés à l’étranger, a conduit à l’ouverture d’un supplétif par le parquet de Paris, autorisant les deux juges d’instruction à enquêter sur des faits de blanchiment d’argent sur une longue période et jusqu’à nos jours.

Outre l’homme-clé qu’est l’intermédiaire Ziad Takieddine, plusieurs proches, voire intimes, de Nicolas Sarkozy ont été mis en examen dans cette instruction depuis nos révélations : Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et Renaud Donnedieu de Vabres. Des comptes off shore, des sociétés écrans, des investissements occultes, des fortunes dissimulées au fisc, des versements et sorties en argent liquide, etc., ont été mis au jour. Et c’est dans ce paysage déjà bien fourni que le volet libyen trouve sa place naturelle. Car les documents Takieddine font explicitement état de négociations secrètes avec la dictature libyenne dont des financements secrets étaient l’enjeu, dès les premiers contacts noués entre 2003 et 2005.

Et jusqu’à leur découverte personne ne savait que, dès le début des années 2000, M. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et ses plus proches collaborateurs, MM. Guéant et Hortefeux, s’étaient approchés, de façon systématique et empressée, de l’entourage de Mouammar Kadhafi. Une relation intéressée dont le dévoilement éclairait d’un tout autre jour la réception fastueuse du dictateur libyen à Paris fin 2007, reconnaissance internationale inespérée pour Kadhafi, ainsi que le soudain zèle guerrier du chef de l’Etat français, en 2011, quand le surgissement des révolutions démocratiques arabes ouvrait la voie à des révélations aussi compromettantes qu’incontrôlées.

Un faisceau concordant de soupçons
Préparatoire à la première visite officielle de Nicolas Sarkozy à Tripoli, l’une des notes de Ziad Takieddine à Claude Guéant, datée du 6 septembre 2005, précise que certains pourparlers franco-libyens devraient « revêtir un caractère secret ». Car ce secret, ajoutait-elle, apportait cet « autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… ». D’autres notes révélées par Mediapart permettent de comprendre la nature de ce « sujet important », qualifié, guillemets d’euphémisme compris, ici de « sujet “sensible” », là de « volet “commercial” », ou là encore d’ « “assurance” de résultat » : l’argent.

Dès 2003, M. Takieddine évoque ainsi un montage financier en énumérant « les décisions suivantes du patron », c’est-à-dire celles qu’il recommande à Nicolas Sarkozy qu’il appelle « le patron » ou « P » et dont il se présente comme l’exécutant. Parmi ces décisions, la création d’une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, ajoute-t-il, « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ». Ce sujet sensible, qui n’est autre que le versement de commissions, est évoqué dans d’autres notes destinées à l’entourage direct de Nicolas Sarkozy, en l’occurrence Brice Hortefeux et Claude Guéant, et dont l’enjeu est déjà libyen.

Tel est le faisceau concordant de soupçons sur un financement totalement illicite, par un Etat étranger, qui plus est une dictature, de l’aventure politique de Nicolas Sarkozy dans lequel se sont inscrites nos investigations. Intermédiaires, témoins, protagonistes, etc. : depuis des mois, nous les cherchons, les rencontrons, les questionnons, que ce soit sur le versant français ou du côté libyen. Avec des moyens qui ne sont évidemment pas ceux des Etats, de leur justice ou de leur police, nous avons cherché à savoir quelle était la réalité financière de cette lune de miel entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi.

C’est ainsi que nous avons d’abord appris que, fin 2006, deux acteurs français de cette histoire avaient eu vent, voire été témoins, d’un accord entre les premiers cercles de collaborateurs de Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi sur un financement en vue de la campagne présidentielle de 2007. L’un est un ancien cadre de l’UMP versé dans la sécurité privée, l’autre un chirurgien ami de l’actuel secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, qui avait recommandé ses services à Ziad Takieddine dont il était très proche. Titrées sur Mediapart « Kadhafi aurait financé Sarkozy », ces premières révélations n’ont donné lieu à aucune réponse sérieuse, à part un « grotesque » présidentiel sur TF1 en direct, ni démenti crédible ou poursuite en diffamation.

Et c’est en poursuivant nos recherches que nous avons fini par obtenir un document issu des services secrets de la dictature libyenne qui confirme cet accord financier pour « un montant d’une valeur de 50 millions d’euros ». L’apparence du document, le style de sa rédaction, son formalisme bureaucratique, sa précision chronologique : outre la crédibilité des sources libyennes qui le détenaient, tout concourt à attester de son authenticité. Mais, surtout, la révélation de ce document par Mediapart s’est accompagnée d’un témoignage aussi inédit qu’inattendu : celui de Ziad Takieddine.

Proche de Kadhafi, protégé de Sarkozy
Ziad Takieddine n’est aucunement un ami de Mediapart, dont il n’a guère goûté les révélations qui ont contribué à le mettre dans l’embarras devant la justice française et devant l’administration fiscale, puisque nous avons aussi révélé qu’il ne payait pas d’impôts malgré son immense fortune. Il n’avait pas mâché ses mots quand, refusant de répondre à nos questions en août 2011, il nous avait lancé : « Je suis un homme propre et vous êtes sale. Vous êtes une des saletés les plus performantes dans la saleté ». Enfin, nous avons été amenés à porter plainte contre des menaces de mort visant Fabrice Arfi, proférées par un personnage évoluant dans les milieux du renseignement et dans les cercles du pouvoir sarkozyste, Pierre Sellier, à qui il est arrivé de travailler pour Ziad Takieddine (lire ici notre article).

Or, malgré ce contexte conflictuel, il n’a pas récusé le document libyen qu’il a découvert quand nous le lui avons montré, dans l’après-midi du vendredi 27 avril au cabinet parisien de ses avocats. Bien que ce document le mentionne, et donc le compromet en cas d’investigations judiciaires, il en a confirmé l’authenticité et a attesté de la crédibilité de son contenu, tout en prenant la précaution d’affirmer qu’il n’était pas présent à la réunion évoquée où aurait été validé l’accord de financement franco-libyen. Mieux, outre ses propres déclarations, l’une de ses avocates, Me Samia Maktouf, nous a fait formellement savoir, par courriel, que son client « pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même ».

Depuis la publication de notre article, l’avocat d’un autre protagoniste de cette affaire d’Etat s’est exprimé, Me Pierre Haïk, dont on a ainsi appris à la fois qu’il assurait la défense de Bachir Saleh et que son client résidait bien en France, comme l’avait affirmé Le Canard enchaîné. Car Bachir Saleh, destinataire du document libyen en tant que responsable du fonds d’investissement souverain du régime kadhafiste et surtout l’un des plus proches collaborateurs du dictateur, dont il dirigeait le cabinet, est très recherché, notamment par Interpol selon l’hebdomadaire satirique. Or il n’en bénéficierait pas moins d’un titre de séjour, ainsi que sa famille, et d’une protection policière, accordés par le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, peu connu d’ordinaire pour sa mansuétude à l’égard des délinquants étrangers…

Bref, homme clé du régime de Kadhafi, M. Saleh est aujourd’hui protégé par le pouvoir de Sarkozy. Nous nous attendions donc à son démenti. Diffusée par son avocat et quelque peu tardive, puisque nous l’avions évidemment sollicitée avant la publication de notre enquête, sa réaction ne va pas jusqu’à affirmer que notre document serait un faux. Bachir Saleh s’en tient à un démenti du contenu, associé à des réserves : « Bachir Saleh émet au préalable les plus expresses réserves sur l’authenticité de la note publiée par Mediapart et opportunément présentée comme constituant la preuve d’un financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. En toute hypothèse, il affirme n’avoir jamais été le destinataire d’un tel document et dément catégoriquement avoir participé à une réunion le 6 octobre 2006 au cours de laquelle un accord aurait été conclu en vue de déterminer les modalités d’un soutien financier à la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Ces allégations, à visée politicienne, sont dénuées de tout fondement. »

Les journalistes ne sont pas des juges, mais des « chiens de garde » de la démocratie, ainsi que les définit la Cour européenne des droits de l’homme : ils signalent, alertent, lancent des alarmes, mettent sur la table des faits dont la démocratie, ses institutions et ses responsables peuvent se saisir. Notre enquête réunit des indices graves et concordants d’un financement libyen de Nicolas Sarkozy, sous le règne du colonel Kadhafi : des documents, des témoignages, des dates, des voyages, des rencontres, etc. Dans une démocratie normale, il reviendrait automatiquement et rapidement à des juges indépendants de faire la lumière sur ces faits, avec des moyens que nous n’avons pas, ni techniquement ni légalement. Le lourd soupçon d’un financement par un Etat étranger d’un chef d’Etat, pour des montants incommensurables correspondant aux dépenses autorisées pour deux campagnes présidentielles, ne peut être balayé par de simples démentis. Encore moins par des calomnies.

« C'est celui qui dit qui y est »
Déjà, à l’été 2010, une campagne d’une extrême violence avait été lancée depuis l’Elysée contre Mediapart, orchestrée par Claude Guéant alors secrétaire général de la présidence : tandis que tout était fait, avec l’aide d’un procureur aux ordres, celui de Nanterre, pour étouffer judiciairement nos révélations sur l’affaire Bettencourt, l’entourage présidentiel dénonçait dans les médias nos supposées « méthodes fascistes ». Alors secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, devenu depuis ministre du travail, menait l’assaut, ce qui lui a valu une plainte en diffamation de Mediapart (lire ici et là). Selon les habituelles lenteurs de notre justice, le procès n’aura lieu que début 2013. Entre-temps, les juges bordelais qui, finalement, instruisent l’affaire Bettencourt ont largement établi la pertinence de nos informations.

« Officine » avait déjà été l’un des éléments de vocabulaire repris en boucle par les aveugles soutiens de la présidence. Cette fois, c’est le premier ministre François Fillon, que l’on a connu plus mesuré, qui s’y colle. Non sans imprudence. Bien qu’Eva Joly ait un jour aimablement qualifié Mediapart de « médicament pour la démocratie », il est peu probable que le mot soit ici employé au sens de « laboratoire d'une pharmacie où l'on préparait les médicaments ». Sans doute s’agit-il plutôt de son deuxième sens : « endroit où se prépare quelque chose secrètement, où l’on trame quelque chose ». Or s’il y eut bien des manœuvres secrètes, surveillances et intrusions, téléphoniques notamment, il faut plutôt les chercher du côté du pouvoir et de sa direction centrale du renseignement intérieur, confondue depuis 2010 pour son espionnage des journalistes et de leurs sources (lire nos articles sur l'espionnage qui a visé Mediapart ici et là).

L’autre argument de circonstance, repris par la porte-parole du candidat Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, puis par le candidat lui-même, est de nous accuser d’avoir organisé une diversion pour le compte d’un Parti socialiste qu’aurait embarrassé la brusque incursion de Dominique Strauss-Kahn dans la campagne. L’argument est d’autant moins fondé que Mediapart n’a jamais épousé l’emballement de la plupart des médias sur DSK, son bilan au FMI ou sa candidature éventuelle. De fait, nous fûmes parmi les rares à alerter très tôt sur les risques pris, pour la France et son image, par… Nicolas Sarkozy en soutenant sa nomination à la tête de l’institution financière mondiale (lire ici l'article prémonitoire de Philippe Riès). Quant au socialiste Julien Dray, qui a contribué à une lamentable mise en scène de ce retour strauss-kahnien, il est bien placé pour savoir que Mediapart ne rechigne pas à enquêter sur des faits qui embarrassent des personnalités socialistes (lire nos articles sur la polémique qui nous a opposés ici, là et là).

Mediapart, nos lecteurs les plus fidèles le savent bien, n’a pas de calendrier électoral. Son agenda est uniquement journalistique : révéler tout ce qui est d’intérêt public. Nous enquêtons de longue date, nous cherchons de nouveaux faits et nous les publions quand ils sont prêts à l’être, selon les règles professionnelles de notre métier – sourcer, recouper, vérifier, contextualiser, expliquer, etc. En revanche, si diversion il y eut ces derniers jours, elle est à chercher du côté de ceux qui ont relayé le faux événement Strauss-Kahn, transformant un entretien britannique en embarras politique pour François Hollande, pourtant le seul candidat socialiste, avec Arnaud Montebourg, totalement déterminé à combattre l’éventuelle candidature de DSK à la primaire socialiste. Auraient-ils oublié que Nicolas Sarkozy s’était vanté d’avoir propulsé Strauss-Kahn à Washington au point de s’autoproclamer DRH du Parti socialiste ?

Reste le troisième mot de cette contre-attaque, langagière plutôt qu’informative, tant les faits sur lesquels reposent nos enquêtes sont superbement ignorés par le pouvoir présidentiel qu’ils ébranlent : infamie, donc. Infamie, c’est le mot employé par Nicolas Sarkozy dans un entretien télévisé, et ce n’est pas rien, si l’on en croit les dictionnaires : « flétrissure imprimée à l’honneur, à la réputation, soit par la loi, soit par l’opinion publique ; caractère déshonorant, honteux, vil, d’une chose, d’un acte ; action déshonorante, honteuse. » Mais l’infamie ne serait-ce pas plutôt d’avoir pactisé avec un dictateur, d’avoir entretenu des relations affairistes avec son entourage, d’avoir accepté des financements occultes d’un Etat étranger, d’avoir organisé une diplomatie parallèle dont l’argent était la finalité, d’avoir mené une guerre dont on ne peut plus exclure qu’elle ait eu une dimension préventive de protection d’intérêts privés, etc. ?

Et l’infamie, ne serait-ce pas d’avoir mené ces compromissions et ces corruptions en secret du peuple français alors même qu’on lui désignait l’étranger en bouc émissaire, et surtout l’étranger musulman, arabe, berbère ou maghrébin ? C’est-à-dire l’étranger qui, parmi nous, témoigne de ces peuples que les dictateurs avec lesquels ce pouvoir frayait opprimaient et dépouillaient, les privant de leur liberté et de leur richesse ? Telle est sans doute l’imposture la plus criante que met à nu notre enquête : celle d’un pouvoir compromis avec des dictatures arabes et musulmanes, alors même qu’il faisait de l’islamophobie et de la xénophobie son fonds de commerce au détriment de nos compatriotes de culture ou de foi musulmane.

« C’est celui qui dit qui y est », ont coutume de dire les enfants dans leurs jeux plus vrais que les simagrées adultes. Ce qui revient à rappeler que l’injure insulte d’abord son auteur. Diversion, officine, infamie : nous retournons volontiers à ceux qui, au mépris de la liberté de la presse, nous les ont adressés ces trois mots, et l'indignité qui les accompagne.



Actualisation, lundi 30 avril 2012 au matin : depuis la mise en ligne de cet article, dans la soirée du dimanche 29 avril, deux événements prévisibles sont intervenus.

D'une part, l'ex-chef des services de renseignement extérieur libyen et signataire du document que nous avons révélé, Moussa Koussa a déclaré à l'AFP : « Toutes ces histoires sont falsifiées. Il est clair que tout ce qui se dit est sans fondement. La question ne mérite pas que l'on s'y arrête. » Comme Bachir Saleh, le destinataire de la note, M. Koussa est protégé par la France (qui a aidé à son exfiltration de Libye) et par le Qatar (où il vit tranquillement après un passage par Londres), soit les deux pays qui ont emmené la coalition dans la guerre en 2011.



Or, comme l'ont raconté nos confrères de la BBC (lire ici), Moussa Koussa est soupçonné d'être complice d'actes de tortures en Libye, tout comme Bachir Saleh fait l'objet d'un mandat d'Interpol pour fraude émanant de la Libye (voir ci-contre, lire ici et les détails là). En d'autres termes, le signataire et le destinataire du document sont protégés par la France et son allié, le Qatar, qui n'ont pas jugé bon de les livrer aux nouvelles autorités du pays qu'ils prétendent avoir libéré de la dictature dont MM. Koussa et Saleh étaient des rouages essentiels. Nous ne pouvons exclure, évidemment, que cette protection soit liée aux faits qui sont au cœur de notre enquête.

D'autre part, Nicolas Sarkozy, fort de ces deux démentis, a annoncé, lundi matin sur France-2, qu'il allait déposer plainte contre Mediapart, en ces termes : « Le canard, on lui a coupé la tête. C'était un document faux. Mediapart est une officine, Monsieur Plenel c'est le bidonnage à chaque fois, ce document est un faux grossier. » Avec le soutien de ses lecteurs, Mediapart fera face sereinement à ce procès intenté par un président et candidat sortant qui, jusque dans l'annonce de ces poursuites, montre sa détestation de la liberté de la presse et de la profession de journaliste.

Interrogé sur Europe 1, lundi matin également, le candidat de la gauche au second tour de l'élection présidentielle, François Hollande, a répondu aux accusations lancées par le pouvoir de collusion entre Mediapart et le Parti socialiste : « Ce site est un site d'investigation, d'informations, c'est arrivé qu'il accable quelquefois des personnalités de gauche, a-t-il déclaré. Donc je ne vois pas comment il pourrait être établi qu'il y aurait là comme une relation, une confusion entre les socialistes et ce site d'information, qui, je le rappelle, est composé de journalistes reconnus. » « On peut les aimer ou ne pas les aimer mais ce sont des journalistes qui ont sur plusieurs affaires démontré leur compétence », a poursuivi le député de Corrèze. « J'aurais inspiré quoi que ce soit, qui que ce soit, qui peut le penser ? a enfin demandé François Hollande. Vous croyez que j'ai besoin moi qu'il y ait des journaux qui sortent des affaires, vous pensez que c'est comme ça que je pense gagner l'élection présidentielle ? »


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Chien Guevara
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MessageSujet: Re: Merci qui ?   Ven 4 Mai - 0:26

Et ça, c'est pas bizarre ?

Le corps de l’ancien ministre libyen du pétrole retrouvé dans le Danube

dimanche 29 avril 2012, 20:59
L’ancien ministre du pétrole libyen Choukri Ghanem a été découvert mort dans le Danube à Vienne où il s’était exilé. Aucun signe de violence n’a été constaté.

Le corps de l’ancien ministre libyen du pétrole et proche du dictateur déchu depuis décédé Mouammar Kadhafi, Choukri Ghanem, mort dimanche à Vienne où il s’était exilé, a été retrouvé dans le Danube, a annoncé la police.

Le cadavre de cet homme de 69 ans a été découvert dans le fleuve en début de matinée, selon un communiqué de la police.

Aucun signe de violence sur le corps n’a été constaté, a indiqué un porte-parole de la police viennoise Roman Hahslinger. « Il est possible qu’il ait été pris d’un malaise et qu’il soit tombé à l’eau », a-t-il avancé.

Une autopsie va être réalisée pour déterminer les causes du décès.

L’ancien proche de Kadhafi avait rompu avec le dictateur en mai 2011 et s’était installé dans la capitale autrichienne, une ville qu’il connaissait bien pour y avoir très souvent résidé pour les réunions de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le siège est à Vienne.

Choukri Ghanem avait été chef du gouvernement de 2003 à 2006 et ministre du pétrole, ainsi que président de la compagnie publique pétrolière, de 2006 à 2011.

source : http://www.lesoir.be/actualite/monde/2012-04-29/le-corps-de-l-ancien-ministre-libyen-du-petrole-retrouve-dans-le-danube-912696.php

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