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 à propos des élections...

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MessageSujet: à propos des élections...   Dim 22 Avr - 19:57

la veille de l'élection présidentielle, le philosophe s'interroge sur les limites de la démocratie représentative et s'insurge contre la confiscation du pouvoir du peuple.


Le Nouvel Observateur L'élection présidentielle est généralement présentée comme le point culminant de la vie démocratique française. Ce n'est pas votre avis. Pourquoi?



Jacques Rancière Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l'idée d'une compétence égale de tous. Et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu'il se pratiquait à Athènes, afin d'empêcher l'accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent.

La représentation, elle, est un principe oligarchique: ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fondent leur autorité sur cette population: la naissance, la richesse, le savoir ou autres.

Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous: les représentants des puissances établies sont devenus les représentants du peuple, mais, inversement, le peuple démocratique délègue son pouvoir à une classe politique créditée d'une connaissance particulière des affaires communes et de l'exercice du pouvoir. Les types d'élection et les circonstances font pencher plus ou moins la balance entre les deux.

L'élection d'un président comme incarnation directe du peuple a été inventée en 1848 contre le peuple des barricades et des clubs populaires et réinventée par de Gaulle pour donner un «guide» à un peuple trop turbulent. Loin d'être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d'une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des «compétents».

Lorsque François Hollande promet d'être un président «normal», lorsque Nicolas Sarkozy se propose de «rendre la parole au peuple», ne prennent-ils pas acte des insuffisances du système représentatif?
Un président «normal» dans la Ve République, c'est un président qui concentre un nombre anormal de pouvoirs. Hollande sera peut-être un président modeste. Mais il sera l'incarnation suprême d'un pouvoir du peuple, légitimé pour appliquer les programmes définis par des petits groupes d'experts «compétents» et une Internationale de banquiers et de chefs d'Etat représentant les intérêts et la vision du monde des puissances financières dominantes.

Quant à Nicolas Sarkozy, sa déclaration est franchement comique: par principe, la fonction présidentielle est celle qui rend inutile la parole du peuple, puisque celui-ci n'a qu'à choisir silencieusement, une fois tous les cinq ans, celui qui va parler à sa place.

Mettez-vous la campagne de Jean-Luc Mélenchon dans le même sac?

L'opération Mélenchon consiste à occuper une position marginale qui est liée à la logique du système: celle du parti qui est à la fois dedans et dehors. Cette position a été longtemps celle du Parti communiste. Le Front national s'en était emparé, et Mélenchon essaie de la reprendre à son tour. Mais dans le cas du PCF cette position s'appuyait sur un système effectif de contre-pouvoirs lui permettant d'avoir un agenda distinct des rendez-vous électoraux.

Chez Mélenchon, comme chez Le Pen, il ne s'agit que d'exploiter cette position dans le cadre du jeu électoral de l'opinion. Honnêtement, je ne pense pas qu'il y ait grand-chose à en attendre. Une vraie campagne de gauche serait une dénonciation de la fonction présidentielle elle-même. Et une gauche radicale, cela suppose la création d'un espace autonome, avec des institutions et des formes de discussion et d'action non dépendantes des agendas officiels.

Les commentateurs politiques rapprochent volontiers Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en les accusant de populisme. Le parallélisme est-il fondé?

La notion de populisme est faite pour amalgamer toutes les formes de politique qui s'opposent au pouvoir des compétences autoproclamées et pour ramener ces résistances à une même image: celle du peuple arriéré et ignorant, voire haineux et brutal. On invoque les pogroms, les grandes démonstrations nazies et la psychologie des foules à la Gustave Le Bon pour identifier pouvoir du peuple et déchaînement d'une meute raciste et xénophobe.

Mais où voit-on aujourd'hui des masses en colère détruire des commerces maghrébins ou pourchasser des Noirs? S'il existe une xénophobie en France, elle ne vient pas du peuple, mais bien de l'Etat lorsqu'il s'acharne à mettre les étrangers en situation de précarité. Nous avons affaire à un racisme d'en haut.

Il n'y a donc pas de dimension démocratique dans les élections générales qui scandent la vie des sociétés modernes?

Le suffrage universel est un compromis entre les principes oligarchique et démocratique. Nos régimes oligarchiques ont malgré tout besoin d'une justification égalitaire. Fût-elle minimale, cette reconnaissance du pouvoir de tous fait que, parfois, le suffrage aboutit à des décisions qui vont à l'encontre de la logique des compétents.

En 2005, le Traité constitutionnel européen fut lu, commenté, analysé; une culture juridique partagée s'est déployée sur internet, les incompétents ont affirmé une certaine compétence et le texte a été rejeté. Mais on sait ce qu'il advint! Finalement, le traité a été ratifié sans être soumis au peuple, au nom de l'argument: l'Europe est une affaire pour les gens compétents dont on ne saurait confer la destinée aux aléas du suffrage universel.

Où se situe alors l'espace possible d'une «politique» au sens où vous l'entendez?

L'acte politique fondamental, c'est la manifestation du pouvoir de ceux qui n'ont aucun titre à exercer le pouvoir. Ces derniers temps, le mouvement des «indignés» et l'occupation de Wall Street en ont été, après le «printemps arabe», les exemples les plus intéressants.

Ces mouvements ont rappelé que la démocratie est vivante lorsqu'elle invente ses propres formes d'expression et qu'elle rassemble matériellement un peuple qui n'est plus découpé en opinions, groupes sociaux ou corporations, mais qui est le peuple de tout le monde et de n'importe qui. Là se trouve la différence entre la gestion - qui organise des rapports sociaux où chacun est à sa place - et la politique - qui reconfigure la distribution des places.

C'est pourquoi l'acte politique s'accompagne toujours de l'occupation d'un espace que l'on détourne de sa fonction sociale pour en faire un lieu politique: hier l'université ou l'usine, aujourd'hui la rue, la place ou le parvis. Bien sûr ces mouvements n'ont pas été jusqu'à donner à cette autonomie populaire des formes politiques capables de durer: des formes de vie, d'organisation et de pensée en rupture avec l'ordre dominant. Retrouver la confiance en une telle capacité est une oeuvre de longue haleine.

Irez-vous voter?

Je ne suis pas de ceux qui disent que l'élection n'est qu'un simulacre et qu'il ne faut jamais voter. Il y a des circonstances où cela a un sens de réaffirmer ce pouvoir «formel». Mais l'élection présidentielle est la forme extrême de la confiscation du pouvoir du peuple en son propre nom. Et j'appartiens à une génération née à la politique au temps de Guy Mollet et pour qui l'histoire de la gauche est celle d'une trahison perpétuelle. Alors non, je ne crois pas que j'irai voter.

Propos recueillis par Eric Aeschimann


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pierrot
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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Dim 22 Avr - 23:24


C'est bien gentil, la philosophie.

Hélas !
On sait bien que les dirigeants n'ont besoin du peuple que pour approuver des promesses électorales.

Le peuple ne pourra jamais vraiment décider de son destin...
L’Histoire montre que les mouvements du peuple sont toujours récupérés
aussi bien après 1789 qu'après le printemps arabe.

Tirage au sort ?
L'Histoire encore montre les limites du principe, ou sa falsification.
La conscription après 89, justement, était un tirage au sort.
Bien !
Sauf que le conscrit dont la famille était aisée pouvait acheter un remplaçant.
Moins bien...

Alors, à défaut de mieux, utilisons les moyens de lutte disponibles.
Même les élections.
Le suffrage universel masculin est arrivé...après le mouvement révolutionnaire de février 1848
qui a mis fin à la Monarchie de Juillet et institué la République !


Les moyens de lutte, même viciés, valent autant qu'un propos de philosophe.
Enfin...il me semble.

Et mes excuses pour les références à l'Histoire, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé !



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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Lun 23 Avr - 5:53

Oui, sauf que les Philosophes des Lumières ont contribué, avec leurs pensées, écrits,..à l'émancipation et à la chute de l'ancien régime.

Les élections n'ont jamais été un moyen de lutte: elles ont souvent pris acte d'un rapport de force, ou étouffé dans l'oeuf des vélléités révolutionnaires.Quand elles n'ont pas mis au pouvoir les pires ennemis de l'humanité ( NSDAP )

Le suffrage universel gommant volontairement la moitié de l'humanité ( les femmes peuvent voter à compter de 1945 ) peut-il légitimement porter ce nom ?

Quant à la République de 1848, c'était la 2°; la 1° étant née en 1792 ; et ce n'est que, confrontée aux révoltes dans les Antilles ( Saint-Domingue notamment ) qu'elle abolit l'esclavage en 94 ( rétabli plus tard par Napoléon 1° ).

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pierrot
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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Lun 23 Avr - 12:41

Les philosophes des Lumières :

Citation :
- La philosophie des Lumières ne se contente pas de renouveler les idées, elle innove également dans la forme des écrits. Les écrits philosophiques prennent encore la forme de lettres et de dialogues mais investissent aussi d'autres formes littéraires comme les poèmes, les romans, les contes philosophiques, le théâtre ou encore l'opéra.
- Les idées des Lumières se propagent essentiellement dans l'élite de la bourgeoisie et de la noblesse, dans les académies, les salons mondains ou les loges maçonniques.

Ça n'est pas venu du peuple et ça n'a pas dû lui être accessible...
Théâtre, opéra...élite de la bourgeoisie, de la noblesse !

Les élections peuvent être un mouvement de lutte. On le voit
dans l'actuelle élection qui, à défaut d'amener un président du peuple,
va virer le président des riches.
Un vote de rejet plus qu'autre chose, mais c'est déjà ça de gagné.

Le droit de vote universel, à son apparition, était effectivement un droit de vote
essentiellement masculin, comme je l'ai noté, d'ailleurs.
Le droit de vote des femmes à partir de 1945, oui,
même que la France a été précédée largement par de nombreux pays... !
Dire que " Le suffrage universel gomme volontairement la moitié de l'humanité ",
est une reconnaissance implicite que le suffrage universel est une bonne chose.
Malheureusement, et je suis d'accord avec le philosophe,


Citation :

L'élection d'un président comme incarnation directe du peuple ( ... ) est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d'une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des «compétents».

Un détournement, une récupération par les politiciens..


1848, la 2ème république, oui...
et si je rappelais cette période, c'est du fait que le suffrage universel ( même incomplet )
est arrivé suite à un mouvement révolutionnaire et qu'auparavant,
seuls les gens fortunés pouvaient voter.
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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Lun 23 Avr - 16:18

citation:

« Les Lumières » est un terme qui désigne un mouvement culturel et philosophique qui émerge d'abord en Écosse avant de se propager dans toute l'Europe, et notamment en France, au XVIIIe siècle. Par extension, on a donné à cette période le nom de Siècle des lumières.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses, thomasiennes et politiques, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d'indépendance des États-Unis et la Révolution française[1].

De toute manière, toutes les révolutions en France ont été des révolutions bourgeoises, hormis la Commune de Paris.
La bourgeoisie a envoyé les sans-culottes se faire tuer en 1789, pour asseoir son propre pouvoir; en 1830, ce fut contre Charles X qui n'avait rien "appris, ni rien oublié" et voulait restaurer l'ordre ancien.

Plus près de nous, des philosophes comme Camus ont apporté leur décriptage politique aux côtés des révolutionnaires ( anti-colonialisme, antimilitarisme,..) courageusement; certains comme Chomsky ne se lassent jamais de dénoncer l'impérialisme américain, sous toutes ses formes.
Ce n'est pas parce que c'est difficile qu'il faut y renoncer,
mais plutôt c'est parce que nous renonçons que c'est difficile.

Non, si le suffrage universel a gommé volontairement une partie de l'humanité, c'est qu'il ( le pouvoir ) a nié les capacités des femmes de s'affranchir ( on le voit sous maints aspects ).
Et c'est uniquement sous le coup des luttes féministes, ici et ailleurs, qu'il a flanché.

Seule la lutte paie, les élections ne servent qu'à pacifier les tensions sociales; et donc , dans un système capitaliste, à valider la loi des puissants!

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Chien Guevara
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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Mar 24 Avr - 0:28

Ma position se rapproche assez de cette chanson ...


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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Mar 24 Avr - 11:57

" Jolie mome " : C'est effectivement le plus efficace !
Si tout ceux qui n'ont pas de travail descendaient dans la rue, ceux qui sont sous payés
faisaient grève et bloquent tout...
Mais comment arriver à cela ?

Ce ne sont pas des élections qui règlent les problèmes, d'accord,
mais encore moins des propos philosophiques, d'où ma réaction.
Peu de philosophes descendent dans la rue et certainement pas ceux des Lumières.
Il n'y avait pas de moyen audio pour diffuser leur pensée
et les livres n'étaient abordables qu'aux gens aisés.
Alors, le peuple, dans tout ça...

L'influence des écrits des philosophes déterminants en 1789 ?
C'est ce que disent les philosophes !
la première cause de 89 a vraisemblablement été les famines à répétition.

Allez, je sors.

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Chien Guevara
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MessageSujet: Re: à propos des élections...   Jeu 26 Avr - 0:11

Une révolution est un amalgame de plusieurs choses, et si il doit y en avoir une à notre époque, ce sera d'autant plus vrai.

Avant tout, il faut une "crise" grave, ce que tu appelles "famines" Pierrot.
Ensuite, il faut des idées qui émergent, passent et circulent, ce que tu appelles les "philosophes" Bye.
Et ces idées qui circuleront dans la tête de ceux qui subissent la crise, se concrétiseront peut-être par un "tous dans la rue", "blocage général", comme le disent les jolies mômes de Jolie Môme.
Et au final, on espère, une révolution, car le reste a démontré ne pas être assez puissant pour faire bouger les choses.

Vous avez tous raison, en fait ! cheers

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