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 ce matin à l'aube à Pantin

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MessageSujet: ce matin à l'aube à Pantin   Mer 28 Sep - 19:27

Ce matin à l'aube, à Pantin, 6 personnes sont mortes brûlées ou
asphyxiées dans l'incendie du petit immeuble où, avec une vingtaine
d'autres, elles s'étaient réfugiées depuis quelques semaines.

Ces 6 personnes seraient selon le préfet Lambert « des Tunisiens et
des Égyptiens probablement en situation irrégulière. », victimes selon
Claude Guéant, qui s'est également rendu sur place, « des filières
criminelles, qui rançonnent les candidats à l'immigration et qui après
leur avoir fait miroiter l'espoir d'une vie meilleure, les laissent
tomber et les laissent face à une vie d'errance et de malheur » *



Depuis le 1er septembre, la mairie de Paris n'héberge plus les migrants
récemment arrivés de Tunisie, Égypte ou Libye. Tous ceux qui grâce à la
lutte, et notamment grâce aux occupations d'immeubles et bâtiments
publics qui se sont succédées en mai et juin**, avaient réussi à obtenir
pour quelques semaines des places d'hébergements dans des foyers ou
hôtels sont retournés dormir là où ils le peuvent : à droite, à gauche
dans des squares et des parcs, harcelés par la police municipale ou
nationale, à droite à gauche dans des maisons ou bâtiments inoccupés qui
foisonnent à Paris et en proche banlieue.

Comme le rappelait ce matin à Pantin un jeune Tunisien qui a réussi à
échapper à l'incendie : « On n'est pas venu ici pour dormir dehors » .
Quoi de plus logique et normal quand on n'a pas d'endroit où dormir que
d'en réquisitionner un qui ne sert à personne ?

Le maire de Pantin, Bertrand Kern reconnaît cette légitimité aux habitants de l'immeuble, puisque selon ses propos :

« C’est tragique ! C’est un drame de la misère humaine. Il s’agit de
migrants récemment arrivés. Certains étaient chassés d’un square
parisien, près de La Villette. Ils se sont introduits dans ce petit
immeuble pour y dormir »

En même temps, il annonce qu'il comptait faire évacuer l’immeuble d’ici
peu : « On allait saisir la préfecture pour demander son évacuation,
mais le drame est arrivé plus vite ».

Comme si le drame n'était pas déjà là avant l'incendie. Comme si le
drame ce n'était pas déjà de n'avoir rien d'autre à proposer pour ceux
qui se disent de gauche que « évacuer, arrêter, enfermer, expulser,
évacuer, arrêter, enfermer, expulser ….».

Le président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, a
évoqué lui un "nouveau drame lié au manque de places en hébergement
d'urgence, qui a mené ces personnes à se mettre à l'abri dans des locaux
pas du tout faits pour ça.... un drame de la misère, de l'immigration,
de l'absence de solidarité de l'Europe avec un pays qui s'est battu pour
plus de démocratie".

Derrière les paroles de ce dernier que l'on pourrait juger sympathiques
si on met de côté des années de politiques répressives en matière
d'immigration et de coups tordus* de la part du parti de Mr Bartolone,
on peut se demander ce que cela signifie cette expression « le drame de
l'immigration » ?

Oui des drames il y en a :

-des milliers de morts noyés en Méditerranée,

-des milliers de gens emprisonnés, harcelés, battus, violés dans des
centres de rétention, sur des bateaux, des prisons,ou dans des camps
érigés avec l'argent et la bénédiction de l'union européenne,

-des gens qui dorment dehors, harcelés par les flics et autres
charognards et qui pour manger n'ont d'autre solution que mendier, voler
ou se soumettre aux diktats des professionnels de la charité.

Six hommes sont morts, d'autres ont été blessés, d'autres vont retourner
vivre dehors. Ce n'est pas un drame de l'immigration mais un drame
directement causé par les politiques de contrôle des flux migratoires.
Ce n'est pas non plus un drame de la misère comme le dit aussi Mr
Bartolone, c'est juste l'un des visages de la misère.



Ces dernières semaines, à Montreuil et à Vincennes, plusieurs squats où
vivaient dans des conditions ni insalubres ni dangereuses des migrants
qui en ont eu assez de dormir dehors, ont été expulsés. Il en reste
quelques uns. Toujours plus prompts à construire des prisons et des
centres de rétention que des logements, il est à craindre que les
responsables politiques se saisissent opportunément de l'évènement pour
faire « évacuer » ces squats au plus vite. Comme d'habitude, ils diront
que c'est dans l'intérêt des habitants.



Ce qui serait aussi dramatique c'est que face à cela nous soyons
incapables de réagir, par épuisement, par résignation, par peur de la
répression, de la misère... ou bernés par la chimère d'un changement qui
ne pourrait intervenir que grâce aux prochaines élections.


*Rappelons à Guéant que ces réseaux criminels de passeurs n'existaient
pas avant la mise en place des politiques visant à restreindre la
liberté de circulation des pauvres.



**Toutes les occupations de mai et juin (Bolivar, le gymnase de la rue
Couronnes, le foyer aftam de la rue Bichat, Botzaris) avaient, il faut
le rappeler, été évacuées et réprimées sur ordre ou avec l'aval de la
mairie de Paris ou d'associations de gauche telle l'aftam dont le
président d'honneur n'est autre que l'indigné jet set et sélectif
Stéphane Hessel


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MessageSujet: Re: ce matin à l'aube à Pantin   Sam 1 Oct - 19:37

Je suis une montagne de feu - Incendie de Pantin, ses morts, ses survivants.

Publié le vendredi 30 septembre 2011


Hier matin à 9 heures, les quelques éclopés de l’incendie du passage
Roche, cheminent vers la mairie de Pantin. Une dizaine de personnes ont
été hébergées hier soir dans les chambres d’un stade municipal. Les autres
ont pris la fuite de crainte d’être arrêtés par la police. Béquilles trop
petites et cassées, ligaments croisés qui exigeraient un repos total, ils
arrivent à pied
cahin-caha, sonnés. On se demande combien de blessés,
combien de morts seront nécessaires pour provoquer l’onde de choc qui
fasse bouger un peu les pouvoirs publics. Ce tableau digne de Bruegel est
en vrai intolérable.

Hier soir nous sommes venus les écouter au stade, écouter l’horrible récit
de ce qui s’est passé dans le squat. La plupart ont vu leurs amis mourir
sous leurs yeux ou criant depuis l’intérieur alors que les pompiers
tardaient à agir, jugeant peut-être la situation trop dangereuse pour
entrer dans le bâtiment et sauver les vies. Aux tunisiens qui étaient
prêts à re-pénétrer dans les lieux car ils connaissaient les accès et
pouvaient indiquer par où passer, il a été dit à plusieurs reprises : “ce
sont les professionnels [1] qui prennent les décisions”. L’immeuble n’a
qu’un étage ; à trois mètres d’eux, ils ont fini par ne plus voir leurs
amis, ni
entendre leurs cris.

Ce sont les échappés qui ont évacué les premiers blessés alors que huit
camions de pompiers étaient arrivés sur place. Ceux qui pouvaient faire le
récit de ce qui s’est passé, ont été encadrés par la police, n’ont pas pu
parler à la presse présente en masse pour la venue de Guéant et ont été
emmenés puis interrogés des heures durant dans un commissariat.

Le rendez-vous à la mairie, le lendemain matin, consiste en un accueil
individuel par des assistantes sociales suivi d’une réunion commune avec
la directrice des assistantes sociales. Ils y vont seuls. Monsieur Bon, le
mal nommé, directeur du cabinet de monsieur le maire Kern, qui hier,
assurait sur place une vraie prise en charge de l’ensemble des personnes
qui se trouvaient dans le squat, donne ses consignes de loin, ou ne répond
plus au téléphone et n’estime même pas nécessaire de se déplacer. Ce
qui
est proposé aux rescapés, re-triés et sélectionnés... est digne de la
politique du gouvernement actuel concernant les migrants : 30 euros
quotidien par personne pendant trois jours et éventuellement la
possibilité de rester dans le stade jusqu’à lundi ! A force de tragique la
farce de la situation explose.

Un nouveau rendez-vous est donné à 15h30, pour donner deux trois vêtements
et de nouveaux soins... Devant la mairie Jean-Jacques Briant, adjoint au
maire, responsable de l’action sociale, est interpellé, à la colère des
quelques personnes, citoyens, présents ici, est répondu un laconique «
vous n’avez qu’à les prendre chez vous. » et d’autres inepties. Les
éclopés n’ont pas même un banc où s’asseoir. Un repas de midi, assis dans
la cantine de la mairie toute proche ? Aucun élu ou employé de la mairie
n’y pense, on ne mélange pas tout. Ainsi les compagnons
d’infortune, pieds
dans le sac, reviennent peu à peu vers le squat.

Sur la place un ouvrier né en Tunisie, algérien, vivant en France depuis
30 ans, se met à crier devant l’indécence de la proposition de la mairie,
devant ces jeunes gens, ses fils à lui, fils de la révolution, mal
traités, abandonnés par tous, il dit :

JE SUIS UNE MONTAGNE DE FEU
Je suis en colère, je ne veux plus les voir ces partis de droite ou de
gauche !
Je suis un rebelle ! Ils nous marchent dessus !
J’ai travaillé trente ans pour la ville de Pantin !
J’ai balayé les rues pendant 30 ans !
J’y ai donné ma vie, ma santé !
30 euros pour nos fils !
30 euros pour se taire !!


Notes :

[1] En l’occurrence, les pompiers de Paris sont des militaires qui
travaillent constamment avec la police.


http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5869
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