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 "Fabriquons français" vs "Fabriquons chinois" ?

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Clode
Révolutionnaire
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Date d'inscription : 22/07/2007

MessageSujet: "Fabriquons français" vs "Fabriquons chinois" ?   Dim 17 Avr - 19:36

"Fabriquons français" vs "Fabriquons chinois" ?




Le débat autour de la question du Front National se polarise, pour ce est de notre syndicat en tous les cas, sur la
préférence nationale
. La déclaration de Thibault, les motivations de la fédération pour l'exclusion du syndicat de Nilvange
en font le coeur des "valeurs" non partagées avec l'extrême-droite.


Nous partageons que c'est bien là une des démarcations du syndicalisme de classe avec toutes les variantes (soft ou hard !) de
syndicalisme de collaboration et d'accompagnement.





Mais
nous disons, nous affirmons qu'on ne peut pas en rester à des
déclarations humanistes, à se délimiter juste avec
l'extrême-droite ce qui est positif mais un peu insuffisant. Nous
disons qu'il faut aller au coeur de ce qu'est le syndicalisme de classe.


Là encore, il y a deux manières de le faire : en rester aux généralités, comme le font les CSR, ou le Front Syndical de Classe, en réaffirmant (ce qui est juste au
demeurant) que seul le syndicalisme de classe est une réponse au FN. Mais dans la mesure où on ne rentre pas dans le contenu de la
démarcation
et du programme, ça ne mange pas de pain et d'une certaine manière cela revient à noyer le poisson !


Car il faut rentrer dans le concret. Il faut éplucher à fond
ce qu'est la préférence nationale, la démarcation avec le
nationalisme et le chauvinisme, le patriotisme économique ou social. Et
on tombe sur un sujet assez brûlant, la préférence nationale en
matière économique, à savoir le "Fabriquons français !".




Nous avions promis un
article, le voilà. Un peu long et détaillé, mais il faut bien cela,
et vu les polémiques qu'il ne manquera pas de susciter, on sera
sûrement amené à y revenir (version imprimable
ci-contre).





L'internationalisation de la production






La défense du "Fabriquons français" se présente comme la réponse évidente pour contrer les suppressions d'emploi, en
particulier face aux délocalisations. "Vous préférez que l'on fabrique chinois !" nous rétorque un lecteur indigné !


Il faut revenir sur la réalité du caractère purement national des productions.




  • Premier
    exemple : l'iPhone de Apple, fabriqué en Chine. Seulement 3,6% de la
    valeur est d'origine chinoise (puisqu'il s'agit
    uniquement de l'assemblage), mais 6% des USA, 34% des entreprises
    japonaises, 17% des allemandes, 13% des sud-coréennes etc. Tout cela
    pour un produit estampillé "Made in China"... Comment
    apprécier le caractère "national" de cette production ?


  • Deuxième
    exemple : la plupart des entreprises à l'origine des suppressions
    d'emploi récemment en France n'ont rien de
    françaises : Continental, Goodyear, Fralib (groupe Unilever),
    Arcelor Mittal, Molex, Ford, General Motors, etc. En 2007, dans
    l'industrie manufacturière, les entreprises étrangères
    contribuaient pour 26% à l'emploi et pour 31% à la valeur ajoutée (ICI). La plus récemment citée est Toyota à Onnaing, dont les travailleurs
    viennent de suspendre une grève pour les salaires menée rudement depuis début avril.


  • Troisième exemple : l'économie est désormais totalement mondialisée et inter-imbriquée. Le séisme et le tsunami au Japon l'ont
    montré une nouvelle fois, puisque les soucis de production liés à la catastrophe ont provoqué en ricochet le chômage technique à PSA (le jour même de l'arrivée du panache radioactif,
    ironie...) et aujourd'hui dans toutes les usines Toyota en
    Europe. En fait, la plupart des usines automobiles mondiales
    ont été touchées suite au tsunami, du fait du caractère désormais généralisé de la mondialisation...


  • Quatrième exemple : les monopoles français, bien de chez nous : Renault, EdF, France Télécom, Veolia, Saint-Gobain, Carrefour,
    Alstom, Bolloré, Areva, Total, SFR etc. sont tous largement implantés sur toute la planète.


C'est à dire que du point de vue de la production elle-même, la notion de production "nationale", à l'époque de l'impérialisme,
de la mondialisation, de la guerre économique mondiale, n'a aucun sens.


Elle en a encore moins, si l'on intègre les degrés de sous-traitance, la part des ouvriers et travailleurs de ces monopoles et
leur nationalité (et oui, il y a des immigrés dans les entreprises françaises...).


Raisonner
en termes de production "nationale", c'est d'une part s'enfermer dans
un schéma totalement dépassé (celui de
l'apparition du capitalisme au 19ème siècle), d'autre part raisonner
selon les critères et la logique de la production capitaliste - la
logique de nos exploiteurs.





L'impasse réformiste




Mais alors, comment expliquer la réapparition du "Fabriquons français", y compris timidement repris par Thibault devant les
Molex (voir la vidéo ICI)
? Ce mot
d'ordre réformiste et chauvin date en fait des années 80 et avait
surtout été avancé par le PCF, décliné ensuite par la CGT selon les
entreprises et les secteurs d'activité. Il avait disparu face
à l'évidence de la mondialisation, des restructurations, des
diverses vagues de la crise du capitalisme.


Il
resurgit pour deux raisons : d'une part parce que la forme actuelle des
restructurations capitalistes dans la période que
nous vivons, c'est avant tout les délocalisations. Les
restructurations massives ont eu lieu, la précarité est généralisée, les
gains de productivité ont été énormes et arrive un moment où le
citron n'a plus rien à rendre sous le pressoir. Et quand en même
temps de nouveaux terrains de jeux sont ouverts ailleurs, il est tentant
pour les capitalistes de jouer la carte de la
délocalisation. En attendant un contre coup, des développements de
la lutte des classes etc.





D'autre part parce que les réformistes sont totalement impuissants face à ces délocalisations, n'ont rien
à avancer comme contre-proposition réformiste, réaliste ou pas n'est
pas la question, face aux attaques du capital. Rien, strictement
rien. Alors que les licenciements se comptent par centaines de
milliers, ce sont d'abord les ouvriers et prolétaires qui en subissent
de plein fouet les conséquences.


Depuis toujours la CGT se targue de défendre l'emploi industriel (voir notre dossier ICI),
en se plaçant d'un
point de vue raisonnable, du point de vue du capitalisme mondialisé.
Mais face aux délocalisations en Asie ou vers les pays de l'Est, rien,
rien du tout, silence radio. Lors d'une réunion à
Montreuil le 19 janvier sous le titre édifiant de "comment sortir
l'industrie du carcan des finances" (sic !!!) la question a été posée
plusieurs fois de la salle - sans aucune réponse.


Car
plus on sombre dans le réformisme, plus on veut être précis, plus on
est acculé par les lois d'airain de la guerre
économique capitaliste, et plus on arrive à s'aligner ouvertement ou
inconsciemment, sur les décisions des monopoles et du gouvernement. La
CFDT le fait ouvertement, la CGT y arrive
progressivement en s'enferrant toujours plus dans la logique du
marché et de la concurrence.





La CGT a toujours tenté de répondre par les
contre-plans industriels, mais ils ne sont une réponse
(illusoire au demeurant, comme si le capitalisme productif et financier
n'avait pas étudié d'autres solutions) qu'entreprise par
entreprise. Alors, à l'heure où le chauvinisme resurgit, via le FN,
Sarkozy, la chasse aux sans-papiers et les politiques migratoires, il
est facile de déraper vers le chauvinisme économique du
fabriquons français, simple "élargissement national" des
contre-plans industriels.


On l'a vu à Molex, à Arcelor Gandrange, on le voit à Renault ou des militants qui se disent syndicalistes de classe en arrivent
à exiger de "replacer Renault sur sa base nationale",

on le voit encore à Fralib, filiale de Unilever, où la lutte pour
l'emploi dérape sur le caractère marseillais du Thé de l'éléphant et le
caractère quelque peu anti-français de Unilever... (voir
ci-contre un appel au rassemblement pour l'emploi vendredi
prochain).





Le vrai problème de l'emploi ouvrier et sa solution




Les tenants du "Fabriquons français" nous attendent au tournant : vous êtes pour tout laisser faire, vous préférez qu'on
"fabrique chinois", qu'on laisse fermer des usines et envoyer des ouvriers au chômage.


Trop facile, démagogique et malheureusement ils escamotent la lutte des classes.




Il
y a une chose de certaine, c'est que le capitalisme passe d'une vague
de restructurations à une autre, laissant à chaque fois
des milliers de travailleurs (de toutes nationanlités), et avant
tout des ouvriers sur le carreau. Ce sont les prolétaires qui servent de
chair à canon dans la guerre économique mondiale et qui
paient par la misère, le chômage et la précarité les gains de
productivité, les profits et les injustices monstrueuses de ce monde de
barbares.





Alors, on fait quoi, face à ces restructurations qui semblent implacables ? Les réformistes nous proposent les contre-plans
industriels, les chauvins nous proposent le "fabriquons français", et nous refusons ces deux voies.


Nous les refusons pour une seule et unique raison : elles se placent du point de vue de l'économie "en général", de la
production "en général", en laissant de côté le caractère de classe de l'entreprise ou de la nation (allez, un petit tour du côté
de la formation théorique, par ICI, pour
se rafraîchir la mémoire...).


Nous, nous nous plaçons du point de vue de l'ouvrier, de son intérêt et de son seul intérêt, sans nous préoccuper du
capital.


Un
ouvrier menacé de licenciement c'est la loi implacable de la
concurrence et de la compétitivité, mais pour nous c'est un être
humain, une famille, des relations sociales au boulot et en dehors,
un collectif de lutte. Tant que durera cette barbarie qu'est
l'exploitation, l'appropriation privée de la force de travail du
prolétaire par les exploiteurs, nous serons écrasés, balladés, nous
ne serons qu'une "ressource humaine", belle formule moderne pour éviter
de dire "chair à canon". Et c'est pour cela que nous
nous battons pour un autre monde, un monde meilleur, pour tout le
peuple où les prolétaires seront aux manettes et dirigeront la société
pour le bien être du plus grand nombre.





C'est ce futur que nous préparons, un projet politique - et c'est pour cela
que le syndicalisme ne suffit pas, même le plus radical; mais c'est un autre débat.


Dans
l'attente, nous menons le combat quotidien, parce que nous n'avons pas
le choix. Dans ce combat, nous refusons les options
réformistes qui nous enchaînent à la logique du capital, nous
refusons les options chauvines qui divisent et dressent les prolétaires
les uns contre les autres.


Alors quoi ? Défendre l'intérêt ouvrier, c'est se placer de son point de vue et ne pas lâcher un pouce.

Et malheureusement pour les réformistes et les chauvins, ce n'est pas une illusion, nous avons des exemples, offensifs, et qui
marchent. Au moins un exemple, mal connu, peu popularisé, et pourtant il y aurait de quoi !




C'est le cas des camarades de Goodyear à Amiens






Goodyear. Voilà trois ans et demi que les camarades se battent
contre le
projet de fermeture d'une usine archi-vétuste, dont le propriétaire
(américain...) veut tirer le maximum de sueur et de profit avant
fermeture. Une usine où avec une CGT de pointe, les ouvriers ont d'abord refusé les 4x8
qui détruisait leur vie de famille en élargissant le travail au
weekend. Où ils
ont fait échouer plusieurs PSE tombés aux oubliettes. Où
aujourd'hui, il n'y a encore eu aucun licenciement alors que la
direction avait juré que tout serait réglé fin 2008. Une usine où
la CGT vient d'être confortée aux élections avec plus de 80% des voix sur
les trois collèges, malgré les candidatures CGC et même SUD qui prônent la négociation des suppressions d'emploi.


La CGT refuse tout licenciement, veut des garanties sur l'avenir des éventuels départs des anciens sachant ce qui se passe
ailleurs (voir les licenciés de Renault
Sandouville). Elle ne refuse pas le
débat économique autour d'un éventuel repreneur, mais exige des
garanties, ne se contente pas de vagues promesses. Elle veut des
comptes, des chiffres, des investissements (voir par exemple
ICI).


Oh, pas du tout pour "fabriquer français", ou pour "défendre le pneu picard", ou pour "défendre la filière" ou on ne sait quelle
fadaise. Simplement pour défendre l'emploi des travailleurs de l'usine.


La CGT Goodyear refuse de signer un chèque en blanc pour licencier ensuite. Elle sait - et le dit - qu'aucune solution n'est
définitive, que le combat se poursuit toujours, quel que soit le patron.


Mais elle ne se place pas du point de vue de la production, du point de vue de l'entreprise, du point de vue de l'économie. Elle
se place du point de vue des ouvriers et rien d'autre, c'est un point de vue de classe.


Voilà, malheureusement pour les réformistes et les chauvins, il y a l'exemple
des Goodyear
, qui depuis 42 mois ont réussi sans
concilier à empêcher tout licenciement économique. Comme l'ont calculé
les camarades, s'ils étaient rentré dans la logique de la
négociation des suppressions d'emploi, beaucoup des licenciés se
retrouveraient aujourd'hui au RSA !!!


Voilà,
un autre chemin est possible, voilà l'image du syndicalisme de classe,
qu'il faut ensuite faire déboucher sur un projet
politique pour éviter des combats éternellement recommencés dans une
société gérée par nos ennemis de classe (on lira avec profit, ICI et LA deux
articles plus approfondis sur le sujet).





NON, nous ne sommes pas condamnés à l'impuissance, au réformisme ou au chauvinisme.

Il y a le combat de classe - et en plus c'est le plus immédiatement efficace, preuve est faite !!!




Pour conclure, où mène le "Fabriquons français" ?




Nous allons rapidement terminer cet article un peu long par ce qui va apparaître comme une provocation pour certains de nos
lecteurs. Mais nous invitons tout le monde à méditer ces quelques reproductions.


A
méditer pour comprendre qu'il n'y a aucune différence de fond,
seulement de degré entre les mots d'ordre que nous allons
aligner. Et si aujourd'hui, nous portons le fer sur le retour d'un
mot d'ordre qui doit être envoyé à la poubelle de l'histoire, c'est que
malheureusement, l'histoire récente a montré comment on
pouvait déraper vers les positions du FN en prétendant défendre
l'emploi... La présence de militants comme Engelmann dans la CGT n'est
hélas, ni une nouveauté, ni un hasard !


Allez, allons-y pour le petit musée des horreurs !







http://ouvalacgt.over-blog.com/article-fabriquons-fran-ais-vs-fabriquons-chinois-70284718.html
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MessageSujet: Re: "Fabriquons français" vs "Fabriquons chinois" ?   Lun 18 Avr - 1:19

En effet, c'est un gros débat, ça ...
C'est aussi un des problèmes du communisme : le nationalisme. Alors que son hymne s'appelle l'internationale ...
Or, à l'heure actuelle, l'internationalisation (le respect de tout peuple du monde en fait) s'est transformé en mondialisation, par le biais de l'économie carnassière.

Un autre gros débat a été lancé par le gouvernement : la laïcité !!
Là aussi : Laïcité, c'est tolérance, mais quand la tolérance se traduit par des interdictions...

Autre gros débat : la patriotisme. J'aime mon pays, ma nation, jusqu'où dois-je tout accepter pour lui (elle) ?

Autant de débats qui divisent, même, et surtout (car c'est le but, en fait) au sein de personnes politiquement très proches !

A qui ça profitera in fine ? What a Face

_________________
Ancien chien de berger, viré parce qu'il avait appris aux moutons à se rebeller
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