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 Le rocker Super Hue, communiste hors parti

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Chien Guevara
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Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Le rocker Super Hue, communiste hors parti   Ven 21 Mai - 0:19

Le rocker Super Hue, communiste hors parti

Par Raphael Malkin | Rédacteur en chef
adjoint de Snatch... | 19/05/2010 | 13H02



Super Hue, le jeu de
mots est facile. Le problème, c'est qu'interviewer Robert Hue, vétéran
communiste, revient à faire un tour au supermarché. Le rock, les jeunes,
l'Union soviétique, la démocratie, le Parti communiste… Chez Super Hue,
tout y passe. Entretien et playlist.

C'est qu'aujourd'hui, il est libre de se
lâcher, désengagé qu'il est du vieux carcan communiste dont il a rendu
la carte.

A l'aise sous une chemise à rayures, une
cravate à rayures et un costume à rayures, le barbu-sans-moustache le
plus célèbre de France parle sans ambages. A toi Bobby !
Snatch : A quoi ça ressemble une jeunesse dans le Val d'Oise,
à Cormeilles-en-Parisis ?

Robert Hue : C'est une jeunesse dans une petite commune de banlieue,
une jeunesse dans les années 1960.
C'est une jeunesse modeste -je suis issu d'une famille ouvrière,
résistante pendant la guerre et communiste. Et c'est surtout une
jeunesse marquée très tôt par l'engagement politique.
Il commence quand d'ailleurs cet engagement ?
Et bien, cet engagement, il s'exprime avec force au moment de la fin
de la guerre d'Algérie. En février 1962, j'ai 16 ans et je participe à
une manifestation pour la paix en Algérie, rue de Charonne, à Paris.
Cette manifestation est marquée par la mort de onze manifestants. Le
lendemain, je prenais ma carte aux Jeunesses communistes de Cormeilles.
Un an après, j'adhérais au Parti communiste au moment de la fête de l'Humanité.
Vous venez donc au communisme pendant votre adolescence mais,
au même moment, vous découvrez le rock, une musique qui vous passionne…

Vous savez, il y a quelque chose de très profond qui se passe dans la
jeunesse française, à cette époque. Nous sommes à la fin des Trente
Glorieuses, juste à la fin de la guerre d'Algérie, nous avons une
jeunesse qui a connu les lendemains de la seconde guerre mondiale avec
certaines rigidités.
On sent dans les années 1960 émerger quelque chose de très
singulier : une soif de vivre autrement. C'est la fin d'une époque et le
début d'une autre, inaugurée par l'effervescence de 68.
Le rock'n roll, dans les années 1960, c'est une volonté très forte
d'exprimer un dépassement, une colère, un dynamisme. Ça, ce n'est pas du
Yéyé
!
Moi, mes idoles de l'époque, c'est Elvis Presley, Eddie Cochran, Gene
Vincent, des gens qui bougent ! (Voir la vidéo d'Eddie Cochran qui
chante « C'mon Everybody »)


http://www.youtube.com/watch?v=LRjlZ8x2uQM&feature=player_embedded

Mais, là, vous allez me dire qu'il y a un paradoxe entre se tourner
vers un idéal politique inspiré par le bloc soviétique et se prendre de
passion pour une culture tout droit débarquée du bloc opposé, les
Etats-Unis, n'est-ce pas ?
Nous allions y venir effectivement… Alors comment vous,
communiste, pouvez-vous porter une musique américaine ?

Mais le rock'n roll n'est pas vraiment une musique américaine ! C'est
une expression forte de colère, elle est née dans le blues. Presley,
qui dynamise le rock aux Etats-Unis, est d'une famille modeste.
« Rock around the clock » ou « Trouble », les premiers succès de
Presley [le titre « Rock around the clock » est de Bill Haley
& The Comets, ndlr] sont des chansons qui expriment un sentiment de
révolte ! Voilà pourquoi ce n'est pas si contradictoire. (Voir la
vidéo d'Elvis Presley qui chante « Trouble »)


http://www.dailymotion.com/video/xjw01_elvis-presley-trouble-1958_music?start=0

A 16 ans donc, vous fondez un groupe à Cormeilles-en-Parisis,
Les Rapaces, et vous prenez un nom de scène : Willie Balton…

Tous les groupes trouvent des noms visant à exprimer une certaine
agressivité. Vous avez Les Vautours avec Vic Laurens, vous avez Les
Pirates avec Dany Logan, Les
Chats Sauvages, pourquoi « sauvages », hein ?
Bon, Les Rapaces, on a trouvé ça et personne ne nous a demandé de
droits d'auteurs. Et l'idée de la rapacité n'avait pas de contenu
économique, social, c'était plutôt une sorte de réponse colérique.
Et pour Willie Balton ?
Tout simplement parce que la musique était, à cette époque, souvent
une très mauvaise transposition de l'américain. Claude Moine s'est bien
appelé Eddy Mitchell, du nom d'une star du cinéma.
Moi, c'était plus simple : j'avais, à l'école, un copain dont le père
était un soldat américain, qui était un des derniers à être encore
présent dans des bases militaires en France. Il s'appelait William
Balton. Alors, j'ai trafiqué un peu le truc et ça a fait « Willie
Balton ».
Est-ce que le rock que vous avez connu dans les années 1960,
vous le retrouvez encore aujourd'hui ?

Ah, mais je le retrouve complètement ! Si j'avais le temps, j'aurais
été voir Stevie Wonder à son concert, là. Je n'ai pas du tout rompu avec
cette musique qui reste dynamique, qui vit encore, même si elle prend
des formes différentes. Des formes que je me garderai bien de situer
pour ne pas avoir trop d'ennemis, hein [rires].
Pour moi, l'esprit de la démarche qui m'a conduit à épouser le rock'n
roll dans les années 1960 reste posé. Il y avait incontestablement une
volonté de transformation de la société et cela est toujours le cas
aujourd'hui.
Et je souhaite aujourd'hui aux jeunes d'être habités de la même
passion et de la même colère que celles que j'ai eues dans mes années de
jeunesse et qui m'ont conduit à m'engager politiquement.
Vous ne portiez pas la banane par hasard ?
Si, un peu [rires]. J'avais évidemment une banane, tout le groupe
avait des pantalons pattes d'éléphant, des chemises à pois et on avait
le logo « Rapaces » marqué sur la batterie. On passait nos soirées, au
moins une fois par semaine, au temple du rock à Paris : le Golf Drouot.
Parallèlement à cette vie de rocker communiste donc, vous
entamez des études d'infirmier…

Moi, je suis d'une famille ouvrière, je vous l'ai dit, et je
souhaitais être médecin. Je pense que j'aurais fait un bon médecin mais
bon, dans les familles ouvrières, vous ne pouvez pas aller très loin. Il
faut travailler assez tôt.
Et donc, dès que j'ai travaillé, j'ai voulu rattraper le train des
études. Et j'ai fait des études d'infirmier, oui, parce que c'était les
seules études où je pouvais travailler en étant payé.
Ensuite, je me suis spécialisé en psychiatrie. En fait, j'ai fait des
études paramédicales pour m'orienter ensuite vers des études médicales.
Mais bon, entre-temps, je suis devenu militant politique et je n'ai pas
poussé les études plus loin.
En 1973, vous êtes donc un jeune militant de 27 ans et voilà
que sort « L'Archipel du goulag » de l'auteur russe Alexandre
Soljenitsyne, un livre qui dénonce l'enfer des camps soviétiques. Vous
en pensez quoi de cette parution à ce moment-là ?

J'étais dans une période de distanciation marquée avec le modèle
soviétique. Depuis 1968 et l'intervention sanglante des troupes du Pacte
de Varsovie en Tchécoslovaquie, je ne baigne plus dans l'esprit du
communisme étatique tel qu'il se construisait à l'Est et qui avait
accompagné ma jeunesse. 1968 est un tournant pour moi, il y a une prise
de conscience réelle.
D'ailleurs quand mon ami Jean Ferrat est mort, il y a quelques mois [Jean Ferrat était
sur la liste communiste conduite par Robert Hue aux élections
européennes de 1999, ndlr], un journaliste m'a demandé de choisir un de
ses textes et j'ai choisi « Camarade », cette chanson qui exprime le désarroi
d'un communiste tchécoslovaque en 1968.
Donc, quand sort « L'Archipel du Goulag », je suis dans une réflexion
qui me conduit à prendre mes distances avec l'URSS. Je commence à être
beaucoup plus conscient de ce qu'a été la réalité dramatique du
stalinisme. Je ne dis pas du communisme, mais bien du stalinisme qui est
le responsable de millions de morts en Union soviétique à partir des
années 1930.
A cette époque, le Parti communiste français est dirigé par
Georges Marchais. Un personnage charismatique dont la voix portait le
Parti. Que retenez vous de cette période du communisme français ?

C'est difficile pour moi de parler avec un regard historique sur
cette question car c'est moi qui ai succédé à Georges Marchais.
M'enfin, à cette époque, il est incontestable que George Marchais a
compris que le rapport aux médias était important. Marchais savait qu'il
pouvait faire de l'audimat, il avait un côté attractif. (Voir
l'extrait de l'émission Cartes sur table avec Geroges Marchais,
Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, le 23 mars 1981)


http://www.dailymotion.com/video/x3j6r9_georges-marchais-pcf-jean-pierre-el?start=0

Dans un premier temps, ça a été politiquement constructif. A la fin
des années 1970, le Parti communiste reste le parti le plus populaire de
France. Mais dans un second temps, ça s'est dégradé quelque peu parce
que la politique a changé.
C'est-à-dire ?
Et bien, dans les années 1980, il y a par exemple cette triste et
terrible position des communistes français qui soutiennent l'invasion de
l'Afghanistan par les Soviétiques. Un élément parmi d'autres qui
contribue au déclin du Parti. Ça s'est d'ailleurs traduit ensuite dans
les urnes.
Mais, ce n'est pas ça qui est vraiment à l'origine du déclin du
communisme. Ça, c'est bien plus complexe.
Justement, comment le communiste que vous êtes vit le déclin
et la chute de l'Union soviétique en 1991 ?

On le vit avec une contradiction majeure, celle d'un sentiment de
libération parce qu'on voit comment notre idéal communiste est enfermé
dans un modèle hors des valeurs communistes, un modèle centralisateur,
d'aliénation, de mise en cause de la personne humaine, d'étatisation
outrancière, autant de choses qui sont complètement contradictoires avec
les valeurs communistes telles que je les conçois.
Lesquelles ?
Et bien, des valeurs de générosité, d'égalité, de prise en compte des
inégalités sociales. Donc, d'un côté il y a un terrible coup : ce qui a
été porté jusque-là ne correspond pas à ce qu'on a voulu, à l'utopie
qu'on a eue, au rêve d'égalité, au rêve d'émancipation. Donc, il y a une
certaine souffrance par rapport à cette réalité et puis en même temps…
Vous voulez dire que vous êtes à la fois abasourdi et
soulagé ?

Oui, oui, le mot est bon. Abasourdi, très choqué et en même temps,
oui, libéré. J'ai apprécié ce dépassement. Mais il faut savoir que tout
le monde au Parti ne semble pas l'avoir apprécié comme moi. Je me
souviens qu'il a été, peut-être par mimétisme avec le passé, à la mode
de porter la démarche gorbatchévienne. D'autres ont longtemps
espéré que la vieille garde soviétique reprendrait la main.
Finalement, vous êtes considéré par l'opinion publique comme
un communiste un peu à part, un type qui trace sa propre route même
lorsqu'il se retrouve à la tête du Parti en 1994. Comment expliquez-vous
cette originalité ?

Ecoutez, c'est parce que… Bon, je vais être modéré sinon ça serait
présomptueux. Mon idée du communisme est intacte. Je suis communiste.
Mais je suis communiste autrement.
Je n'ai jamais imaginé un seul instant devenir le successeur de
Georges Marchais. Je l'ai appris par lui, sept ou huit semaines avant ma
nomination. Alors que certains peut-être, et le mot « peut-être » est
ironique, s'attendaient à lui succéder. Pas moi. Quand je suis nommé
d'ailleurs, les agences de presse n'ont même pas de photos de moi pour
illustrer leurs dépêches…
Donc, lorsque je me suis retrouvé à la tête du Parti, je n'ai pas
voulu prolonger une direction et j'ai souhaité tenter une ouverture
politique. Au fond de moi je pensais -je dis ça aujourd'hui avec
prudence et modestie- qu'il était un peu tard, mais j'ai tenté de
transformer le Parti avec une série de dispositions visant à
déstaliniser, à réhabiliter des gens. Ça ne plaisait pas à tout le
monde.
J'ai voulu renouer avec l'union des Forces de gauche qui avait été
rompue en 1984…
Changer les choses, c'est un peu rock'n roll, comme votre
jeunesse…

J'identifie le rock'n roll à une volonté de me libérer, d'être dans
une dynamique nouvelle. Je suis dans le même état d'esprit quand je
prends la direction du Parti. J'arrive avec l'idée de tenter de mettre
en œuvre un pacte unitaire de progrès.
Et puis je suis pour inscrire le Parti dans une rupture de la
pyramide. Je m'appuie moi-même sur le fait que je ne suis pas au sommet
de la pyramide quand je deviens secrétaire général. Mais je me trouve
face à un parti qui est encore rigide et hésitant à bien des égards.
Comment jugez-vous votre démarche politique, votre volonté de
casser cette rigidité à l'aune des chiffres qui, sous votre direction,
ne sont pas bons pour le Parti ? Vous faites 8% à l'élection
présidentielle de 1995, 3% en 2002, et vous perdez près de 50 000
militants en moins de dix ans…

Ma démarche, elle, était extrêmement audacieuse mais peut-être
était-il déjà trop tard.
Mais encore…
Et bien, la transformation du Parti communiste français, il eût été
essentiel de la commencer dès 1956, au moment de la condamnation du
culte de la personnalité de Staline en Union soviétique. Un moment où il
fallait rompre avec le modèle soviétique.
C'est-à-dire être plus souple ?
C'est-à-dire être différent ! Mais les communistes français dont
Maurice Thorez n'ont rien fait à l'époque ! Ils étaient bien trop
imprégnés. Et d'ailleurs, je compare ça aujourd'hui avec ceux qui ont du
mal à quitter le Parti communiste.
Comment expliquez-vous
qu'aujourd'hui, le communisme séduit moins ?

Il séduit moins, il parle moins aux gens parce qu'il a été vécu comme
quelque chose d'extrêmement liberticide ! Quelque chose de
contraignant, qui n'a pas apporté de réponse et qui s'est écroulé.
Or, moi, j'identifie cet échec à autre chose que le communisme. Ce
n'est pas le communisme en soi qui est un échec, mais la façon dont la
pensée de Marx a été dogmatisée et étatisée. Il n'était pas inscrit dans
les gènes de la pensée marxiste naissante qu'on était obligé d'aller
vers cette dogmatisation !
Le problème, c'est que pour les gens, dans les livrets scolaires, le
communisme ça n'est que « L'Archipel du Goulag ». On identifie le
communisme uniquement à ce qui s'est effondré en 1991.
Mais, ces idées qui disent qu'on ne peut pas vivre dans une société
où l'argent est roi, dans une société où les banquiers peuvent tout
écraser, ces idées profondément communistes sont des idées qui sont
d'actualité !
Les valeurs communistes, si elles n'apparaissent pas comme une relève
politique, ont aujourd'hui encore de l'importance dans l'inconscient
des gens.
Alors, comment fait-on pour représenter ces valeurs quand
vous déclarez que « le Parti n'est pas réformable » ?

Je considère qu'il faut autre chose qu'un parti pour porter ces
valeurs…
Comme ?
Je pense que les structures du XIXe siècle dont a hérité le Parti
sont périmées. À terme, il convient de mettre en place des mouvements
politiques qui soient beaucoup plus transversaux. Je pense que les
jeunes susceptibles de s'engager en politique aujourd'hui n'ont pas
envie d'entrer en religion…
Comme vous avez pu le faire dans les années 1960, par
exemple ?

Comme moi j'ai pu le faire, oui, exactement. Je suis entré en
religion par héritage culturel. Ça a été extrêmement positif, je ne
renie pas ça, mais c'est fini !
Mais y-a-t-il encore aujourd'hui des partis capables de
prendre des gens d'origine ouvrière pour en faire des hommes d'Etat ?


Ça n'existe plus. C'est la course aux égos, à la carrière, aux
places. Ça vous donne une idée de la politique désastreuse. C'est pour
ça que les gens n'ont pas envie d'entrer en politique.
Si vous avez envie de porter la politique, il faut la faire
autrement. Vous n'avez aucun avenir avec la politique telle qu'elle
est !
Mais, ça veut dire quoi « autrement » ?
Ça veut dire ne plus considérer que la politique doit être l'affaire
d'une avant-garde et d'une élite, mais l'affaire des citoyens et des
salariés eux-mêmes.
Il faut une avancée considérable de la démocratie participative, ou
disons citoyenne pour ne pas faire d'analogie. Mais une démocratie
citoyenne qui ne s'arrête pas aux portes de l'entreprise. Il faut une
démocratie sociale réelle ! ll faut construire une nouvelle éthique de
la démocratie !
Vous pensiez quoi, d'ailleurs, de l'initiative de Ségolène
Royal qui plaçait, en 2007, le concept de « participation » au centre de
sa campagne ?

C'est une excellente intuition. Le seul problème, c'est qu'elle ait
pu être caricaturée ensuite.
Justement, les détracteurs de ce concept disent que c'est une
manière un peu « bordélique » de faire de la politique…

Oui. Mais la démocratie, c'est organiser la société et apporter des
réponses en tenant compte des avis de tous. Mais ce n'est pas la
« chienlit » non plus comme aurait dit le Général…
Ça peut l'être, non ?
Ça peut l'être naturellement comme ça peut être le spontanéisme
maoïste, ça peut être mille choses qu'on a connues dans l'histoire
contemporaine.
Mais, moi, ma conception citoyenne de la France, c'est une conception
où les citoyens s'auto-organisent dans leur démarche démocratique. Il
faut que chacun prenne ses responsabilités en essayant de ne pas tomber
dans le panneau de la simple « réunionnite ».
Ça ne sert à rien d'uniquement se réunir pour réfléchir. Il faut
avoir une symbiose entre une expression profonde et spontanée des gens
et une capacité à proposer des choses pour organiser la société. Là, la
démocratie ne sera pas le bordel comme vous dites.
Mais vous savez, il y a aussi pire que le bordel : c'est que la
société ne soit pas démocratique du tout. En l'occurrence, aujourd'hui,
nous avons une société démocratique et élitiste, tenue par des gens qui
ont un pouvoir presque absolu. C'est le drame pour le peuple ! Entre la
recherche d'une démocratie citoyenne et sociale, équilibrée, organisée
et dynamique, et puis une structure dite démocratique mais avec un
pouvoir autoritaire, mon choix est fait !
Vous venez de fonder votre propre mouvement, le Mouvement
unitaire progressiste (MUP). Mais si vous vous déclarez « à mille lieues »
du Parti communiste, vous autorisez quand même la double adhésion à
votre mouvement et au Parti ! Bizarre, non ?

Je vous explique. Entre mon départ de la tête du Parti et la création
de mon mouvement, il se passe cinq ans. Non pas cinq ans de traversée
du désert, mais cinq ans de deuil qui m'ont permis de dépasser mon
attachement profond à la matrice communiste.
Et donc aujourd'hui, si je dis aux communistes de venir dans mon
mouvement, je n'obtiens pas de résultat. On ne quitte pas le Parti comme
ça. Cette double adhésion laisse donc à des hommes et des femmes le
temps de se faire leur propre réflexion.
Le problème, c'est que les partis ont toujours conduit à une démarche
identitaire alors que l'on peut avoir plusieurs appartenances. Il faut
donc dépasser le concept de parti pour tendre vers une certaine
transversalité, une horizontalité et en aucun cas une verticalité.
Les institutions de la France sont en décalage avec ça. Elles
conduisent à la personnalisation, c'est un grave problème pour notre
démocratie. Et c'est pour ça que je suis contre l'élection du président
de la République au suffrage universel. C'est un recul considérable. Il
faut mettre un terme à ce mode de scrutin mais on ne peut pas le faire !
A défaut , il faudrait alors modifier le rôle du Président.
Vous pensez que c'est faisable ?
C'est difficile, mais c'est incontournable si on ne veut pas tomber
dans un monarchisme fou. Que ce soit à gauche ou à droite.
Comment fait-on justement quand on porte une idée qui est
difficilement réalisable comme celle-là ?

On se bat. C'est tout le sens de proposer l'impossible pour obtenir
une partie des choses. C'est toute la force d'une idée qui ne doit pas
être tiède mais en décalage !
Pas pour se faire plaisir mais bien parce que c'est un besoin. Mes
idées, ce sont par exemple l'établissement d'un salaire maximum ou bien
la diminution de 25% du budget de notre Défense. S'il n'y a pas d'idées
comme celles-là, la société n'avance pas. Il faut des idées qui
bousculent !
Le rockeur que vous êtes n'abandonnera pas ?
Oh, je ne sais pas si c'est comme ça que cela doit être présenté. En
tous les cas, il faut porter des idées avec force et courage. Je pense
que les jeunes ne s'engageront pas en politique si on leur offre une
situation de consensus comme celle que l'on connaît aujourd'hui. Il faut
leur proposer des choses qui soient la marque de leur jeunesse.
Quand vous regardez la figure de la Révolution ou celles de la
Résistance, ce sont tous des jeunes. Ce sont eux qui ont fait l'avenir
du monde. Donc le problème aujourd'hui, c'est de trouver les moyens
d'offrir à la jeunesse de se retrouver et de s'engager en politique. Si
elle ne le fait, c'est un drame ! On irait tout droit vers une société
qui aurait d'immenses problèmes !
Si je crée un mouvement, ce n'est pas pour moi ! Quel intérêt j'ai ?
J'ai été deux fois candidat à la présidentielle, j'ai dirigé le Parti
communiste, j'ai été maire pendant 32 ans, conseiller régional pendant
douze ans, député de la Nation, député européen, sénateur. Je n'ai plus
qu'un mandat aujourd'hui, et c'est un signe que je donne.
Mon objectif c'est, grâce à une structure, de permettre à des jeunes
de s'engager en politique avec la même passion que celle qui m'a tant
animé dans mes années de jeune rockeur que de jeune communiste. Moi, je
n'attends pas de savoir si le téléphone va sonner en 2012.
Mais vous pensez que la jeune génération est capable
d'épouser une nouvelle formule de la politique ?

Oui, je suis très confiant. Enfin, pour le moment, les jeunes ne
votent pas. Bon. Mais à ceux qui expliquent cela en disant que les
jeunes ont juste la tête en l'air, je leur réponds que c'est de la
connerie !
Il faut que les mouvements soient utiles aux jeunes pour que ces
derniers se bougent. Si mon mouvement n'est pas utile, il ne
fonctionnera pas.
Et il faut arrêter avec toutes ces organisations de jeunes dans les
partis ! Tout ça est calqué sur les formations-mères. Il faut trouver
quelque chose de propre à la démarche des jeunes.
Oui, mais si rien n'est encadré…
Ah ! Mais vous semblez attaché au cadre vous ! Vous êtes pire que
moi, vous avez un héritage que je n'ai pas [rires].
Ce que vous appelez l'encadrement, pour moi, ce n'est pas de
l'encadrement. C'est un minimum d'organisation de la société. Mais il
faut tout de même un peu d'incohérence pour faire apparaître des
situations malignes, vous savez.
Pour montrer aux jeunes que vous êtes encore présent sur la
scène politique, vous pouvez compter sur votre look inimitable. Vous
êtes sûrement la barbe la plus célèbre de France avec celle de Sébastien
Chabal. C'est un style que vous entretenez ?

Vous savez, le jour où je n'ai plus été à la tête de mon groupe de
rock, je me suis laissé pousser la barbe [rires]. J'ai toujours eu la
barbe depuis mes 17 ans, c'est vieux, hein !
Bon, y a-t-il un mimétisme avec les révolutionnaires du XIXe et du
XXe siècle ? Peut-être…


Après tout, vous avez la barbe aussi et on ne vous appelle pas
« huiste » pour autant. En tout cas, ma barbe, je ne peux pas la couper,
c'est évident.
Jamais de moustache ?
Ça m'est arrivé mais pas souvent. Cette barbe, je l'ai toujours eue
comme ça. Ça m'a permis d'avoir toutes les caricatures du monde. Des
dizaines, des centaines, des milliers ! C'est peut-être ce qui explique
ma petite notoriété. Mais, je m'en fous.
Cette apparence de personnage qui a déjà
bien vécu, qui semble de bon conseil nous fait penser à Prof dans
« Blanche-Neige et les sept nains »…

Oh, vous n'êtes pas le premier [rires]. Navré, hein ! Mais vous
savez, c'est un paradoxe, cette gueule, parce que je combats cette
société qui personnalise tout.
Or, cette barbe me personnalise. Bon, l'essentiel, c'est d'avoir une
profondeur politique derrière la barbe. Il se trouve que j'ai des idées
et qu'elles correspondent bien à mon image de gros barbu sympa. En
psychiatrie, on appellerait ça la morphopsychologie.
Photos : Robert Hue (Vincent Desailly/Snatch).
L'interview de Robert Hue est extraite du
deuxième numéro de Snatch Magazine, en kiosque dans toute la France ce
mercredi -164p.- 3,9 €

Ecoutez la playlist de Robert Hue.


En partenariat avec Snatch Magazine

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