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 Inde. la face cachée de l’Éden du high-tech

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Chien Guevara
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Nombre de messages : 9406
Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Inde. la face cachée de l’Éden du high-tech   Ven 30 Avr - 20:07

Inde. la face cachée de l’Éden du high-tech



La crise économique n’a pas épargné les cités de
verre de l’informatique et des services indiennes. Le miracle obtenu à
coups de délocalisations tourne au mirage. Par 
dizaines de milliers,
ingénieurs et techniciens se retrouvent éjectés. Avec la « tolérance
zéro pour les salariés non performants », 
les suicides se multiplient…

Inde, envoyée spéciale.

En venant des faubourgs de New Delhi, au-delà des masures et des rues
encombrées, le visiteur a du mal à le croire  : brusquement, la ville
nouvelle de Gurgaon étale ses richesses avec ses immeubles de verre et
ses « malls », temples du commerce à l’américaine. La cité « new-look »
prend des allures de laboratoire de la future Inde ou au moins de celle
qui brille, représentative de cette nouvelle caste que l’écrivain Pavan
K. Varma dénonce pour son « cynisme » ( [1]
). Gurgaon comme Bangalore ou Hyderabad, pour les plus connues, sont des
nouvelles Mecque du high-tech, îlots de prospérité vivant au rythme de
la globalisation. Ingénieurs, informaticiens, hommes d’affaires et
autres nababs dans des bureaux ultramodernes conversent avec Dallas, New
York, Londres et Berlin. Le soir venu, des milliers de jeunes formés
aux langues et aux accents de leurs lointains clients convergent vers
les centres d’appels pour répondre aux demandes des Américains et des
Canadiens qui commencent leur journée. Ils œuvrent pour Airbus, Alcatel,
Adidas, Citibank, Singapore Airlines, pour ne citer que quelques
enseignes planétaires. Cinquième ville de l’Inde, Bangalore, perchée sur
le plateau du Deccan, est devenue en quelques années l’une des
capitales mondiales des technologies de l’information et de la
communication. Quelque 500 multinationales y ont implanté des bureaux ou
des laboratoires, au côté des groupes locaux qui ont émergé, devenant
des géants de la sous-traitance informatique.

Mais dans ces appendices verdoyants où les pelouses ne jaunissent
jamais, le bonheur était-il dans le pré  ? On savait déjà que la crainte
de la concurrence était largement invoquée pour que les « happy few »
des différentes Silicon Valley indiennes entretiennent un secret pesant
sur leur entreprise et surtout sur leurs conditions de travail. Dans les
call-centers, gardés par des vigiles, les disquettes et les téléphones
portables sont bannis. Avec interdiction d’échanger les mots de passe
des ordinateurs ou d’évoquer avec les autres employés les « questions
confidentielles des clients ». « On ne communique pas sur la société, ni
sur les effectifs ou les salaires », me lançait une jeune cadre
d’Oracle, à Bangalore. Mais dans toutes ces tours de verre, la loi de
l’omerta s’est fissurée avec la crise économique. « Si, en quelques
mois, environ cinq millions d’ouvriers ont perdu leur emploi (autant
qu’aux États-Unis) et si l’industrie textile indienne s’est pratiquement
effondrée, le secteur des services informatiques a vécu un véritable
tsunami », estime H. Mahadevan, l’un des dirigeants du syndicat Aituc.
« On estime entre 70 000 et 100 000 le nombre des licenciements dans les
sociétés d’ingénierie informatique, dont 10 000 uniquement à
Bangalore. » Au total, l’informatique indienne représente actuellement
plus de deux millions d’emplois directs, et quatre à six millions
d’emplois indirects. Un vrai bug.

Les géants du high-tech ont profité de la crise pour réduire leurs
coûts et leurs effectifs. « D’autant plus facilement que les
représentations syndicales sont interdites dans ces sociétés », relève
Arun, vingt-sept ans, salarié dans une petite entreprise spécialisée
dans les systèmes informatisés de surveillance électronique de
Bangalore. Il a dû accepter une baisse de salaire de 10 %  : « C’était
ça ou la porte. Et je ne me plains pas, d’autres salariés sont en
attente d’affectation. » Chez Wipro – qui fait partie, avec Infosys et
Tata Consultancy Services, des trois mastodontes des sociétés de service
en ingénierie informatique (SSII) de l’Inde – on leur propose de ne
venir au bureau que deux jours par semaine… en échange d’une réduction
de salaire de 50 %  !
Sushil, la trentaine, a dû se plier aux demandes de la direction de sa
société. Il recherche un nouvel emploi mais sans trop d’illusions. « Il
faut attendre », dit-il avec philosophie. Sans charge de famille et avec
quelques économies, il dit qu’il patiente en restreignant son train de
vie. Et c’est justement leur regard sur cette vie qui a changé. Arun et
Sushil font partie de ces jeunes privilégiés de l’informatique que les
entreprises, depuis la percée indienne dans ce domaine, s’arrachent.
Leur salaire pouvait grimper de 25 % ou 30 % en un an, et surtout, ils
ne restaient pas en place, espérant toujours de meilleurs gains
ailleurs. Avant la crise, le turnover dans l’informatique pouvait
atteindre les 80 % par an. Depuis l’été 2008, le vent a tourné, et ils
ont appris la peur du lendemain. D’autant plus que ces jeunes sont
souvent endettés. Leurs revenus ont attiré les banques qui leur ont fait
des offres de prêt tentant.

Le choc de la crise est allé au-delà  : les SSII indiennes, à la
recherche d’économies, mettent leurs employés sous pression pour les
faire déguerpir plus rapidement. Les avertissements pleuvent pour
résultats insuffisants. « Pour ceux qui sont restés en poste, les
conditions de travail se sont durcies », confie Arun, qui rappelle que
le nouveau concept dans les SSII, c’est celui de « tolérance zéro pour
les salariés non performants », selon l’expression du patron des
ressources humaines d’Infosys. « Pour certains, c’est devenu un enfer »,
poursuit le jeune homme, qui avoue ne pas avoir été surpris par les
suicides survenus ces derniers mois. Au mois d’août 2009, un ancien
employé de Wipro, trente-sept ans, avait déjà révélé à la presse que la
SSII l’avait harcelé et poussé vers la sortie. Quelques jours plus tôt,
un de ses collègues, analyste, Vishal Yadav, vingt-neuf ans, avait sauté
du douzième étage de l’immeuble de la société à Bangalore, dans la
soirée. Il venait d’être licencié. Ce ne fut pas le seul  : un autre
analyste de l’Hindustan Computers Limited (HCL), Vikas Kumar Sharma, âgé
de vingt-six ans, mit fin à ses jours de la même façon.

Arun et ses amis ne veulent pas trop en parler. Mais ils savaient
bien que les beautés de l’Eden High-tech avaient leur face cachée. Un
article publié sur un site Internet indien de février 2008, avant même
le séisme financier américain, s’interrogeait en ces termes  :
« Pourquoi Bangalore est-elle la capitale indienne du suicide  ? » En
juin 2009, une étude publiée dans India Today, l’un des grands
hebdomadaires indiens enquêtant sur le sujet, avait même avancé qu’un
informaticien sur vingt à Bangalore songerait régulièrement au suicide.
Un psychologue y explique que plusieurs de ses patients, travaillant
dans le secteur informatique ou du BPO, sont incapables de faire face au
stress généré par leur travail. Dans la liste des facteurs aggravants,
le praticien pointait les horaires à rallonge, l’esprit de compétition,
l’insécurité au travail…

Alors qu’Infosys, Tata Consultancy Services et Wipro viennent de
communiquer des résultats financiers sur le premier trimestre de l’année
2010 en nette hausse, dans les immeubles de verre se jouent toujours
des tragédies. « L’activité reprend un cours normal », selon Wipro. « Le
groupe de Bangalore a bénéficié d’un redémarrage sur les services IT en
offshore. » Mais le 18 janvier dernier une jeune ingénieur de
vingt-trois ans, Lakshmi Nair, s’est pendue dans son appartement de
Bangalore…

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