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 Les 11 leçons de l'attentat contre les footballeurs togolais

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Chien Guevara
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MessageSujet: Les 11 leçons de l'attentat contre les footballeurs togolais   Jeu 14 Jan - 1:11

Les 11 leçons de l'attentat contre les footballeurs togolais

Par Pascal Boniface | IRIS | 12/01/2010 | 23H15 /Rue 89


Vendredi 8 janvier, le Front de libération de l'enclave de la
Cabinda (FLEC) attaquait à la mitraillette le bus de l'équipe de foot
du Togo. Les joueurs se rendaient dans l'enclave de Cabinda pour
disputer un match de la Coupe d'Afrique des nations. Cet événement
amène plusieurs réflexions.


Le foot est une vitrine médiatique et politique

La première concerne l'impact médiatique et donc politique du
football. Si le FLEC s'était attaqué à l'armée angolaise et fait dix
fois plus de morts dans ses rangs, personne sans doute n'en aurait
parlé.
Le fait qu'elle ait attaqué un bus de joueurs togolais se rendant à
cette compétition, médiatisée dans toute l'Afrique et au-delà du
continent africain lui a permis d'avoir un impact incomparable.
Désormais, tout le monde connaît l'enclave de Cabinda, ignorée par la
quasi totalité des gens auparavant. La visibilité du sport le rend
également attractif pour tous ceux qui veulent faire parler d'eux, en
bien ou en mal !


Même après un attentat, il faut maintenir les compétitions sportives

Certains vont en tirer la conclusion de l'incapacité de l'Afrique à
organiser une compétition sportive majeure. Fallait-il maintenir la
Coupe d'Afrique des nations ? Annuler la CAN aurait été une victoire
pour le FLEC. Autant ne pas récompenser les assassins.


Pas de comparaison possible entre l'Angola et l'Afrique du Sud

Faut-il maintenir la Coupe du monde en Afrique du Sud ? La
comparaison entre l'Angola et l'Afrique du Sud ne vaut pas. Il n'y a
pas de mouvement armé qui lutte contre le pouvoir en Afrique du Sud et
s'il y a un problème de violence, il s'agit de délinquance urbaine et
non pas de violence politique.


Le sport : un objet de tentation pour les terroristes

Par contre, vue l'importance médiatique du sport, des Jeux
olympiques ou de la Coupe du monde, aujourd'hui toute compétition
sportive majeure devient un objet de tentation pour des terroristes.
Cela n'est pas propre à l'Afrique.
On l'avait vu avec l'assaut armé contre l'équipe de cricket du Sri
Lanka au Pakistan en mars 2009. Les jeux du Commonwealth en Inde à
l'automne seront eux aussi hautement sécurisés. Faut-il rappeler qu'en
2004 pour les jeux d'Athènes, la délégation la plus importante sur
place était celle de l'OTAN ? On craignait une menace terroriste…


Au Togo, après l'attentat, le temps de la récupération politique

Il y a un débat au Togo entre les joueurs et le pouvoir. Choqués, on
le comprend, ils voulaient initialement rentrer à la maison, avant de
prendre par la suite la décision de jouer, pour honorer la mémoire des
morts. Le pouvoir leur a finalement demandé de rentrer.
Le tout dans un contexte d'élection présidentielle qui aura lieu fin février 2008. Le président Faure Gnassingbé
parvenu au pouvoir par un coup d'Etat constitutionnel, après la mort de
son père le dictateur Eyadema fait face à un vrai défi.
Le franco-togolais Kofi Yamgnane,
ancien ministre de François Mitterrand se présente contre lui. Il y a
donc une tentative de récupération politique de ces événements
tragiques par un gouvernement en difficulté. Il n'est pas certain que
cette récupération fonctionne.


Rappel : le front de libération de Cabinda a déjà signé un accord de paix

Le Front de libération de l'enclave de Cabinda est-il un mouvement
de libération nationale ? Il ne faut pas se méprendre sur les mots.
L'enclave de Cabinda séparée par une bande territoriale de la
République démocratique du Congo du reste de l'Angola était gérée par
les Portugais de façon unifiée avec le territoire angolais. A
l'indépendance, les deux territoires ont été unis.
On se rappelle qu'après 1975, une guerre civile a opposé le MPLA
Marxiste le FNLA de Roberto Holden lié au Zaïre et l'UNITA de Jonas
Sawinbi lié à l'Afrique du Sud de l'apartheid qui le surnommait
l'unique nègre intelligent de toute l'Afrique (pour le sigle UNITA).
Après sa mort la paix a pu enfin s'installer en Angola à partir de
2002. La guerre civile a longtemps été financé par la rente pétrolière
et diamantifère. En 2006, un accord a été signé avec le Front de
libération de l'enclave de Cabinda


Faire naître un état indépendant … pour profiter du pétrole

Le Cabinda produit 60% du pétrole angolais. Le mouvement
indépendantiste correspond donc plus à une ambition sécessionniste, de
capter une rentre pétrolière plutôt qu'à une volonté de faire jouer des
droits nationaux.
Nous sommes typiquement en face d'un cas de prolifération étatique
où la volonté de faire naître un état indépendant n'est pas liée à la
reconnaissance de droits nationaux mais au désir de bénéficier de
matières premières. La sécession et la décolonisation ce n'est pas la
même chose.


Le match devait démontrer que la situation s'était normalisée, c'est raté

Il est certain que les autorités angolaises ont voulu faire jouer
des matchs dans l'enclave de Cabinda pour montrer que la situation
était normalisée et qu'ils maîtrisaient bien l'ensemble du territoire
national. Cela a eu un effet retour terrible avec cet attentat.


Traitement de faveur pour les terroristes africains ?

Le porte parole du FLEC a pu parler d'état de guerre et affirmer
qu'à la guerre tous les coups sont permis. Il était au Luxembourg au
moment de l'attentat et semble vivre en France.
Mais s'attaquer à un bus de joueurs de football qui n'ont rien à
voir avec le conflit c'est tout simplement du terrorisme. Et ce porte
parole se livre donc à une apologie du terrorisme. Le laisserait-on
parler ainsi s'il se réclamait du Djihad ? Le terrorisme est-il moins
grave quand il concerne l'Afrique ?


Le FLEC ne peut plus compter sur ses appuis étrangers

L'époque où le FLEC pouvait compter sur des appuis étrangers est
révolue. La guerre froide est finie, l'apartheid est démantelé, les
grandes puissances et les majors pétroliers n'ont aucun intérêt à jouer
la carte séparative. Ils ont d'excellentes relations avec l'Angola, et
entendent la conserver.


S'attaquer aux problèmes sociaux qui légitiment le FLEC

Au Cabinda, la population locale ne profite guère de la rente
pétrolière. Ce ne serait pas la première fois que cela se produit, pour
autant il ne faut pas se satisfaire de cette situation. L'Angola doit
réprimer le FLEC mais aussi s'attaquer aux racines sociales qui le
légitiment aux yeux d'une partie de la population de Cabinda.
Photo : Un ballon perdu (Amitubal/Flickr)

_________________
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