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 Quand les pauvres inventent une banque véritablement populaire

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nawa



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MessageSujet: Quand les pauvres inventent une banque véritablement populaire   Mer 18 Nov - 13:20

Par Agnès Rousseaux (18 novembre 2009)



Face
à la faillite du système financier, et si nous repartions de zéro ?
C’est ce qu’ont osé faire les habitants d’une favela de Fortaleza, dans
le Nordeste du Brésil. Depuis dix ans, leur banque communautaire, la
banque Palmas, leur a permis de développer des activités économiques et
de créer près de 2.000 emplois dans un quartier où il n’y avait
auparavant ni eau, ni électricité, ni transport, et encore moins de
services publics. Loin d’être une utopie lointaine et théorique, la
banque Palmas a transformé la vie quotidienne des habitants. Elle est
aussi la base d’un autre modèle de développement économique : une
économie populaire, forcément solidaire, au service de tous et de la
transformation du territoire. Une initiative qui essaime au Brésil
comme au Venezuela.
« La montagne aux ordures » (monte de Lixao) : c’est là
qu’atterrit Joaquim Melo, jeune séminariste de 21 ans originaire de
Bélem, en 1983. Une décharge de la banlieue de Fortaleza, dans le
Nordeste brésilien, où vivent en permanence des hommes et des femmes,
aux « frontières de l’humanité ». Une expérience qui va le marquer à
vie. Six mois plus tard il découvre, à quelques kilomètres de là, le
Conjunto Palmeiras. Une favela sans eau, sans électricité, sans
assainissement, sans transports. Un no man’s land où la mairie expulse depuis 1973 les habitants qu’elle chasse du centre-ville pour y construire des
hôtels touristiques. Les inondations détruisent chaque hiver les
habitations, reconstruites tant bien que mal année après année. Inspiré
par la théologie de la libération [1],
Joaquim sera de tous les combats pour améliorer la situation, bravant
la dictature, l’administration et les conditions climatiques.

« Pourquoi sommes-nous pauvres ? »

Quinze ans plus tard, le visage de cette favela a complètement
changé. L’urbanisation est acquise au prix de nombreuses mobilisations.
Surtout, en 1998 une banque voit le jour. La première « banque
communautaire » du Brésil, qui devient bientôt l’outil indispensable du
développement économique du quartier. A l’origine, plusieurs intuitions
essentielles : « A un moment donné, nous nous sommes posés la
question : « pourquoi sommes-nous pauvres ? » Nous avons dressé une
cartographie du quartier : qu’est-ce qui est consommé ? Où est-ce
acheté ? Est-ce qu’on pourrait le produire dans le quartier ? La
pauvreté vient du fait que le peu d’argent qu’on a, on le dépense
ailleurs
», explique Joaquim Melo. De là germe l’idée de créer une
monnaie, le Palmas, utilisable seulement dans le quartier, pour
« relocaliser » l’économie. A cela s’ajoute un système de prêts à la
consommation et à la production, avec de très faibles taux d’intérêts
(respectivement à 0% et entre 1,5% et 3%) pour développer les échanges.
« On a voulu rompre avec le micro-crédit
individuel, car personne ne peut résoudre ce genre de problème de
manière isolée. Nous avons réfléchi à un système de développement
territorial, avec un réseau de production
». Pour Joaquim Melo, la réussite du système Palmas vient de « l’hybridation
entre économie solidaire et économie traditionnelle. C’est le côté
pragmatique. On prend ce qui marche dans les deux dimensions
».

La Banque démarre avec très peu de moyens. Un capital de départ de
2000 reais (soit environ 600 euros). Dès le premier jour, tout l’argent
est accordé en prêt. Il faut alors attendre les premiers remboursements
pour que l’argent rentre dans les caisses. Dix ans plus tard, un tiers
des commerçants du quartier acceptent la monnaie Palmas. Ils savent que
cette monnaie va être réutilisée dans le quartier, et accordent au
passage aux consommateurs des réductions de 2 à 15 %. En 2008, la
banque a accordé 910 emprunts à la production et 1 200 prêts à la
consommation. Le commerce local a augmenté ses ventes de 30% et est
devenu l’un des principaux couloirs commerciaux de la périphérie de
Fortaleza [2]. Désormais, 93% des achats des habitants sont pratiqués à l’intérieur du quartier.

Plus de 2000 emplois créés

Selon une étude menée dans le quartier par l’université fédérale du Ceará [3]
à la demande du gouvernement, 98% des personnes interrogées considèrent
que la banque a contribué au développement du quartier. 26% ont vu
leurs revenus familiaux augmenter. Et plus d’un cinquième des personnes
interrogées affirment avoir trouvé un emploi grâce à la banque.

La "dynamique Palmas" génère aussi des coopératives de production et
des centres de formation professionnelle qui transforment le quartier.
Les locaux de la banque accueillent la coopérative de couturières
PalmaFashion, une entreprise artisanale de produits d’entretien
PalmaLimpe, un centre de formation "Barrio escola de trabalho",
un "incubateur" qui permet à des dizaines de femmes de sortir de la
très grande précarité. Plusieurs milliers de jeunes ont bénéficié de
formations professionnelles à travers les programmes initiés par cette
banque véritablement populaire.


Cette
réussite découle de la longue série de combats, menés par les habitants
pendant presque 20 ans, pour l’urbanisation de la favela. Pour Joaquim,
cette victoire « n’aurait pas été possible dans d’autres quartiers.
Cela s’inscrit dans une dynamique. Le capital social, cela ne se
transfert pas, ça se construit
». Des luttes, il y en a eu
beaucoup dans le Conjunto Palmeiras : occupation de logements d’un
lotissement voisin pour sensibiliser les médias, menaces de faire
sauter les canalisations d’eau alimentant la ville de Fortaleza et qui
passent sous la favela, construction d’un canal de drainage des eaux de
pluie, développement des transports publics... En 1997, un séminaire
organisé dans le quartier, « Habiter l’inhabitable », permet de mesurer
le chemin parcouru. Mais il pointe également le semi-échec de cette
urbanisation. Celle-ci oblige à payer des factures d’eau, l’impôt
local, « trop cher pour de nombreuses familles qui ont été
contraintes à déménager. En 1996, un tiers des familles habitent le
quartier depuis moins de deux ans
» décrit Joaquim. « Cela se
passe souvent comme ça : quand il y a urbanisation d’une favela, les
gens vendent leur maison pour gagner un peu d’argent. Nous avons commis
l’erreur de commencer par l’urbanisation sans penser en parallèle le
développement de l’emploi et de l’économie
». C’est de ce constat que naît la banque, lancée par l’association des habitants. « Nous
nous sommes rendus compte à quel point il est plus facile de mobiliser
les habitants sur du concret, comme l’assainissement du quartier, que
sur la construction d’un modèle économique
».




Un millier de banques communautaires au Brésil en 2010

Le succès du « système Palmas » fait des émules. Joaquim Melo est
aujourd’hui responsable de l’Institut Palmas, créé en 2003, dont un des
objectifs est la diffusion de la méthodologie
utilisée dans le Conjunto Palmeiras. 47 banques communautaires ont été
créées au Brésil. Et 3600 au Vénézuela. Un partenariat avec la Banque
populaire du Brésil (BPB), lancée par le président Lula, permet de
donner une nouvelle ampleur au système Palmas. Le BPB fait de la Banque
Palmas son « correspondant bancaire » dans les quartiers pauvres, là où
les banques ne veulent pas s’installer. Aujourd’hui, la banque gère un
portefeuille d’environ 2 millions de reais (800.000 euros).

La banque Palmas n’a toujours pas de statut légal. L’appellation
« banque » étant très contrôlée au Brésil, cela lui a valu quelques
difficultés avec l’administration. Elle ne peut toujours pas proposer
un service d’épargne, comme les habitants le souhaiteraient. Mais elle
est un outil fiable, car la somme des Palmas en circulation à son
équivalent en monnaie nationale en réserve à la banque. Fort de cette
réussite, Joaquim Melo a pour ambition de créer un millier de banques
au Brésil en 2010. Inlassablement, il parcourt le pays. Avec un
leitmotiv : « Ce qui est évident doit être répété pour ne pas être oublié ».


Agnès Rousseaux
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MessageSujet: Re: Quand les pauvres inventent une banque véritablement populaire   Ven 20 Nov - 19:49

Une idée originale et audacieuse, couronnée de réussite en plus .
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Quand les pauvres inventent une banque véritablement populaire
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