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 Résistons Ensemble

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MessageSujet: Résistons Ensemble   Jeu 8 Oct - 11:39

RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 79 / octobre 2009


Sans-papiers – la guerre coloniale continue ?

On ne compte plus les révoltes, ni les morts, les noyés, les camps
d’enfermement incendiés. Il y a une lutte que personne n’arrive à
contrôler malgré les frontières grillagées, électrifiées. Des milliers
d’hommes et de femmes, que l’on nomme des « sans-papiers », montent
depuis les anciennes colonies vers les pays qui les ont colonisés. Ils
cherchent à échapper à la misère et à l’oppression. Ce sont les guerres
de libération coloniales inachevées que sont contraints de continuer à
mener les sans-papiers pour s’émanciper et des pouvoirs des pays
impérialistes et de leurs propres gouvernements, larbins des premiers.
Ici, au cœur même du système, ils réclament leur dû, et par procuration
celui de ceux qui sont restés au pays.

Si telle est la situation, alors il n’y a qu’une question qui vaille
d’être posée : que doit signifier pour nous être anticolonialistes
aujourd’hui ? La réponse n’est pas évidente, car le pouvoir et les
bureaucrates qui lui sont soumis, nous martèlent que la régularisation
de tous les sans-papiers, la libre circulation et installation de ces
pauvres venus d’ailleurs menaceraient nos conquêtes et nos acquis, tels
que la Sécu, l’assurance chômage, les allocations... On serait tenté d’y
croire et par peur de devoir partager leur misère on aurait tendance à
se cramponner à nos maigres privilèges (n’oublions pas que ces acquis ne
sont pas neutres ; en 1945 la coalition PC-PS-gaullistes a permis la
création de la Sécu au prix, entre autres, du maintien de l’empire
colonial car 1945 c’est aussi les bombardements des insurgés algériens
de Sétif et Guelma : 45.000 morts !). Leurs discours « réalistes » ne
sont que mensonge, leur stratégie ne défend rien du tout : on a vu ce
que sont leurs journées d’actions qui nous paralysent face aux patrons
et à l’Etat.

Il faut donc choisir son camp, pas seulement par solidarité, mais parce
qu’il n’y a pas de troisième voie pour ceux qui sont « en règle ».
Lutter avec les peuples des ex-colonies et avec leurs émissaires sans
papiers, ou bien être crevés par la droite comme par la gauche.
Paradoxalement la seule façon pour nous de gagner contre le pouvoir des
patrons c’est d’être dans les tranchées et sur les barricades de ceux
qui paraissent être les plus faibles, mais qui sont forts car « ils
n’ont que leurs chaînes à perdre ». Ça et là, en dehors des sentiers
battus de la mobilisation, des résistances se renforcent en se
nourrissant de cette idée.


Vive les mutins !

Depuis 2 mois, et l’adoption par le Parlement du « paquet sécurité » qui
entre autres prolonge la rétention de 2 à 6 mois, les luttes contre les
camps d’internement pour étrangers (CIE) à l’intérieur et à l’extérieur
n’ont pas cessé en Italie. Entre autres, une grève de la faim éclate le
7/08 au centre de la via Corelli à Milan. Le lendemain c’est l’émeute au
centre de Gradisca, les retenus grimpent sur le toit, certains tombent,
ils caillassent avec des bouteilles les flics qui matraquent et usent de
lacrymo. Le 12 les prisonniers brûlent et cassent ce qu’ils peuvent
après. Alors qu’au centre Brunelleschi de Turin les retenus rejoignent
la grève de la faim. Le lendemain 34 rebelles de Rome sont transférés à
Milan et les contacts avec ceux de Corelli se renforcent. Le même jour,
après avoir découvert que pour beaucoup d’entre eux la rétention a été
prolongée de 2 mois, les retenus de Corelli se soulèvent encore. La
police anti- émeute sort les canons à eau et, après deux assauts manqués
et un moment de calme, réussit à pénétrer dans les dortoirs. Il y a de
nombreux blessés. Le lendemain 9 hommes et 5 femmes sont arrêtés pour «
résistance ». Leur procès dure depuis le 21 août, le verdict est pour le
13/10. Du 28/09 au 1/10 une grève de la faim très forte est menée au
centre de Ponte Galeria à Rome. Une quinzaine de grévistes est
transférée le 2 (pratique révélant la nature carcérale de ces lieux). À
l’extérieur, les rassemblements et manifs aux abords des centres, les
actions contre la Sodexho et la Croix Rouge entre autres se multiplient,
une radio de quartier turinoise diffuse des témoignages audio de
l’intérieur... Et ça continue un peu partout, avec des dizaines
d’heureuses évasions dans la péninsule (mais aussi à Tenerife en Espagne
le 15/09, à Vincennes en France le 2/09...). Il y a peut-être là un
véritable rapport de force qui se met en place.


« Oh pinaise, c’est la guerre. Ça pète de partout. »

La cour d’appel a confirmé le 15 septembre les lourdes condamnations à
la prison ferme de Gérard Jodar et six autres militants du syndicat
kanak USTKE (voir RE de juillet 2009). Des barricades ont été
construites pendant le mois d’aout pour exiger leur libération. Les
gendarmes, le GIGN sont intervenus avec des flashballs et des lacrymos
tirés dans les maisons. En deux jours 30 gendarmes ont été blessés, dont
un officier par tir de chevrotine. Plusieurs centaines de jeunes de la
cité populaire de Montravel se sont joints aux syndicalistes. A méditer
en métropole : quand les choses sont claires travailleurs en lutte et
jeunes des quartiers populaires sont capables de se retrouver ensemble
face à l’Etat des patrons. Et ça, ça fait mal.


Faire comme les Conti partout

Des mois de lutte dure contre la fermeture de l’usine. Bataille perdue,
ils étaient trop isolés, mais des indemnités favorables ont été gagnées
(50.000€ en moyenne). L’Etat ne leur pardonne pas, plusieurs d’entre eux
ont pris 3-5 mois de taule avec sursis, accusés du saccage de la
sous-préfecture de Compiègne en avril, lâchés par les directions
syndicales. « La CGT, on les a pas vus. Les Thibault et Cie, c’est juste
bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent
juste qu’à ça, toute cette racaille » comme disait le délégué CGT des
Conti Xavier Mathieu à Clairvoix le 18 août.

> [C H R O N I Q U E D E L ‘A R B I T R A I R E]


Tours

Mardi 22 septembre à Tours l’ancienne maison de retraite des "Glycines",
réquisitionnée par le Collectif de Soutien aux Demandeurs d’Asile et aux
Sans Papiers de Tours et le DAL, a été vidée par la police nationale
aidée d’une compagnie de sécurité privée. Les personnes y logeant, sans
domicile fixe, familles de demandeurs d’asile, célibataires furent jetés
à la rue.

La police a molesté trois militants. Bilan 2 arrestations. Alors que le
reste du groupe repartait, les BAC en enlèvent violemment 2, chassant
les uns à coups de tonfas, menaçant les autres au tazer : 2 nouvelles
arrestations. Bilan : 2 sont accusés de rébellion, un autre de coups et
vol (un policier a retiré de son sac une casquette de police qu’il y
avait cachée, en disant « on pourra au moins te mettre ça ») Une date de
procès est déjà prévue : 8 Décembre, 9h00, tribunal de Tours.

Les terroristes, c’est l’Etat.


Arezki Kerfali, procès reporté

Poursuivi pour « outrage » suite à un contrôle le 11 juin dernier où,
roué de coups – 8 jours d’ITT, fracture au poignet, hématomes sur tout
le corps – il assistait à la mort de son ami Ali Ziri. Depuis une
contre-expertise médicale pour Ali constate 27 hématomes s’étendant
jusqu’à 17 centimètres et sa mort par anoxie (absence d’oxygène) en lien
avec une asphyxie pulmonaire de type mécanique. L’avocat à demandé le
rapprochement des deux affaires. La suite le 24 juin prochain au
tribunal de Grande Instance de Pontoise.


Délation à tous les étages

Le patron de la police en Essonne a lancé un appel à « aider la police
nationale » accompagné d’une adresse e-mail pour dénoncer son voisin. Il
faut dire que la tendance est lourde. 2005, 2006, des acteurs sociaux
luttaient contre l’institutionnalisation de la délation qui les oblige à
/« partager leurs informations »/. 2007, deux jeunes étaient condamnés à
8 et 6 ans de prison, accusés d’avoir agressé en 2006 deux CRS aux
Tarterêts (91) à l’issue d’un procès à charge reposant sur des appels à
délation et témoignages « sous X ». La même année à Villiers-le-Bel, la
police lançait des appels à délation, discrétion assurée, rémunération à
la clé. Le secteur privé n’est pas en reste. Cet été, après le Crédit
Lyonnais d’Aulnay-sous-Bois faisant arrêter un client « sans-papiers »
venu renouveler sa carte bleue, c’est une boutique Bouygues-Télécom de
l’Essonne qui a dénoncé un client venu remplacer son téléphone.


À Nîmes la justice acquitte

La phrase résonne dans nos corps… En 2003 Mourad Belmoukhtar 17 ans
était abattu d’une balle dans la nuque par les gendarmes de St Hippolyte
du Fort après qu’ils aient tiré à 17 reprises en direction des jeunes
dans un véhicule en fuite. Faux témoignage, thèse de la légitime défense
écroulée, le gendarme encourait 15 ans de réclusion criminelle. Le
procureur demandait cinq ans avec sursis pour ce représentant de l’ordre
toujours en fonction, rappelant à plusieurs reprises que la victime
était un délinquant… avec cette idée puante que le fait d’avoir un
casier pouvait justifier la mort ! Acquittement ! Un nouveau permis de
tuer ? La justice tombe le voile, elle a choisi son camp, alors
attention lorsqu’on la réclame, on voit là de quoi elle est capable…


Tamponné

Le 28 août, la gendarmerie débarque sur le campement
d’Ormoy-Villabé-Corbeil où vivent une centaine de Rroms. Les gendarmes
contrôlent les identités, signifient les Obligations de Quitter le
Territoire Français et tamponnent avec une solution lavable ceux qui
sont déjà passés à la casserole (soi-disant pour ne pas se mélanger les
pinceaux). Des individus contrôlés comparent ce marquage à la sombre
époque des déportations et exterminations de la seconde guerre mondiale.


Abou Bakari Tandia, la version policière s’effondre !

Selon la police, sa mort il y a 4 ans suite à sa garde-à-vue au
commissariat de Courbevoie serait due au fait de s’être cogné lui-même
la tête contre le mur de sa cellule ! Or la nouvelle expertise médicale
affirme qu’il est mort à cause de violences qu’il a subies. En tous cas
l’association Vérité et Justice pour Abou Bakari Tandia ne lâche pas, un
rassemblement a eu lieu à proximité du ministère de la justice le 12
septembre. Infos : www.aboubakaritandia.org
<http://www.aboubakaritandia.org/>


Ripostes dans les quartiers populaires

14/09, à Besançon. Une patrouille intervient pour une soi-disant bagarre
au couteau mais ne trouve sur place qu’un garçon de 14 ans. Un des flics
le prend à partie physiquement, alors le garçon lui donne un coup de
poing. Tous les habitants du quartier (jeunes, vieux, hommes, femmes)
ripostent et tentent de s’opposer avec force à son interpellation et
celle d’un de ses copains. Une fois de plus les premières victimes de la
police ont exprimé leur colère et couru le risque de prendre très cher :
2 mises en examen pour «violences en réunion sur dépositaire de
l’autorité publique» et «provocation à la rébellion et outrages» et en
attendant le procès, 4 sont placés sous contrôle judiciaire et 1 mis en
détention.

20/09, non loin de là à Dôle dans le Jura. Dans l’après midi, la police
est intervenue pour interpeller un jeune homme de 18 ans dont la moto
aurait percuté une fourgonnette. Les flics le retrouvent à l’hôpital. Là
non plus on n’en sait pas plus. Toujours est-il que dans la soirée,
pierres et cocktails Molotov sont jetés sur les flics en patrouille, des
rues barrées par des poubelles enflammées, 4 voitures incendiées. La
police décide d’interdire l’accès au quartier. Dès le lendemain, le
sous-préfet UMP et le maire PS agissent : présence renforcée de
policiers et « d’intermédiaires» de toutes sortes, comparution immédiate
du jeune blessé à moto et interpellation d’un mineur qui aurait «
outragé » les policiers lors de l’accident.

26/09, Hakim Djelassi, 31 ans, est mort. Interpellé deux jours plus tôt
dans sa chambre d’un hôtel du quartier Churchill (Vieux Lille) pour «
/ivresse publique manifeste/ /», /la dernière fois qu’on l’a vu debout
il entrait menotté dans un fourgon de police. Selon elle, rien ne s’est
passé dans le fourgon. Pas pour la famille d’Hakim : /« Nous, on se
demande comment ça se fait qu’un homme pénètre dans un fourgon, et en
ressorte avec des traces de coups, en arrêt cardiaque ! »/. Ses proches
pensent à la violence policière car ils ont vu son nez cassé, son menton
ouvert, son visage tuméfié et les traces de coups sur tout le corps. Et
un de ses frères est déjà mort en prison à 21 ans. Durant quatre jours,
des affrontements avec la police ont eu lieu dans le quartier et ont
même gagné Lille Sud. Deux jeunes ont été mis en GAV pour « violence et
jet de projectile». La famille a organisé une marche silencieuse avec
200 personnes participants. Suite à sa plainte une information
judiciaire a été ouverte mais les premières conclusions de l’enquête
(sur la base de l’autopsie) écartent déjà l’hypothèse des violences
policières... La famille continue de ne pas y croire : /« Pour
l’instant, les seules certitudes qu’on a c’est qu’Hakim a été interpellé
et qu’il est mort. »/

> [ A G I R ]


Contre les longues peines et les quartiers d’isolement

Semaine du 2 au 8 novembre, partout en France, appel à mobilisation
contre les longues peines et les quartiers d’isolement. Infos :
http://prison.eu.org/article12054.html

Signer l’appel à mobilisation : http://www.arppi.info
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