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 L’assassinat de Poveda bouleverse la famille de Visa

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MessageSujet: L’assassinat de Poveda bouleverse la famille de Visa   Jeu 10 Sep - 7:12

“Dénoncer quelque chose et pouvoir le diffuser c'est une forme du militantisme”

L’assassinat de Poveda bouleverse la famille de Visa
04 Septembre 2009 Par Michel Puech
http://www.mediapart.fr/club/blog/michel-puech/040909/l%E2%80%99assassinat-de-poveda-bouleverse-la-famille-de-visa

Mercredi 2 septembre, le photographe et documentariste Christian Poveda,
54 ans, a été retrouvé, près de sa voiture sur une route, à El Rosario
dans la banlieue de San Salvador. Le journaliste a été abattu de deux
balles dans le thorax et d’une dans la tête. Une exécution.

Jeudi soir, Jean-François Leroy, directeur du festival « Visa pour
l’image » , a ouvert la soirée de projection avec des sanglots dans la
voix : « Nous avons appris ce matin à l’aube l’assassinat de Christian
Gregorio Poveda Ruiz…/… Ce soir c’est toute la famille de Visa qui est
en deuil. ». A son invitation, les 1500 festivaliers se lèvent pour
observer une minute de silence pour les 30 journalistes morts en mission
depuis le début de l’année.

Christian Poveda était présent l’année dernière à « Visa pour l’image »
. Il nous avait présenté son film documentaire sur le gang de la « Mara
18 », et Jean-François Leroy lui avait réservé une salle du couvent des
Minimes pour exposer les portraits noir et blanc qu’il avait faits de
ces jeunes assassins paumés, tatoués, rejetés par la société. Un travail
impressionnant.

Il m’en avait parlé longuement dans le patio de l’Hôtel Pams, quartier
général du festival, m’expliquant que ces « types là se retrouvaient
avec un flingue dans les mains à douze ans » et qu’ensuite leurs vies
n’étaient faites que de violence, de prison, « avant qu’ils ne finissent
inévitablement assassinés à leur tour ».

Il parlait avec passion de son travail. « Je ne cherche pas à expliquer
le fonctionnement de ces gangs, d’autres l’ont fait. Moi, ce qui
m’intéresse c’est de montrer leur vie. Je m’intéresse à eux. Eux
auxquels personne ne s’est jamais intéressé. On montre leurs meurtres,
leurs bagarres, mais eux… »

Il m’avait dit avoir passé des accords avec les deux bandes rivales et «
traverser en voiture sans problème les quartiers ». J’étais sceptique,
mais Christian Poveda n’était pas du genre à vous laisser douter de ses
dires. Il avait repris son explication et défendu cette jeunesse avec
des accents du missionnaire de paix qu’il était au fond. « Je leur ai
dit, je vais vous montrer comme vous êtes réellement, et ça a marché.
Une fois que j’ai eu l’accord des « capo » - des chefs - j’ai pu
travailler sans problème. Enfin, il ne faut pas oublier qu’on est dans
un pays violent. Mais j’aime ce pays. »

A peine la nouvelle de son assassinat connue à Perpignan, le festival
fut en état de choc. Devant le Palais des Congrès, je rencontre Xavier
Soule le « patron » de l’agence Vu qui distribue son travail
photographique. « Nous l’attendions la semaine prochaine, et toute la
semaine dernière nous lui avons parlé au téléphone pour choisir les
photos qui, tirées en poster, doivent servir à la promotion de son film…
» Un silence. « Il avait un grand cœur. C’est lui qui avait organisé
«Fifi pour la vie » cette fantastique exposition- vente de tirages
photo dont l’argent a servi à soutenir Françoise Demulder pendant sa maladie. »

« Ce qui me fait vraiment bizarre » me dit au téléphone Goskin
Sipahioglu, fondateur de l’agence Sipa Press qui a diffusé les
reportages de Christian Poveda de 1982 à 1987 « c’est qu’il est mort un
2 septembre, et que sa grande amie Françoise Demulder est partie le 3
septembre de l’année dernière. Christian c’était un des meilleurs, si ce
n’est le meilleur de sa génération. Il était têtu, courageux, avait
plein d’idées et surtout, il n’était pas que photographe, c’était un
excellent journaliste. Et ça, vous savez, il n’y en a pas tant que ça. »

Xavier Périssé, ancien directeur de la rédaction de l’agence Keystone
-aujourd’hui à l’agence Credo - est du même avis « Poveda avait la
passion de l’information. C’était un excellent journaliste, un peu tête
brûlée, une sorte de Patrick Chauvel espagnol. C’est un compliment ! On
a travaillé deux ans ensemble en 1987 et 1988, quand j’ai récupéré la
bande de photographes constituée par Mark Grosset à Black Star France,
qui venait de tirer le rideau. »

Thomas Haley, photographe de l’agence Sipa Press, est lui aussi
bouleversé. « Ecoute, te parler de lui aujourd’hui, c’est difficile… Il
y a quelques semaines à peine, nous dînions ensemble chez moi. Il était
venu pour organiser la sortie de son film, l’exposition à la galerie
Polka de la famille Génestar…(Ndlr : un portfolio lui est consacré dans
le numéro 6 de Polka magazine en kiosque). On s’est connus en 1982 à
l’agence Vision qu’il avait fondée l’année précédente, et qui n’a pas
duré longtemps. L’Ursaaf, les charges, la paperasse… Tout le monde est
parti à Sipa Press sauf lui. Il y avait alors un projet « Le Monde
Illustré », ancêtre du Monde 2 …. Ça ne s’est pas fait, alors il est
parti aux Philippines, s’est installé à Manille et là, a commencé à
travailler avec Sipa. Il espérait un « assignement » de Newsweek qui
n’est pas venu, mais ça marchait pas mal. Au bout d’un moment, les
Philippines sont devenues un sujet à la mode. Christian, lui, il
n’aimait pas quand tout le monde rappliquait. Il est parti pour
l’Amérique centrale et est tombé amoureux du Salvador »

« Il avait déjà fait beaucoup de reportages en Amérique centrale et du
sud, et comme il était d’origine espagnole, de la région d’Alicante, il
a réussi début des années 90 à négocier un budget pour une grosse
exposition avec la Caixa de Mediterraneo (CAM) » se souvient Pascal
Frey ancien commercial du laboratoire Publimod « nous avions fait le
choix des photos ensemble et nous avions tiré des portraits de
guérilleros taille réelle. L’expo a bien tourné et a d’ailleurs été
présentée à Perpignan. »

Sur le stand de Fedephotos, un collectif de photographes, Jacques
Torregano est de la même génération que Poveda, celle qui a commencé à
la fin des années 70. « A l’époque, j’étais à l’agence Collectif –
c’était son nom – et lui, avait fondé L’Atelier avec Bernard Bisson… En
fait c’est la tauromachie qui nous a rapprochés. On se voyait à Nîmes
pour la féria… »

« Oui c’est 1977 que nous avons créé L’Atelier » dit laconiquement
Bernard Bisson qui parait lui aussi touché. « Mais c’est loin tout ça…
Il avait déjà réalisé un documentaire sur le Sahara Occidental avec le
Front Polisario … Poveda, je l’ai perdu de vue. »

© G. Delalot

Comme Bernard Bisson, passées les années 80, je n’avais pas gardé le
contact avec Christian Poveda. Ce n’est que l’an passé ici, à Perpignan,
que nous nous étions retrouvés. Des moments chaleureux suivis d’échange
d’e-mails, d’une autre brève rencontre au vernissage du numéro 5 de
Polka Magazine et l’annonce qu’il avait – enfin – trouvé une
distribution française pour son film « La Vida loca ». Un dernier
message sur Facebook pour annoncer son arrivée à Paris et la promesse de
se revoir….

Trois coups de feu ont annulé tous ses rendez-vous, mais il faudrait
qu’ils nous tuent tous, pour que nous oubliions Poveda, son sourire et sa quête de vérité.

Pensées émues à sa compagne, et à sa famille.


Michel Puech

Perpignan le 3 septembre 2009



Le 30 septembre dans 130 salles de cinéma :

"LA VIDA LOCA", 1h30mn. Documentaire

Étude d’un phénomène de violence importé des Etats-Unis. En Amérique
Centrale, on les appelle les maras. Construits sur le modèle des gangs
de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur, entre autres à
El Salvador.



Consulter son book à l'agence VU
http://www.agencevu.com/photographers/photographer.php?id=70

un article en espagnol :
http://www.elfaro.net/Secciones/platicas/20070709/Platicas1_20070709.asp

http://www.oc-tv.net/christian-poveda,la-vida-loca.htm
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