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 Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision

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MessageSujet: Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision   Jeu 10 Sep - 6:51

Conflits sur les médias au Venezuela (1) : L’attaque de Globovision
http://www.acrimed.org/article3196.html
Publié le 18 août 2009 par Henri Maler

Au début du mois d’août, trois « événements » survenus au Venezuela ont
retenu l’attention de quelques médias en France et à l’étranger, ainsi
que de diverses ONG : la suppression de la licence de 34 radios et
télévisions privées, l’annonce d’un « Projet de loi sur les délits
médiatiques » et une attaque de la télévision Globovision. La
quasi-simultanéité des faits et des informations correspondantes se
prêtait à leur association. Et cela n’a pas manqué : chaque dépêche de
l’AFP sur l’un de ces faits est l’occasion de parler des deux autres.

Mais pour évaluer sereinement, encore faut-il informer exactement. C’est
loin d’être le cas, comme on peut le vérifier en commençant par
l’attaque de Globovision, avant de revenir dans un prochain article sur
les questions les plus controversées : le « projet de loi » et la
suppression des licences de radios et de télévisions.

En guise de préambule :
Comment on réécrit l’histoire…

Des conflits d’une rare intensité opposent, depuis la première élection
d’Hugo Chávez à la Présidence du Venezuela, le gouvernement et ses
partisans, d’une part et les médias privés d’opposition et leurs
supporters, d’autre part. Pour comprendre les événements et la
situation, encore conviendrait-il de les replacer dans leur contexte et
dans leur histoire. Or, le contexte, dans la plupart des médias
français, ce ne sont ni les formes d’appropriation des médias au
Venezuela, ni le rôle des médias et la nature des informations qu’ils
diffusent, ni les poids respectifs des radios privées et des radios
associatives : pour l’établir, il faudrait enquêter. Non : le contexte,
ce n’est pas la situation générale, mais, pour chaque acte imputable au
gouvernement ou à ses partisans, les autres « événements » que l’on peut
lui raccorder. Pour le cas qui nous occupe, informer sur une « affaire
», c’est inévitablement évoquer les deux autres. Et c’est tout.

Quant à l’histoire, il suffit de relever quelques échantillons des «
mises en perspective » dont ont bénéficié les événements récents, pour
être… stupéfait.

Par exemple, sur le site de Métro, le 4 août 2009, on pouvait lire cette
présentation (sous le titre « Venezuela : un nouveau pas vers la censure
? ») :

« Depuis son coup d’Etat [sic !] avorté de 2002, lorsque les médias
d’opposition avaient occulté les manifestations en faveur de son retour
au pouvoir, M. Chávez s’est montré de plus en plus méfiant. » Passons
sur ce coup d’Etat de Chávez : les doigts de la journaliste ont dû
déraper sur son clavier… Mais où celle-ci est-elle allée chercher cette
présentation qui « occulte » la participation des médias d’opposition au
coup d’Etat ? Dans une dépêche de l’AFP, reproduite, sans la mentionner
: « La rupture entre le dirigeant socialiste et une partie de la presse
remonte au coup d’Etat avorté de 2002, lorsque les médias d’opposition
avaient occulté les manifestations en faveur du retour au pouvoir de M.
Chávez. »

Sur l’Express.fr, on s’y connaît en matière d’occultation…. Un article
intulé « Chávez et les médias » en administre la preuve.

Citation : « Avril 2002 : dans les 3 jours mouvementés qui précèdent le
retour de Chávez le 11 avril 2002, [sic !] l’information est devenue un
enjeu. Le gouvernement utilise à plus de trente reprises l’article 192
de la Loi sur les télécommunications qui lui donne le droit de
réquisitionner l’antenne de l’ensemble des télévisions et radios. Le 11
avril, les chaînes de télévision, ayant majoritairement soutenu la
tentative de coup d’Etat contre Chávez [Ah bon ? Il y a eu un coup
d’Etat ?], sont obligées de diffuser un nouveau discours du Président
Chávez. Elles pensent pouvoir retransmettre simultanément l’allocution
présidentielle et la manifestation de l’opposition en partageant l’écran
en deux. Mais Hugo Chávez annonce que le signal hertzien des principales
chaînes, accusées d’"inciter à la violence", est coupé. Celles-ci
poursuivent alors leurs retransmissions par satellite. »
Les faits évoqués sont, pris isolément, à peu près exacts, mais la
présentation du coup d’Etat le réduit à un épisode mineur, à peine
mentionné.

La suite n’est pas mal non plus : « Décembre 2002-Janvier 2003 : une
importante partie de la presse privée apporte son soutien à une grève
décrétée par l’opposition pour obtenir la démission du président Chávez.
Diffusion de spots incitant à la désobéissance civile, retransmission
d’appels au soulèvement de l’armée, diffusion de fausses informations...
La riposte du gouvernement est rapide : augmentation du nombre
d’agressions contre les journalistes, sièges de plusieurs médias privés
assiégés, véhicules de chaînes de télévision brûlés. » Les faits,
allusivement mentionnés, sont attribués à une « riposte du gouvernement
» lui-même.

Ce n’est pas tout : « Puis fin janvier 2003, Hugo Chávez utilise les
excès commis par les médias pour lancer des représailles à leur
encontre ».Qu’appelle-t-on de (simples) « excès » ? Ce qui était
mentionné plus haut : « Diffusion de spots incitant à la désobéissance
civile, retransmission d’appels au soulèvement de l’armée, diffusion de
fausses informations ». Et qu’appelle-t-on « des « représailles » ? Ceci
: « projet de loi sur leur "responsabilité sociale", poursuites
administratives lancées contre des chaînes de télévisions, pressions
fiscales sur plusieurs médias d’opposition… »

La dépêche de l’AFP mentionnée plus haut poursuit : « Cinq ans plus
tard, cette prise de position (selon l’AFP : l’occultation des
manifestations en faveur de Chávez…) fut l’un des motifs de la
résiliation de la licence de la chaîne RCTV, très critique à l’égard du
régime. »

La journaliste de Métro traduit : « Ces dernières semaines, il a menacé
la chaîne de télévision privée Globovision de subir le même sort que sa
consœur RCTV, disparue des canaux hertziens en 2007 sur ordre du
gouvernement qui lui reprochait son ton acerbe à l’égard du pouvoir. »
Cette fois la participation de RCTV au coup d’Etat n’est même plus une «
occultation », c’est un « ton acerbe » [1].

Ces quelques exemples de mise en perspective ne sont peut-être pas
généralisables, mais ils témoignent, au mieux, d’une méconnaissance qui
n’est pas sans effet sur la présentation des faits, comme l’attaque de
Globovision.

I. L’attaque de Globovision

Quelques mots sur le contexte. Comme nombre de médias ne manquent pas de
le rappeler, Globovision a fait l’objet, depuis quelques mois, de
plusieurs procédures judiciaires et administratives, assorties de
menaces prononcées par Hugo Chávez. Mais, comme fort peu de médias le
relatent, cette chaîne ne se borne pas à critiquer le gouvernement :
elle multiplie agressions et désinformations. Du moins si l’on en croit
François Meurisse, de Libération, peu suspect de complaisance à l’égard
du gouvernement bolivarien. Evoquant la diffusion par l’une des radios
privées d’antenne d’Aló Ciudadano, « un des programmes phares de
l’antichavisme radical diffusé sur la chaîne Globovisión » , François
Meurisse l’évalue ainsi : « Une émission où les lignes rouges de la
diffamation et de l’injure sont dépassées quasi quotidiennement. Et où
l’on continue à nier le soutien actif de la majorité des médias privés
au coup d’Etat contre Chávez en avril 2002. [2] » De quoi susciter
révolte et colère.

Une attaque

Lundi 3 août 2009. Plusieurs dépêches de l’AFP font état des
informations suivantes :

« Un groupe armé a lancé deux grenades lacrymogènes à l’intérieur du
siège de la télévision privée Globovision, très critique à l’encontre du
président du Venezuela Hugo Chavez, a annoncé l’une des directrices de
la chaîne. Une trentaine de personnes sont arrivées en moto au siège de
Globovision dans la capitale vénézuélienne. Ils ont menacé les vigiles
avec des armes à feu et sont entrés dans les locaux où ils ont jeté ces
grenades, a raconté Maria Fernanda Flores. »

Et la suite de la dépêche de préciser : « "Nous tenons le président
pour responsable de ce qui s’est passé", a affirmé le directeur de la
chaîne, Alberto Federico, dénonçant une attaque menée "en plein jour"
par "un groupe de ses partisans". » Quant aux condamnations immédiates
de ces actions par des membres du gouvernement, elles attendront….

Ces informations, plus ou moins résumées, figurent également dans des
dépêches qui font état de diverses condamnation de la suspension des
licences de radio ou du « projet de loi sur les délits médiatiques » [3]
Comme si tous ces faits avaient le même sens et la même portée.

Nombre de médias en ligne se sont bornés à reproduire tout ou partie de
ces dépêches. C’est le cas par exemple du Figaro sous le titre : «
Venezuela : Globovision prise pour cible » ou de Métro, le 4 août, dans
l’article intitulé « Venezuela : un nouveau pas vers la censure ? » [4]

Ouest France, en revanche, a proposé une adaptation significative de
l’information. Publié le 3 août à 22h44, un articulet intitulé «
Venezuela : des partisans de Chavez attaquent une station de TV
d’opposition » résumait l’attaque et « précisait » : « […] Globovision
est une petite station qui diffuse des programmes d’information
critiques envers Chávez. » La « petite station » en question « couvre »
plusieurs régions (dont Caracas) où vivent près de la moitié des
vénézuéliens. Quant aux « programmes d’information critiques », nombre
d’entre eux relèvent de la diffamation et de la désinformation. Le
taire, c’est interdire de comprendre les motifs des assaillants, aussi
condamnable que puisse être leur action. Et, information équilibrée : «
Le gouvernement Chávez a condamné l’attaque, mais les propriétaires de
Globovision disent soupçonner le président d’en être l’instigateur. ».
Soit le type même de ces accusations qui entretiennent le « débat
démocratique » au Venezuela. Plus précise, la dépêche de l’AFP
témoignait d’une accusation légèrement plus prudente : « "Nous tenons
le président pour responsable de ce qui s’est passé", a affirmé le
directeur de la chaîne, Alberto Federico […]. »

Les dépêches de l’AFP font état des condamnations internationales, mais
aussi de celle d’un « Comité pour la protection des journalistes (CPJ),
une organisation non gouvernementale basée à New York » - sans fournir
la moindre indication sur la nature exacte des cette organisation [5].
En revanche, les condamnations de l’attaque par les autorités
vénézuéliennes sont consciencieusement minorées, voire omises.

Des condamnations

Or dès le 3 août à 14h40 (alors que l’attaque avait eu lieu dans la
matinée), on pouvait lire (et entendre) sur le site de VTV (Venezolana
de Televisión) – la chaîne du gouvernement - une déclaration du Ministre
de l’intérieur :

« Nous voulons, au nom du Gouvernement Bolivarien, condamner
énergiquement et rejeter ce type d’actions violentes qui se sont
produites à l’encontre de la chaîne Globovision. Nous n’acceptons pas
que la violence soit l’instrument par lequel on tranche dans nos
divergences. Nous avons, en conséquence, suivi strictement la loi et
avons fait une démarche juridique vis à vis de la direction Nationale
contre les Délits Organisés afin d’ouvrir l’enquête correspondante ; et
quelle que soit la personne impliquée dans cette action violente et
délictueuse, elle doit être mise à disposition de la justice
vénézuélienne. » [6]

Le même jour, la ministre de l’Information et de la Communication du
Venezuela, Blanca Ekhout, lors d’un contact téléphonique avec TeleSur
confirme la déclaration du Ministre de l’intérieur et précise que ce
sont les actions comme l’attaque à cette chaîne privée qui permettent
aux médias d’opposition de « se victimiser afin de défendre leur agenda
d’agression contre le Gouvernement bolivarien et contre le président
légitime Hugo Chávez » Et d’ajouter notamment : « Jamais le gouvernement
vénézuélien ne s’est comporté de la sorte : toujours il s’est tenu au
respect du droit. Jamais les partisans de notre gouvernement et ceux qui
ont défendu cette révolution (qualifiée de pacifique en dépit des
agressions) n’ont cessé de respecter l’ état de droit ; nous avons agi
sans accepter les provocations dans le but de maintenir la paix et la
stabilité. » [7]

De ces déclarations, nous n’avons trouvé aucune trace dans les dépêches
du même jour de l’AFP (du moins parmi celles que nous avons pu
consulter). Et nous n’avons découvert que de rares allusions à ces
déclarations sur les sites des quotidiens d’opposition du Venezuela.
Ainsi sur le site de Tal Cual, cette « brève » elliptique, titrée « Il
promet qu’il va “punir” les agresseurs » : « Le ministre de l’intérieur
et de la justice Tareck El Aissami, manifeste son rejet et condamne
l’action violente contre Globovision et assure qu’il a donné des
instructions pour trouver les responsables. » La plupart de ces médias
manifestent le même scepticisme. Et pourtant…

Le 4 août, Lina Ron, organisatrice présumée de l’attaque, se livre
volontairement et est arrêtée. Une dépêche de l’ Agencia Bolivariana de
Noticias (ABN) intitulée « Le Président Chávez informe de la détention
de Lina Ron » [8] rapporte les propos suivants du président de la
République : « Des événements de ce genre nuisent à la révolution
socialiste car ils sont contre-révolutionnaires […] » Et après avoir
fait état des remarques privées et publiques qu’il dit lui avoir
adressées depuis longtemps : « La camarade Lina Ron fait du mal à la
révolution. Elle fait le jeu de l’ennemi. » Enfin, après avoir annoncé
la mise en détention de cette dernière : « Elle est arrêtée, il n’y a
pas d’autre solution, elle a violé la loi et il faut lui appliquer la
loi en toute rigueur ainsi qu’à ceux qui l’accompagnaient. On ne peut
pas tolérer des actes de ce genre, qu’ils soient le fait de l’opposition
ou de la révolution. »

Que reste-t-il des déclarations d’Hugo Chávez dans les médias
d’opposition au Venezuela ? A dire vrai, pas grand-chose. Qu’en
reste-t-il dans les médias français ? Presque rien, si l’on excepte une
citation tardive dans le Monde. C’est ainsi que, le 7 août, au détour
d’un article – « Au Venezuela, le projet de loi sur les "délits
médiatiques" n’est plus d’actualité » - qui met bout à bout l’abandon de
l’examen du « projet de la loi, la suspension de 34 radios et
télévisions et l’attaque contre Globovision, l’on apprend ceci : « Le
parquet a immédiatement ordonné la détention de la dirigeante politique.
Chávez a approuvé la mise en détention de Lina Ron et critiqué
publiquement l’agression contre le siège de Globovision ». Et l’auteure
de l’article de citer Hugo Chávez : « "Des actes de cette nature ne
peuvent être tolérés, qu’ils viennent de l’opposition ou non, qu’ils
viennent de révolutionnaires ou de pseudo-révolutionnaires ou de qui que
ce soit", a déclaré le chef de l’Etat. Lina Ron s’est livrée, mercredi,
aux autorités. »

Qui sait ? Peut-être les lecteurs de la presse écrite ou électronique en
France auraient-ils aimé en être informés immédiatement et en savoir
plus ? Par exemple sur le fait que la condamnation politique de Lina Ron
et son arrestation ont divisé ceux qui soutiennent le gouvernement,
entre ceux qui approuvent ses prises de position et ceux qui déclarent
une solidarité indéfectible avec Lina Ron et avec son action. Tout n’est
pas simple, même au Venezuela !

Henri Maler
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MessageSujet: Re: Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision   Lun 14 Sep - 23:18

Si vous voulez des informations vraiment impartiales sur l'amérique du sud (et donc sur "el diablo Chavez"), allez donc lire le monde diplomatique ! Un des rares médias vraiment sincère ...
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MessageSujet: Re: Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision   Mar 15 Sep - 5:39

Ce mois-ci, d'ailleurs, article intéressant sur la politique "ambigüe" des US vis-à-vis du Honduras; d'un côté, condamnation du coup d'état par Obama, et de l'autre ( via Mme Clinton ), on déleste l'OEA ( Organisation des Etats Américains) où sont représentés plusieurs gouvernements de gauche, de ses possibilités d'intervention ou de gestion de la crise.
Sans compter, bien entendu, les "pressions" des grandes multinationales ( Exxon, Chevrolet,Chiquita..) mécontente des mesures de Zelaya, comme l'augmentation du salaire minimum ( de 126 à 202 euros ).
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MessageSujet: Re: Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision   Mar 15 Sep - 23:47

Dénoncer un coup d'état dont on est "presque" l'instigateur, ça ne mange pas de pain ...
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MessageSujet: Re: Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision   Aujourd'hui à 3:19

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Conflits sur les médias au Venezuela : L’attaque de Globovision
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