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 Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim

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MessageSujet: Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim   Jeu 2 Juil - 6:18

Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim
01 Juillet 2009 Par Charlotte Rouault
http://www.mediapart.fr/blog/72943

«Nous, l'ensemble des retenus du centre de rétention de Vincennes, après une
concertation générale, avons convenu d'entamer une grève de la faim à partir du
30 juin 2009 jusqu'à satisfaction totale de nos revendications», peut-on lire
sur l'avis de grève de la faim des sans-papiers enfermés à Vincennes.
Signée par 48 personnes retenues dans le plus grand centre de rétention
administrative (CRA) de France, une liste de onze revendications a été
communiquée «aux services de la préfecture concernés», explique l'une d'elles,
Ahmed (son nom a été modifié).


L'avis de grève de la faim et les revendications des retenus de Vincennes, 30
juin 2009

Les retenus ont décidé de se mobiliser en réaction à une tentative de suicide
par pendaison de l'un des leurs. «Moi, ça fait 26 jours que je suis enfermé,
j'ai déjà assisté à six tentatives de suicide! Les gens se charcutent le corps
avec les lames qu'ils arrivent à trouver et se pendent avec des draps», raconte
Ahmed. Agir est alors apparu comme une nécessité. «On ne réagit plus à la vue du
sang, on n'écoute plus ceux qui lancent un appel au secours. On devient comme
des êtres sans âme. Il ne faut pas laisser faire ça» lance Ahmed.

Si les mouvements de révolte en centre de rétention sont fréquents, celui-ci
semble particulièrement organisé, issu d'une dynamique regroupant l'ensemble des
personnes présentes. «Ça a l'air de venir de tout le monde, c'est un vrai
travail collectif», commente Damien Nantes, de la Cimade, une association de
soutien juridique intervenant en CRA.

En effet, le mouvement de protestation a été mûrement réfléchi et débattu en
assemblées générales improvisées. «C'est après des réunions répétées avec
l'ensemble des retenus que nous avons décidé de nous mettre en grève de la fin,
hier à minuit», détaille Ahmed. Le lendemain, la lutte s'organise concrètement :
«Aujourd'hui, nous avons fait un sitting et nous avons commencé à prendre
contact avec des associations comme la Cimade, Amnesty International...».

Mais faire tenir un mouvement large dans un CRA est difficile car «de nouvelles
personnes arrivent tous les jours, il faut tout réexpliquer à chaque fois, c'est
compliqué mais nous prenons le temps de le faire». D'ailleurs, quatre nouveaux
retenus auraient adhéré à la démarche depuis ce matin. Les moyens matériels et
les possibilités d'expression sont très limités. «J'ai demandé à écrire une
banderole. On m'a dit que je ne pouvais utiliser que du papier alors j'ai fait
des affiches en français, en arabe et en chinois que j'ai mises dans la cour.
Mais elles ont été retirées, on m'a dit que c'était interdit.»

. Le centre avait brûlé en 2008

Les retenus dénoncent de pénibles conditions de vie. «Ici, c'est la malbouffe,
l'odeur qui se dégage des barquettes en plastique nous coupe l'appétit. Chaque
fois que tu as besoin de quelque chose c'est la guerre avec eux [les gardiens
ndlr].» L'enfermement des pères de famille et des «personnes qui suivent de
lourds traitements médicaux» est également mis en avant.

Ils dénoncent également la façon dont ils sont traités à l'extérieur, notamment
lorsqu'ils doivent être présentés au tribunal, se plaignant «d'attentes
interminables dans une pièce au sous-sol du Palais de justice». Au-delà des
conditions de vie en CRA, les retenus demandent «l'arrêt des contrôles massifs
et abusifs dans les rues», la fermeture des centres de rétention et la
régularisation des sans-papiers.

Selon les retenus, les rapports avec les gardiens restent relativement calmes
mais l'évolution de la situation doit être observée avec attention dans ce CRA
qui a été remis en état il y a peu. Le 22 juin 2008, après la mort d'un retenu,
un rassemblement réprimé avait tourné à la révolte, et le CRA avait été
entièrement brûlé. Reconstruit depuis, il fait l'objet de toutes les attentions
de la préfecture de police qui dépêche toujours un impressionnant dispositif
policier lorsque des militants manifestent à ses abords pour demander la
libération des sans-papiers. Encore aujourd'hui, une dizaine de sans-papiers
présents au moment de l'incendie sont poursuivis en justice, plusieurs d'entre
eux ayant fait de nombreux mois de détention provisoire.

. Lire Aussi
Les «cahiers de doléances» des étrangers expulsés
http://www.mediapart.fr/journal/france/270308/les-cahiers-de-doleances-des-etrangers-expulses

Abou Ndianor, sans-papier insoumis
http://www.mediapart.fr/journal/france/260308/abou-ndianor-sans-papier-insoumis
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MessageSujet: Re: Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim   Jeu 2 Juil - 19:24

Retranscription de l'appel des sans papiers retenus au centre de rétention de
Vincennes:



"Avis de grève de la faim:



Nous, l'ensemble des retenus du centre de rétention de VIncennes, après une
concertation générale, nous avons convenu et décidé d'entamer unje grève de la
faim à partir du 30 juin 2009 jusqu'à satisfaction totale de nos revendications
qui sont les suivantes:



1/ Apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par les
tentatives de suicide à répétition.



2/ Améliorer les conditions de rétention dans le centre, voire la nourriture,
l'hygiène et tous les services internes avec l'administration et la police.



3/ Prendre en considération les retenus souffrants de maladies graves et leur
offrir des soins à l'extérieur du centre.



4/ Libérer les retenus ayant une situation familiale et des enfants à charge nés
et issus d'un mariage sur le sol français.



5/ Offrir un nombre suffisant d'avocats commis d'office durant les audiences
pour les retenus.



6/ Donner le choix aux retenus désirant quitter la France par leurs propres
moyens pour préserver leur dignité.



7/ Remédier aux conditions de mouvement et de déplacement des retenus et la
longue attente avant et après les audiences.



8/ Donner plus de temps aux détenus libérés après 32 jours de détention pour
pouvoir remédier à leur situation irrégulière ou rentrer dans leur pays
d'origine.



9/ Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans les rues qui portent atteinte à
la liberté et la dignité des personnes.



10/ Respecter le règlement intérieur des retenus et les informer de chaque
mouvement.



11/ FERMER LES CENTRES DE RETENTION ET REGULARISER LES SANS PAPIERS."



Cet appel daté du 30 juin 2009 a été signé par 48 personnes enfermées au centre
de rétention de Vincennes, mais d'autres ont rejoint le mouvement depuis.
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MessageSujet: Re: Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim   Jeu 2 Juil - 19:30

Centre de rétention de Vincennes, le 1er juillet 2009.

"Il y a des gens qui ont tenté de se suicider. Deux jours de suite.
C’est pour cela qu’on a fait le mouvement. Celui d’hier il avait un vol ce
matin. Il s’est pendu avec les draps. On est quarante ou cinquante
dans le centre.
C’est le deuxième jour de la grève de la faim. On ne mange pas
depuis deux jours. On a commencé avant-hier soir à minuit après une ultime tentative de suicide. En 25 jours, il y a eu 5 tentatives de suicide. L'ambiance
était horrible au centre. Ca devenait fou, on regardait ça tous les
jours et on s'habituait, c'est fou on ne doit pas s'habituer à des gens qui
s'automutilent et se suicident tous les jours. Il fallait réagir à
ça. on était en train de devenir des monstres, on réagissait plus. On s’est dit
il faut réagir autrement, ne pas s’habituer. On s’est dit qu’un jour
il y allait avoir un mort, qu’on allait se retrouver avec un cadavre. On
s’est réuni dans la cour. La grève de la faim a commencée à minuit. On a
décidé de restituer les sacs du petit-déjeuner qu'ils nous donnent le soir. On
les a tous posés sur la table de ping-pong dans la cour. Le
lendemain, les policiers ont réagit quand ils ont vu qu'on ne mangeait pas. Les flics
nous on dit : vous mangez pas ? On a dit non, on vous parlera après
notre réunion et on dira nos revendications. On s’est donc réunis vers 18h30
hier jusqu'à 22h00. La réunion a eu lieu dans la cour. Les flics ont
fait quelques tentatives d’intimidations du style « si vous restez
tranquilles, tout se passera bien, sinon, c’est la répression ». Ca ne nous a pas
fait peur. On est restés sereins. On a discuté d'autres trucs dans la réunion
mais c'est la grève de la faim qui a été décidée parceque notre
mouvement est pacifique.
Aujourd'hui, on a demandé du sucre pour notre grève, ils ont dit qu'ils
nous répondraient plus tard, deux heures après ils nous ont appelé
et ils ont dit ok, mais en fait après il y a une femme, je sais pas qui c'est,
qui a dit que non, qu'on doit prendre la nourriture qu'ils nous donnent.

On a prévenu des associations pour notre mouvement. On attend du soutien
maintenant.On a écrit une liste de revendications :
1) apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par
les tentatives de suicide.
2) Améliorer les conditions de rétention : nourriture, hygiène,
comportements de la police et de l’administration. Parce qu’ils
réagissent de manière agressive. On n’a pas le choix pour les heures de repas, pour
acheter des clopes… Les consultations avec l’infirmière sont souvent
retardées ou refusées. Pareil avec la Cimade. Pour les visites, ils
essaient de décourager les gens en les faisant attendre. Ils nous disent
que c'est plein et qu'il faut attendre et quand on arrive aux visites on
se rend compte qu'en fait il y n'avait qu'une personne.
3) Prendre en considération les retenus gravement malades et leur offrir
des soins à l’extérieur. Il y a des gens qui ont des traitements et
qu’ils ne peuvent plus suivre ici.
4) Libérer les retenus qui ont une famille, des enfants en France,
mariés ou vivant avec une résidente française.
5) Offrir plus d’avocats commis d’office. En général, il y a un seul
commis d’office pour 5 ou 6 retenus. Il n’a que quinze minutes pour
regarder le dossier.
6) Donner le choix aux retenus qui souhaitent quitter la France par
leurs propres moyens, dans la dignité. Par rapport à la famille là bas, ou
pour des raisons politiques, y'a des gens qui préfèrent repartir par leur
propres moyens. les juges ne veulent jamais donner des assignations à
résidence. Moi c'est mon cas par exemple, j'ai demandé au juge et il a
refusé.
7) Remédier aux conditions de mouvements, de déplacements avant et après
les audiences. On est réveillé à 6 h pour un audience à 10h, on
attend 4 à 6h dans une pièce sale, qui sent l’urine.
Cool Donner plus de temps aux retenus qui sortent libres pour préparer
leur départ au pays. Légalement on a que 8 jours, on ne peut rien
préparer en 8 jours.
9) Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans la rue qui portent
atteinte à la liberté.
10) Respecter le règlement intérieur : l’administration l’enfreind
tout le temps. Les personnes sont expulsées sans être prévenues qu'elles vont
l'être. Ils doivent nous le dire.
11) fermer les centres de rétention et régulariser les sans papiers.
Il fallait bien qu'on la mette quelque part quand même cette dernière
revendication !"

fermeturetention@yahoo.fr </mc/compose?to=fermeturetention@yahoo.fr>
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MessageSujet: Re: Les sans-papiers retenus à Vincennes entament une grève de la faim   Sam 4 Juil - 22:25

Suite Vincennes Ténoignage de l'intéieur


Fermeture des centres de rétention

Centre de rétention de Vincennes, le 4 juillet 2009

/La personne que nous avons au téléphone nous raconte que des
manifestants sont venus hier soir aux abords du centre. On en profite
pour lui lire l’article de l’Humanité publié la veille. La grève de la
faim continue au centre./

« Hier, vers 20h30 à côté du centre il y a eu une foule qui manifestait
pour nous. Un ami qui appelait sa fiancée dehors est rentré dans la
chambre pour nous dire qu’il y avait des manifestants qui criaient pour
nous. Il a dit qu’il fallait sortir, on ne s’attendait pas à ça, on est
sorti d’un seul coup.

Ca m’a vraiment touché. On ne pouvait pas voir mais on a entendu crier,
on nous parlait en criant. La petite foule demandait la libération des
retenus, la liberté. Ça m’a fait beaucoup plaisir, ça m’a chauffé le
cœur. On a crié avec eux même si on est fatigué par la grève de la faim.
On a fait des efforts pour qu’ils nous entendent. Je sais pas combien de
minutes ils sont restés puis ils sont partis, je pense à cause de la
sécurité. Peut être la police a dispersé les manifestants. On était très
heureux. Ca m’a vraiment touché pour moi et pour les autres, ça nous a
donné le courage pour qu’on continue la grève.

Avec la police ça a été mais on peut pas écouter ce qu’ils disent entre
eux, Ils ne savent jamais quand ça peut chauffer dans le centre, mais
nous on est pas agressif. On crie pour qu’on nous entende. On a commencé
à rigoler et après les policiers sont partis.

On était dans le petit jardin, ce n’est pas grand, mais on a entendu
bien comme il faut les cris et les paroles.

Les policiers font leur travail au niveau sécurité mais on leur a
expliqué qu’on était pacifiques, qu’on n’aime pas faire des trucs pas
bien. On est pas ici parce qu’on est des criminels, on crie pour notre
liberté, c’est tout.

On a déclenché l’alarme pour être entendu de l’extérieur.

On a été très heureux, on a dit que les autres essayent de combattre
pour nous et nous on doit pas craquer, on doit continuer le combat.

En ce moment il y a toujours des nouveaux qui arrivent en rétention, des
chinois et des blacks mais certains mangent. On parle à ceux qui mangent
pour qu’ils comprennent. Il y a aussi des gens malades et eux on ne peut
pas les obliger. Mais la grande majorité tient toujours le courage et le
souffle pour notre liberté. Les nouveaux disent qu’ils s’en foutent, que
demain ils partiront au bled ou à Bangkok.

La dernière fois on a demandé du sucre, la police était d’accord, elle a
demandé du sucre au personnel civil du réfectoire. Les travailleurs nous
en ont donné mais quand leur chef a vu ça il a gueulé, il a dit que si
on voulait du sucre on avait qu’à prendre les repas. On a refusé. Après
le personnel civil ne voulait plus nous donner de sucre.

Alors on a protesté auprès du capitaine pour avoir du sucre et on a fini
par obtenir du capitaine de pouvoir aller chercher du sucre et du sel à
l’infirmerie.

On continue de faire des réunions entres les grévistes, il y a toujours
le commandant et le capitaine qui viennent discuter avec nous pour voir
comment ça se passe. Nous on lui parle de nos problèmes même si on
arrive pas bien à s’exprimer : par exemple il y a des gens qui ont une
famille dehors. Mais il ne peut rien faire, il est là comme chef de la
police ou de la rétention qui observe et qui fait les commandes de
nourriture. Par rapport à nous le commandant ne peut rien faire, malgré
tout on est là et on attend le jour de notre libération.

Il y a des policiers qui montent dans les chambres et viennent chercher
les gens pour manger.

En ce moment il y a beaucoup d’expulsions vers l’Asie, vers Bangkok, pas
trop vers l’Algérie. Chaque jour il y a 2 ou 3 expulsions.

[on lui demande si les flics continuent à les compter plusieurs fois par
jour avec leur carte de retenus]

J’ai une carte avec mon nom et ma photo, c’est pour les visites et les
repas. La police ne compte pas avec les cartes. Pourquoi ils nous
compteraient ? On n’est pas militaires, ni policiers, ni criminels !

Je suis depuis 25 jours dans le centre. La dernière fois je suis rentré
dans la chambre et j’ai trouvé un ami pendu. Quelques secondes plus tard
il serait mort. Je n’ai jamais vu ça, depuis que je suis ici j ai vu 5
tentatives de suicide. Les gens qui font ça ils se disent : « s’il y a
quelqu’un qui vient à mon secours tant mieux, sinon je suis mort », ça
leur évite de partir au bled. Y a rien au bled, ils aimeraient bien
rester ici, ils ont un travail ici. Il y a même des gens qui ont une
famille ici, comme moi par exemple.

[Il nous décrit le centre]

C’est un grand chalet avec des compartiments. A l’étage, chaque chambre
est soit de 2 personnes soit de 4 personnes, et il y a les cabines
téléphoniques. Il n’y a pas de poste de police à l’étage mais de temps
en temps il y a des rondes. Au rez-de-chaussée il y a le réfectoire et
la salle télé et une play station. A l’extérieur il y a un jardin. Avant
il y avait deux chalets mais ça a brûlé et à la place ils ont mis un
gazon. C’est là qu’on était quand on criait hier soir. Au dessus du
jardin il y a un couloir réservé à la circulation des flics, avec deux
guérîtes

Il y a des cameras partout de tous les cotés, dans les couloirs et le
jardin, c’est une observation totale, heureusement il n’y en a pas dans
le chiottes et les douches. »

fermeturetention@yahoo.fr


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