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 Unir le peuple pour gagner

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Chien Guevara
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Nombre de messages : 9406
Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Unir le peuple pour gagner   Lun 24 Nov - 1:47

Unir le peuple pour gagner

Par Jacques Bidet, philosophe, membre du conseil scientifique d’ATTAC.

C’esten termes de « classe » que la tradition communiste a toujours pensé
l’économique et le social : capitalistes contre salariés et autres.
Elle abordait naturellement l’affrontement politique selon un autre couple : droite contre gauche. L’État figurait l’instrument du capital, plus ou moins dominant, selon que la droite ou la gauche (et laquelle) occupait les positions gouvernementales, au fil des luttes et des conjonctures. La domination de classe devait reculer au rythme des victoires politiques de la gauche.

Rien, pourtant, ne semble aujourd’hui moins sûr. Il y a bien deux classes : c’est là un clivage constitutif de la société moderne. Il y a aussi deux places sur la scène politique : la droite et la gauche. Mais ces deux couples ne sont pas superposables.
Les marxistes le savent, bien sûr, mais ils n’ont jamais su
décrypter ce décalage, ni donc l’affronter politiquement en termes
clairs.

Il y a deux classes. Mais la lutte politique est un « jeu à trois ».
La raison en est que, dans la société moderne, la classe dominante comporte deux pôles. Celui de la « propriété » : il domine le marché et tend à se concentrer dans « la finance », il hégémonise à droite. Celui de la « compétence » de production, d’administration et de culture : il domine l’organisation, il rassemble « l’élite », qui hégémonise à gauche. Les deux modes rationnels de la coordination sociale, marché et organisation, monopolisés par en haut, se retournent en facteurs de classe. Ils se combinent dans la structure moderne de classe, formant cette domination à deu pôles, tout à la fois convergents et antagonistes, dont chacun possède
ses mécanismes de reproduction. Quant à l’autre classe, elle n’est pas
seulement dominée, exploitée : elle est « la classe fondamentale ».

Elle est « le peuple », qui se divise en fractions diverses, selon qu’on l’exploite et la domine, mais aussi qu’il se socialise et se réalise, à travers des rapports différents de marché et d’organisation : travailleurs indépendants, salariés du privé, du public, chômeurs.

Le peuple, dans sa lutte historique, a compris que, pour vaincre la classe dominante, il devait la diviser, et pour cela faire alliance avec « l’élite » contre « l finance ». Le pouvoir savoir laisse à l’émancipation plus de chance que le pouvoir propriété, car il ne peut s’exercer sans se communique quelque peu. Mais, pour que

le peuple soit en mesure d’occuper dans cette alliance la position hégémonique, une condition est requise : il faut qu’émerge une perspective et une dynamique d’unité entre les diverses fractions populaires qui le composent.

Faute de quoi, les moins mal lotis en termes d’organisation
professionnelle ou de compétence, sensibles au discours « de gauche »,
se laissent hégémoniser par l’élite. Et les autres se laissent
convaincre par les sécurités qu’ils croient trouver du côté de la
droite propriétaire. Comme on le voit au soir des élections.

Cette trame politique profonde de la société moderne ne se traduit pas immédiatement dans le partis existants, produits composites d’événements et de tradition culturelles. Les partis sociaux-démocrates ont pu ainsi rassembler à la fois « de l’élite », en position d’hégémonie, et « du peuple ».

Les partis communistes également - et aussi les formations
trotskistes, élites militantes par excellence -, mais sous la forme
hégémonique inverse. Du moins l’ont-ils tenté. Mais jamais dans la
clarté.

L’ambiguïté de la tradition communiste tient à ce que le marxisme dont elle s’inspire formule précisément ce discour indécis qui est celui de l’alliance entre l’élite et la classe fondamentale. Soit un communisme aux couleurs du socialisme, au sens où son modèle est celui de « l’organisation concertée entre tous » versus « le marché ». Juste, mais insuffisant. Car l’élite tend à fair passer son organisation supposée méritocratique - qui la reproduit
comme pôle dirigeant - pour la concertation et l’égalité entre tous. Et
elle reste par nature disponible pour le service de la finance.

Dans l’écrasement de l’État social national, l’élite a effectivement rompu son compromis à gauche et s’est laissé hégémoniser par la finance. Le peuple n’a cependant pas d’autre choix que de travailler à reconstruire l’alliance : c’est là la voie anticapitaliste. Mai il n’y sera hégémonique que dans un rapport de forces fondé sur l’unit entre toutes les fractions qui le dispersent.

La définition d’un programme politique commun en est la condition formelle.
Pour ce qui est de la France, les « 125 propositions antilibérales » en restent la dernière, et modeste, formulation de référence. Mais la condition pratique en est la fédération des forces politiques, grandes ou petites, héritières de la diversité populaire. Il en est deux, aujourd’hui, incomparables entre elles, qui sont à un tournant de leur histoire : le PCF et la LCR.

Eux seuls peuvent donner le signal d’une large dynamique d’unité au sein du peuple. Faute de quoi, le premier continuera à rejeter indéfiniment de son identité les forces vives qu’il avait rassemblées. La seconde, à vouloir se substituer à lui comme le lieu du rassemblement, n’obtiendra qu’un succès médiatique.

Et l’alternative attendra longtemps.

Il est temps de penser la politique en termes de classe.
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