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 Crime passionnel à deux poids deux mesures...

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Chien Guevara
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Nombre de messages : 9406
Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Crime passionnel à deux poids deux mesures...   Jeu 20 Nov - 0:34

Crime passionnel à deux poids deux mesures...




C’est l’histoire d’un fait divers tragique comme on en connaît tant, hélas.

Elle s’appelait Myriam et lui s’appelait Bernard.

Myriam cachetonait dans des figurations à la petite
semaine, de temps en temps, membre d’une troupe locale, elle avait un
petit rôle dans une pièce de théâtre, et pour assurer le quotidien,
elle nettoyait les chiottes au cinéma du coin ; le dimanche quand les
mômes étaient chez leurs pères, elle s’imaginait Marylin devant le
miroir de sa chambre.

Petite gloire locale, ex Miss Saint jean du Var, très
joli brin de fille, de celles que leur physique d’ange peut rendre un
peu prétentieuse, elle avait toujours eu à ses basques pas mal de
prétendants.

Bernard, lui, grattait sa guitare dans les bals
musettes devant des vieilles embagousées parfumées bon marché, leurs
petits gros pieds serrés dans des souliers vernis devenus trop étroits.

De temps en temps il faisait un petit concert dans des
bars du coin, devant un public un peu plus jeune qui lui correspondait
mieux.

Le soir, dans sa cave, il était une star du rock.

Ces deux là ne s’étaient pas rencontrés par hasard.

Tous deux séducteurs, possessifs, egos blessés
d’artistes plus ou moins maudits, plus ou moins ratés, garant, à
l’occasion leurs voitures dans le même aquarium, nageant volontiers en
eaux troubles, ils partagèrent plus leurs côtés sombres que la pleine
lumière.

Lui, beau mec, genre macho un peu beauf, rebelle, idole
des jeunes et des vieilles aux bals des pompiers, est séduit,
immédiatement, par le charisme troublant de Myriam ; il plaque femme et
gosses pour jeter aux pieds de son actrice tout ce qu’il pensait être
de l’amour. Myriam le rendait fou. Elle avait un don pour ça.

Quand il pensait à elle, lui revenait en mémoire les
paroles d’une chanson de JohnnyHalliday, un de ses modèles "Je n’étais
qu’un fou,et par l’amour, elle a fait de moi un fou, un fou d’amour..."

Elle, envoûtante, joueuse, provocatrice, attirée par
l’excès et le danger, depuis toujours, refusant codes et convenances,
semblait fascinée par la possibilité de mettre cette virilité que
Bernard incarnait totalement à ses pieds.

Jusqu’où pourrait-elle aller ainsi? Combien de temps peut on garder un fauve en cage sans qu’il vous morde?

Un soir d’été, après un début de soirée plutôt arrosé, c’est le drame.

Au cours d’une de leurs disputes, devenues fréquentes
ces dernières semaines, après qu’un voisin soit pourtant intervenu pour
demander aux deux amants de baisser d’un ton et de ne pas hurler ainsi
(tout le voisinage immédiat les entendait), Bernard, poussé à bout par
la violence verbale de sa compagne, qui vient d’insulter son ex-femme
et d’avoir des mots très durs pour ses enfants, incapable de se
contrôler plus longtemps, et éméché, il porte plusieurs coups à Myriam.

Il la secoue violemment à plusieurs reprises : "Putain,
mais toi, bon sang ! Ferme la , t’as pas le droit de dire des trucs
pareils, laisse mes gosses hors de nos histoires" ; Myriam, hors
d’elle, écumant, poursuit de plus belle - Bernard la gifle alors avec
force, une fois, deux fois, trois fois.

Celle ci tombe à terre, et reste évanouie.

Dans le brouillard de la colère, Bernard, la voyant au sol, pense alors bien faire en la portant dans son lit.

Quelques heures plus tard, il doit constater que Myriam, son amour, sa passion, ne bouge toujours pas.

Elle a froid, et n’a pas encore rouvert les yeux.

Bernard est dégrisé et il panique, il angoisse. Il
appelle le frère de Myriam, qui arrive dans la demie heure. Lui non
plus, manifestement, ne prend pas tout de suite la mesure du drame. Et
ce n’est que quelques heures plus tard qu’il se décidera finalement à
appeler Police-Secours.

Trop tard, on le saura rapidement dès lors.

Myriam est bel et bien morte au cours de cette
altercation. Décédée, manifestement, à la suite des coups qui lui ont
été portés, et peut être sa tête a-t-elle heurté un objet ou le choc au
sol l’a-t-il achevée?

L’autopsie prouvera que ce sont bien les coups et les secousses, eux seuls, qui l’ont tuée :

"C’est l’ensemble des traumatismes et surtout les
mouvements violents de va et vient de la tête qui ont été responsables
des lésions mortelles observées", noteront les deux médecins
responsables de l’autopsie.

La police trouvera Bernard sur les lieux du meurtre
complètement hagard, comme un zombie. Assis sur le lit la tête entre
les mains. En état de choc. Il va être placé de suite en détention
provisoire.

Immédiatement mis en examen, Bernard reconnaîtra sans
difficulté avoir frappé plusieurs fois Myriam et il se déclarera
d’ailleurs toujours responsable de sa mort.

Donnant sa version des faits aux enquêteurs, il affirme
que Myriam posait beaucoup de questions sur son ex épouse car elle
restait très jalouse de cette femme qui lui avait donné un enfant
quelques mois auparavant.

A leur arrivée chez Myriam, vers minuit et demi, il
raconte que leur querelle s’est envenimée et que Myriam est apparue
comme jamais il ne l’avait vue, en furie, hystérique.

Elle a frappé un premier coup, l’a agrippé et il est tombé.

Il explique ensuite être sorti de ses gonds et avoir
donné plusieurs gifles plutôt violentes à sa compagne. Il déclarera
enfin n’avoir jamais eu conscience de la gravité de la situation.

Cette affaire fut rapidement montée en épingle,
parfois, par quelques politiciens locaux pas toujours scrupuleux, qui
profiteront de la douleur des proches de Myriam pour se poser en
"défenseurs de la condition féminine" et en ennemis déclarés de "la
violence faite aux femmes".

Tout les développements des évènements furent rapportés
quotidiennement par la presse locale, souvent au mépris de la
présomption d’innocence.

Ainsi l’identité exacte et la situation familiale
complète de Bernard s’étalait-elle en Une du "Courrier Varois Libre"
dès le lendemain même de l’arrestation de Bernard.

Coupable avant même d’être jugé et condamné. Lynché.
Dans des termes d’une rare violence parfois, des articles qui le
transforment en monstre froid, en brute calculatrice, sans conscience
et sans remord.

Incarcéré, désespéré, au bout du rouleau, Bernard
tentera de se donner la mort, ne pouvant supporter l’idée d’avoir tué
une personne, a fortiori la femme qu’il aimait.

Mais de sa détresse profonde, de son repentir, de ses
regrets, de sa vie à lui, foutue aussi, de la vie de son ex femme et de
ses enfants, pulvérisée, personne ou presque n’a cure. Il est
"l’assassin". Tout ce qui l’entoure devient coupable.

Son ex femme fut menacée par un "corbeau", ses amis
proches, membres de son groupe de musique, également, essuyant jets de
canettes, insultes, pendant les bals. Finalement, sa maison fut
incendiée.

Condamné à 8 ans de réclusion criminelle pour coups et
blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner et non
assistance à personne en danger, Bernard bénéficiera, comme tout
condamné, de remises de peine pour bonne conduite et sortira en liberté
conditionnelle avec une obligation de soins psychologiques stricte au
bout de 4 ans de prison.

Petit à petit, il reprendra son activité de chanteur et musicien, et essaiera de retrouver un semblant de "vie normale".

Mais la vindicte populaire le poursuivra rapidement dans sa région, dès sa remise en liberté.

Lors d’un bal musette un soir, dans un bled paumé, 5
ans après cette dramatique affaire, une femme s’approchera de
l’estrade, sortira de son sac à main un revolver et en tirera plusieurs
coups sur Bernard, qui tombera foudroyé au pied du micro. Il ne pourra
être réanimé.

Immédiatement maîtrisée par le service d’ordre, la
jeune femme, manifestement très perturbée, n’opposera aucune résistance
et déclarera avoir accompli son geste par vengeance, et "en mémoire de
toutes les Myriam tombées sous les coups de leurs compagnons".

Elle ne montrera jamais le moindre regret pour son
geste, estimant même avoir agi en justicière, et sera condamnée pour
meurtre avec préméditation à 20 ans de réclusion criminelle avec
circonstances atténuantes cependant, du fait de son état psychologique.

Pendant ce temps, un peu plus loin, le député-maire du
coin, Jean-Marie Dupont, qui venait de perdre aux dernières élections
l’un de ses deux mandats à l’issue d’une campagne électorale très dure,
plongeait dans la dépression et les états d’âme.

Sa compagne du moment, Ava, une jeune femme de 40 ans,
séparée et mère de deux enfants, vint le trouver un matin chez lui.
Elle voulait lui faire part de sa décision de le quitter pour retrouver
son ex-mari et tenter de reconstruire sa famille.

Rendu fou furieux, l’homme agrippa brusquement la jeune
femme, qu’il se mit à rouer de coups sur son balcon. Celle-ci, appelant
à l’aide, tentera de s’enfuir et de se dégager de la poigne de fer de
son amant. Il la rattrapa par le bras, la frappa à nouveau, puis, la
traînant à l’intérieur de la maison, il saisit un pistolet qu’il avait
à portée de main.

Soulevant d’un bras la jeune femme, en la tenant par le
col, il appliqua l’arme sur la tempe d’Ava, et l’abat, avant de
retourner immédiatement l’arme contre lui.

Des voisins qui avaient vu la scène et qui avaient immédiatement prévenu la police témoigneront du déroulement des faits.

Le lendemain du meurtre, la président de séance à
l’Assemblée Nationale demandera à ses collègues de faire une minute de
silence à la mémoire du député.

Seuls quelques élus courageux s’y opposeront et adresseront au bureau de l’Assemblée un courrier de véhémentes protestations.

La presse nationale resta singulièrement indulgente pour le potentat local.

L’opinion publique, qui avait été prompte à lyncher
Bernard, et dont une bonne partie soutint le geste vengeur qui mit fin
aux jours de celui-ci, resta étonnamment muette devant le geste du
député.

Au député le bénéfice du crime passionnel (pourquoi?
parce qu’il s’était suicidé?) à Bernard, pourtant décédé lui aussi,
finalement, l’opprobre éternelle, la vengeance, la haine et le "barbare
criminel".

"Selon que vous serez puissant ou misérable...."

Bilan de ces deux "faits divers", comme disent les journaleux : 4 morts, 4 familles brisées et plus si affinités.

Ainsi va le monde, parait-il, et le sentiment de la justice, à deux poids deux mesures...

La voix du peuple est-elle toujours la voix de Dieu?

PS : Toute ressemblance avec des faits ou des personnages ayant existé est fortuite....


De : Sombre héros de l'amer
mercredi 19 novembre 2008

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Date d'inscription : 11/06/2007

MessageSujet: Re: Crime passionnel à deux poids deux mesures...   Jeu 20 Nov - 1:02

... un instant, au début, j'ai cru qu'il s'agissait en version cachée de l'histoire d'un chanteur célèbre et d'une comédienne... finalement, on tourne autour, à chaque fois, de drames passionnels ...

Mais là, je sais bien, n'était pas le sujet, mais plutôt, le cadre juridique, la réaction populaire et celle des pairs, et les conséquences irrémédiables pour les familles des acteurs de ces drames ... Crying or Very sad

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