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 Le Monde Diplomatique

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MessageSujet: Le Monde Diplomatique   Ven 17 Oct - 9:17

Gentils étudiants sous influence

Discret mais ambitieux, le Parlement Européen des Jeunes (PAJ ) s’est donné pour mission de diffuser l’idéal communautaire auprès des futurs cadres du Vieux Continent. Depuis 1987, l’association organise des sessions internationales de formation. Soutenu par les pouvoirs publics, des personnalités politiques et des entreprises, le PEJ professe une curieuse vision du monde, entre business et bons sentiments. Le forum qu’il vient d’organiser en Bretagne illustre ses méthodes et son influence.

« C’est une organisation énorme, tentaculaire qui a pris place dans toute l’Europe « , s’émerveille le président de la session bretonne du PEJ, M.Nicolas Mathioudakis, un étudiant belge de la London School of Economics. Fondé en 1987 par des parents d ‘élèves, dans un lycée de Fontainebleau, le PEJ est devenu en 2004 un programme de la fondation allemande Heinz-Schwarzkopf ( ce nom n’a rien à voir avec les entreprises Heinz et Schwarzkopf. Il s’agit du nom de famille d’un entrepreneur hambourgeois, ancien de la Wehrmacht, qui, traumatisé par son expérience de la guerre, s’est engagé en faveur de la construction européenne. La fondation qui porte son nom a été créée en 1971 par sa veuve ), qui l’encadre et le finance au niveau international. Cette structure organise régulièrement des « sessions » et des « forums » à l’échelle régionale, nationale et internationale. Des lycéens et des étudiants originaires de 32 pays y sont invités, à la façon d’un jeu de rôle, à se mettre dans la peau d’un parlementaire européen.

Le PEJ a l’oreille de personnalités politiques et de hauts fonctionnaires, notamment en France et en Allemagne : le ministre de l’agriculture et de la pêche Michel Bernier, l’ancien 1° ministre Michel Rocard, le directeur de l’OMC Pascal Lamy, le député socialiste Jack Lang, la vice-présidente de la Commission Européenne margot Wallström, ou l’ancien président du Parlement européen Joseph Borrell Fontelles. Depuis mars 2008, le comité d’honneur du PEJ International est présidé par José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne.

En avril, le comité breton de cette association a organisé sa 3° réunion régionale à Rennes, autour du thème « L’Europe des projets ». Une mise en jambes avant la 59° rencontre internationale, qui, dans la même ville, accueillera du 24 octobre au 2 novembre, environ 300 lycéens sous le patronage du Président de la République Nicolas Sarkozy, de plusieurs ministres et de hauts responsables européens.

Agréé « jeunesse et éducation populaire » par le gouvernement français et subventionné par de nombreuses institutions publiques à tous les niveaux où il existe, le PEJ chante les vertus de l’Union européenne auprès de 10 000 à 20 000 jeunes européens chaque année. Se proclamant « apolitique », il n’en revendique pas moins une fonction d’ « éducation politique »( présentation de l’organisation internationale du PEJ sur le site du PEJ France, www.pej-france.org ) et, dans un rapport de son directoire, indique que les thèmes traités en session doivent « prendre en compte les opinions de certains protagonistes, comme les comités nationaux organisateurs, les sponsors et les partenaires ».

« Ils n’ont pas leur langue dans leur poche »

Parmi ceux-ci, on note, en France, la présence d’EASD, de Michelin, d’Accor et de Louis Vuitton- Moët Hennessy ( LVMH ), mais aussi de la Fondation Hippocrène, une « boîte à idées » qui, elle aussi, prêche la bonne parole européenne et libérale auprès des jeunes. Le PEJ International a même reçu une contribution de 60 000 € sur 3 ans du géant du management et du conseil aux entreprises McKinsey. Cette participation incluait la fourniture d’un tout nouveau site Internet et le training des chairs ( les animateurs des commissions ). S’y ajoutaient 14 000 € pour l’organisation d’un séminaire de 2 jours réunissant des anciens du PEJ à Berlin, en novembre 2005.

Avec EADS, partenaire principal de la 51° rencontre internationale ( Paris, 2006 ), le partenariat est allé au-delà d’un simple appui matériel. « On leur a proposé d’aborder un thème qui leur est cher, la question de l’entreprise européenne, nous explique M. Maxime Costilhes, délégué général du PEJ France. On a organisé un débat entre EADS et les jeunes présents. Cela leur a permis d’en savoir plus sur la question qui était le sujet de la résolution et sur l’entreprise ». mais que els représentants d’EADS se méfient : « C’est à leurs risques et périls, car en session internationale, les jeunes n’ont pas leur langue dans leur poche. »

Alors président exécutif d’EADS, M.Noël Forgeard paraît pourtant avoir trouvé l’expérience plutôt satisfaisante : « Le Parlement européen des jeunes est une démarche qui correspond parfaitement à la culture d’EADS : initiative, innovation, implication et pluriculturalisme. Ces jeunes sont notre force vive, ils dessineront le périmètre social mais aussi industriel de l’Europe de demain. Ils formeront les équipes qui seront à la source de nos succès futurs. »

Pour ces entreprises, les retombées ne sont pas négligeables . L’association permet en effet à ses bienfaiteurs de pénétrer un univers scolaire et universitaire souvent hostile aux intrusions des groupes privés. D’autant que le PEJ exerce un lobbying acharné au sein de l’Education nationale, notamment auprès des enseignants qui accompagnent leurs élèves dans les rencontres internationales. L’association se vante ainsi d’avoir mis en place « un vrai programme de professeurs, avec ateliers de travail sur des thèmes tels que la citoyenneté, et visites culturelles dans la ville accueillant la session et ses environs ».

Bien entendu, les médias sont invités à « s’associer » aux évènements maison. Au niveau régional, le PEJ Bretagne reçoit le soutien inconditionnel de Ouest-France. Ce n’est pas surprenant : l’épouse du directeur de ce quotidien démocrate-chrétien, Mme Jeanne-Françoise Hutin, est aussi la présidente de la Maison de l’Europe de Rennes. A ce titre, elle parraine toutes les opérations du PEJ Bretagne. Cette stratégie de visibilité médiatique constitue un « atout » de poids pour convaincre les entreprises de verser leur obole.

Brandie en étendard, la défense de la cause européenne cède pourtant la place à d’autres priorités. Ainsi que le confie M. Clément Bécam, co-organisateur de la 3° réunion bretonne, le PEJ a surtout pour rôle de « fédérer les différentes cultures autour d’un projet économique ».Etudiant à l’Institut de gestion de Rennes, il proclame qu’il a une « vision moderne de l’entreprise ».

Une « vision » qui semble dominante au sein du PEJ, si l’on se fie à l’intitulé de la précédente session bretonne : « Construire une Europe entrepreneuriale ». Il est vrai que, comme le souligna alors M.Mathioudakis dans son message de bienvenue, le PEJ s’adresse à une « génération d’où seront issus les futurs leaders européens ».

Sans surprise, la 3° manifestation bretonne du PEJ a donc rameuté surtout des étudiants en droit, en science politique et en gestion. S’y ajoutaient 2 élèves de l’Ecole normale supérieure ( ENS ) de Cachan, laquelle dispose d’une antenne dans la banlieue de Rennes.

Pour traiter dignement cette poignée de jeunes europhiles, le PEJ avait choisi des locaux d’une haute valeur symbolique. Le team buiding et le travail en commission se sont déroulés dans les locaux de Science Po Rennes – un bâtiment du XIX° siècle comprenant 2 cloîtres – plutôt que dans une vulgaire faculté : la cérémonie d’ouverture a eu lieu dans la salle du conseil de la mairie de Rennes, et l’assemblée plénière, suivie de la cérémonie de clôture, dans la grande salle du conseil général d’Ille-et-Vilaine.

Comme toute kermesse internationale, la session s’est tenue en partie en anglais. Ici, on ne parle pas de « pause-café » mais de « coffee break », pas de « tour d’horizon » mais d’ « over-view ».

Le succès d’un tel raout repose évidemment sur une rigoureuse organisation hiérarchique et bureaucratique. Le PEJ a donc instauré un système de cooptation dans lequel chaque responsable est « recommandé » par son supérieur direct. Les chairs en constituent la charpente. Venus de toute l’Europe, ces derniers, non contents d’animer les commissions, doivent en outre opérer la fusion du groupe en « augmentant son niveau d’énergie », comme l’expliquent leurs manuels de formation.

Dans ce but, le team building, série d’exercices physiques et intellectuels inspirés des pratiques managériales destinées aux cadres, est conçu comme un véritable rite initiatique. Dns un langage que ne renieraient pas certaines organisations sectaires, Mlle Aude Guennec-Allain, coordinatrice de la réunion bretonne, explique aux futurs délégués : « Vous allez parfois faire des choses qui vous semblent totalement absurdes, voire grotesques, notamment lors du team building. Ne vous fiez pas aux apparences, n’essayez pas de tout comprendre, suivez les indications de vos chairs et laissez-vous prendre au jeu ! »

Ce bizutage ésotérique doit inciter les participants à vouer une confiance aveugle – au sens propre, puisque plusieurs exercices se font les yeux bandés – aux autres membres de leur commission. Afin de s’exercer à obéir et à commander, chacun occupe à tour de rôle la position de dominant et de dominé ; par exemple, en se faisant « mouton » ( privé de vue ) ou « berger » ( voyant et donc guide ) au cours d’un exercice d’orientation en troupeau. Plusieurs exercices jouent sur la proximité corporelle au point d’avoir un caractère sexualisé. La frontière entre identité individuelle et identité collective tend ainsi à être abolie.

Au terme de ce rituel, chacun appartient à une « grande famille » - certaines chairs vont jusqu’à qualifier les délégués dont elles ont la charge de « bébés ». le moindre des gestes se voit soumis à leur autorité : autorisation pour se rendre aux toilettes, aller manger,etc. Durant tout le week-end, les « parlementaires » ne seront libres de leurs mouvements que pour aller dormir, au terme de soirées bien arrosées dans les bars branchés de la ville.

Cette tutelle de chaque seconde a pour effet de réduire à néant les rares divergences politiques susceptibles d’apparaître lors des débats en commission. C’est dans une parfaite harmonie que les « jeunesses européennes » pourront alors deviser du contrôle des frontières ou de la concurrence libre et non faussée. Une ex-participante s’émerveille : « Le PEJ représente une véritable école de la vie. Il nous mène au-delà du purement social vers quelque chose de plsu élevé : le sociable ».

Entre jeu et solennité

L’assemblée plénière constitue l’apothéose de cette grand-messe. Elle se déroule dans les locaux du conseil général d’Ille-et-Vilaine, où chaque délégué occupe le fauteuil d’un élu. Après d’interminables discours de remerciement, la cérémonie s’achève au garde-à-vous sur l’hymne européen, puis sur « Imagine », la scie de John Lennon devenue chanson officielle du PEJ France. Tout le monde la massacre en chœur, imperméable au caractère ubuesque de la situation : après avoir passé une journée entière à célébrer la forteresse Europe et le droit des entreprises, voilà que l’on entonne avec conviction une chanson prônant l’abolition des frontières et de la propriété privée !

Les techniques de séduction du PEJ reposent sur un savant mélange de jeu et de solennité. Le port quasi obligatoire d’une « tenue correcte » à l’assemblée plénière, justifié sur le site web de la session, témoigne de cette double injonction : « Pour jouer le jeu – rappelons que ‘jouer le jeu’ , qui est une des expressions préférées des participants à la session, était le slogan de l’université du MEDEF de 2007 », à fond et vraiment entrer dans le rôle de député européen, nous vous invitons à faire attention à votre tenue, d’autant plus que de nombreux médias sont susceptibles de couvrir l’évènement et avant tout parce que nous sommes des gens sérieux ! Une chemise pour les garçons ou même le costume pour ceux qui en ont et une tenue adaptée pour les filles iront parfaitement. »

L’univers mental du PEJ oscille ainsi entre le temple managérial et la colonie d e vacances.
Même la procédure de vote, voulue solennelle, est ridiculisée par le président de la session lui-même, M.Mathioudakis : on vote « juste pour la forme et pour le fun, car cela n’aura aucun impact sur quoi que ce soit, c’set juste pour se la jouer parlementaire ». A l’issue de cette cacophonie exaltée, les délégués sont intronisés « PEJistes » et reçoivent un « diplôme » stipulant q u’ils ont « accompli un acte de citoyenneté européenne ». la prochaine fois, peut-être pourront-ils manger à la table des organisateurs..

Certes, comme le dit très sérieusement M.Bécam, l’espoir est « que l’envie d’une Europe terre de paix les accompagne toute leur vie et même dans l’au-delà ».

Ornella Guyet, Maxime Sauvêtre et Eric Scavennec, journalistes.
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Chien Guevara
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MessageSujet: Re: Le Monde Diplomatique   Ven 17 Oct - 20:09

Faut balancer une grenade quand ils se réunissent ! Laughing
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