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 Il y a vingt ans, « l’opération Victor » ensanglantait Ouvéa

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Chien Guevara
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Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Il y a vingt ans, « l’opération Victor » ensanglantait Ouvéa   Mar 6 Mai - 19:27

Il y a vingt ans, « l’opération Victor » ensanglantait Ouvéa

Nouvelle-Calédonie . Le 5 mai 1988, les autorités françaises ordonnent l’assaut de la grotte dans laquelle des militants indépendantistes retenaient vingt-deux gendarmes et un magistrat.

Bain de sang à Ouvéa, « l’île la plus proche du paradis ». Ce 5 mai 1988, cet atoll de l’archipel des Loyauté, en Nouvelle-Calédonie, devient le théâtre d’une tragédie qui traumatisera pour longtemps ses habitants, et affectera profondément ce territoire conquis par la France en 1853. À 20 000 kilomètres de là, à Paris, Jacques Chirac, premier ministre, et François Mitterrand, président de la République, donnent leur feu vert au déclenchement de « l’opération Victor », une offensive militaire conduite au petit matin par les commandos d’élite de l’armée française. Le GIGN, l’EPIGN, les parachutistes du 11e régiment de choc, unité qui a sévi en Indochine et en Algérie, et qui fut dirigée par le sinistre général Aussaresses, et le commando Hubert, dépendant des services secrets, sont mobilisés pour libérer vingt-deux gendarmes et un magistrat, retenus en otages par des indépendantistes kanak dans la grotte sacrée de Gossanah. Deux militaires sont tués lors de l’assaut. Dix-neuf preneurs d’otages sont abattus. « Les armes à la main », insiste, dans la version officielle, l’armée. « Froidement abattus », pour certains, « alors qu’ils se rendaient », accusent le FLNKS et une partie de la gauche française.
La tragédie s’est nouée douze jours plus tôt. Hostile au nouveau statut du territoire élaboré par Jacques Chirac et par le secrétaire d’État aux DOM-TOM, Bernard Pons, le FLNKS lance le mot d’ordre de « boycott actif » des élections territoriales qui doivent l’instaurer, et dont la date coïncide avec le premier tour de l’élection présidentielle.
1984 : création
du FLNKS
Sur le Caillou, la situation est extrêmement tendue depuis 1984. Cette année-là, alors que la revendication indépendantiste revient au centre de la vie politique à la faveur de la création du FLNKS, suscitant de violents heurts entre ses opposants et ses partisans, dix habitants de la tribu de Tiendanite, à laquelle appartient Jean-Marie Tjibaou, sont assassinés dans une embuscade tendue le 5 décembre, en pleine nuit, par des colons. Le leader du FLNKS perd alors deux de ses frères. Le 29 octobre 1987, la cour d’assises de Nouméa, dont le jury ne comprend pas un seul Kanak, acquitte les sept auteurs de ce massacre. Cet acquittement, dans lequel les indépendantistes voient un véritable « permis de tuer » des Kanak en toute impunité, est un choc. Autre blessure, toujours à vif, qui alimente la tension : le meurtre, le 12 janvier 1985, par les gendarmes du GIGN, de deux dirigeants du FLNKS, Eloi Machoro et Marcel Nonaro. Aux manifestations, incendies, barrages et grèves répondent l’état d’urgence, les couvre-feux, les arrestations. La situation est insurrectionnelle. La visite de François Mitterrand, en janvier 1985, n’apaise pas la tension. Le 2 décembre 1986, l’Assemblée générale de l’ONU inscrit la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires à décoloniser, légitimant ainsi l’action du camp indépendantiste.
Si l’arrivée de la gauche au pouvoir a suscité des espoirs vite déçus, le retour de la droite aux affaires marque un net - durcissement. « Bernard Pons incarnait une politique - d’exclusion, de reprise en main, de harcèlement des indé- pendantistes », se souvient Caroline Machoro, aujourd’hui élue au Congrès de Nouvelle-Calédonie.
Le 22 avril 1988, répondant au mot d’ordre de « boycott actif » du FLNKS, les jeunes indépendantistes d’Ouvéa, emmenés par Alphonse Dianou, décident d’occuper la gendarmerie de Fayaoué, symbole sur l’île de l’État français. Leur objectif : hisser, à la place du drapeau français, le drapeau de Kanaky. Mais, très vite, les choses basculent, après qu’un gendarme mobile a porté la main à son arme. Quatre gendarmes sont tués, vingt-sept autres sont pris en otages. Onze d’entre eux sont emmenés dans le sud de l’île. Ils seront libérés trois jours plus tard. Les seize autres sont emmenés dans une grotte sacrée, au nord de l’île, près de la tribu de Gossanah. « L’opération a foiré. On n’avait pas l’intention de tuer », a récemment raconté, en larmes, Benoît Tangopi, ancien preneur d’otages, au micro de Radio Djiido.
L’île est bouclée
par l’armée
Aussitôt, Bernard Pons est dépêché en Nouvelle-Calédonie. L’île est bouclée, quadrillée par l’armée, déclarée « zone militaire sous haute surveillance ». Toutes les communications avec l’extérieur sont coupées, les journalistes présents sur place enfermés dans un hangar près de la piste d’atterrissage. À l’abri des témoins gênants et des caméras, les militaires vont multiplier les « interrogatoires » musclés pour faire parler la population et localiser le lieu où ont été emmenés les otages. Lorsque le lieu de la prise d’otages est repéré, le capitaine Philippe Legorjus, chef du GIGN, qui tente de négocier, ainsi que six militaires et un magistrat, sont à leur tour faits prisonniers dans la grotte. Durant douze jours, alors que la chape de plomb de l’état d’exception s’est abattue sur l’île, des habitants, « les porteurs de thé », sont autorisés à ravitailler les preneurs d’otages et les prisonniers. Les otages sont bien traités. Un dénouement sans effusion de sang est possible. « Les preneurs d’otages n’étaient pas fermés à une solution pacifique », rapporte le chef du commando du GIGN.
Mais à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, c’est le cynisme du jeu politicien et de la partie de billard à trois bandes que se livrent Chirac et Mitterrand, qui va l’emporter. Aucun geste n’est fait en direction du FLNKS, pourtant disposé à faciliter les négociations avec les preneurs d’otages. « Nous demandons pardon aux familles des gendarmes, au peuple de France », déclare Yéweiné Yéweiné, numéro deux du FLNKS, en mettant ce drame sur le compte de « l’humiliation » et du « mépris » que le peuple kanak endure dans son propre pays. En réponse, Bernard Pons réitère sa menace de dissolution du mouvement indépendantiste.
Chirac et Mitterrand autorisent « l’opération Victor », qui prendra la forme d’un assaut d’une violence inouïe.
Selon des témoins, certains preneurs d’otages auraient été abattus froidement alors qu’ils se rendaient. D’autres, blessés mais vivants, auraient succombé faute de soins. Alphonse Dianou, seulement blessé à la jambe à l’issue de l’assaut, sera retrouvé mort après son « transfert ».
Au terme de l’enquête de commandement sur la phase finale de « l’opération Victor », le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, écartera le scénario « d’exécutions sommaires », tout en relevant des « actes contraires au devoir militaire » et « des points obscurs » après l’évacuation d’Alphonse Dianou.
Le lendemain de l’assaut, lors d’un meeting à Clermont-Ferrand, Jacques Chirac se félicite sans vergogne de ce dénouement tragique, dont il espère faire un ultime argument de campagne. « Nous avons agi en Nouvelle-Calédonie lorsqu’il est apparu que le dialogue et la négociation ne conduisaient à rien, si ce n’est à mettre en danger nos otages, fait-il valoir. C’est la raison pour laquelle j’ai pris la responsabilité d’une action militaire qui a été réussie ». À gauche et dans le camp anticolonialiste, la stupeur et l’émotion le disputent à la colère. Le directeur de l’Humanité, Roland Leroy, dénonce sur Antenne 2 « un acte colonial ». « Le gouvernement pratique la politique de la canonnière, dénonce-t-il. La France n’en sort pas grandie. »
« J’entends que le gouvernement recherche les apaisements et les dialogues nécessaires », déclare François Mitterrand, réélu à la magistrature suprême, alors que les familles enterrent leurs morts à Ouvéa. Le dossier calédonien sera confié au premier ministre, Michel Rocard. Sa conviction : la possibilité d’une « décolonisation dans la République ».
Alors que le territoire est au bord de la guerre civile, au terme d’une mission dite du « dialogue », conduite par le préfet Christian Blanc, la discussion s’enclenche à l’Hôtel Matignon entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. Les dix-neuf morts d’Ouvéa pèseront lourd dans les négociations qui aboutiront à la conclusion de l’accord de Matignon, signé le 26 juin et scellé par la poignée de main symbolique entre les deux leaders.
Un an plus tard, Jean-Marie Tjibaou et Yeweiné Yéweiné sont assassinés à Ouvéa, par un militant indépendantiste alors qu’ils participaient à une cérémonie d’hommage aux dix-neuf Kanak tués le 5 mai 1988. Ce nouveau drame affecte profondément l’île, déjà emmurée dans la souffrance.
une fragile paix civile
Sur la mémoire de tous ces morts s’est bâtie, depuis vingt ans, une fragile paix civile, dont les équilibres sont inscrits dans l’accord de Nouméa, conclu dix ans après celui de Matignon. Cet accord reconnaît les torts causés au peuple kanak par la colonisation, trace le chemin vers une « pleine souveraineté » du territoire et doit permettre la tenue d’un référendum d’autodétermination dès 2014.
Vingt ans après la tragédie d’Ouvéa, un long chemin a été parcouru. Les indépendantistes du FLNKS participent à la gestion et au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Mais une certaine tentation répressive refait surface face aux tensions sociales qui secouent ce territoire en plein développement économique, riche en ressources naturelles. Le déséquilibre économique entre le nord et le sud de la Grande Terre, dont la résorption constitue l’un des points de l’accord Nouméa, demeure. « Le rééquilibrage s’est fait au niveau de la participation des Kanak, au niveau des institutions, analyse Rock Wamytan, ancien président du FLNKS. Mais au niveau des pouvoirs locaux, des formations, de l’emploi, les Kanak restent marginalisés. » Pour ce dirigeant indépendantiste, qui refuse la perspective, avancée par certains, d’un troisième accord, le statu quo n’est pas acceptable. « La Nouvelle-Calédonie est toujours inscrite par l’ONU sur la liste des territoires à décoloniser, rappelle-t-il. Nous savons que nous n’obtiendrons notre indépendance que par le combat politique. Mais, en tout état de cause, la seule perspective valable, c’est le référendum d’autodétermination. »
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Clode
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MessageSujet: Re: Il y a vingt ans, « l’opération Victor » ensanglantait Ouvéa   Ven 9 Mai - 21:38

Nouvelle-Calédonie : les Kanaks n'ont pas la mémoire courte
La visite en 2003 de Chirac en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie a été marquée par plusieurs manifestations. Loin des traditionnels défilés folkloriques et des colliers de fleurs, les victimes de l'impérialisme français se sont rappelées à son bon souvenir.

En Nouvelle-Calédonie tout d'abord, c'est sous les effluves de gaz lacrymogènes que Chirac a dû conclure sa visite dans les îles Loyauté. Plusieurs centaines de manifestants étaient venus l'accueillir en lui rappelant le massacre de la grotte d'Ouvéa, en 1988.

En avril 1988 en effet, lors de la campagne présidentielle en France, une fraction du parti indépendantiste FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) avait attaqué une gendarmerie, tué quatre militaires français et pris vingt-sept autres en otages. Les otages avaient été emmenés dans une grotte de l'île d'Ouvéa. Les preneurs d'otages exigeaient, en échange de la libération des prisonniers, le retrait des forces de l'ordre françaises du secteur et la nomination d'un médiateur.

Chirac, alors Premier ministre de Mitterrand, invité le jour de la prise d'otages à une émission de radio dans le cadre de la campagne électorale, fustigeait l'attitude des indépendantistes en utilisant des mots non dénués de mépris colonial, dénonçant leur « sauvagerie » et leur « barbarie ». Quelques jours plus tard, l'accès à l'île d'Ouvéa était interdit aux journalistes. Chirac et son ministre des Dom-Tom, Bernard Pons, préparaient l'assaut contre la grotte d'Ouvéa, qui eut lieu trois jours avant le deuxième tour de la présidentielle. Chirac espérait probablement que la libération des otages serait pour lui un bon « coup » médiatique.

L'assaut fut donné le 5 mai 1988, par des dizaines d'hommes du GIGN et des militaires du 11e Choc, une unité habituée à effectuer toutes les sales besognes coloniales. Ce jour-là, la « barbarie » et la « sauvagerie » furent dans le camp des militaires français. L'assaut se solda par un véritable massacre: tous les preneurs d'otages, au nombre de 19, furent tués, dans des circonstances plus que troubles, puisqu'il semble que certains militants furent abattus après s'être rendus.

Forts de ces souvenirs, il paraît compréhensible que les quelques mots prononcés par Chirac, sur le « <|>devoir de mémoire » dont il faudrait faire preuve aujourd'hui vis-à-vis des événements de 1988, aient choqué bien des Kanaks. Aucune enquête n'a jamais permis de faire la lumière sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là à Ouvéa, et les membres de l'armée française s'en sont tirés avec les honneurs.

Et puis, aucun des problèmes économiques et sociaux qui avaient poussé une partie de la population kanake à se révolter en 1988 n'a été résolu à ce jour. La Nouvelle-Calédonie est un territoire potentiellement riche, qui recèle pas moins de 30% des réserves mondiales de nickel, mais elle reste socialement coupée en deux entre le Sud plus prospère, majoritairement peuplé de Blancs descendants des colons, et le Nord kanak bien plus pauvre. Et les Kanaks savent bien, par expérience, que l'exploitation du nickel ne profitera pas à la population pauvre de l'île.
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